La foire d'Impruneta
La foire dImpruneta.
Damien jeta un dernier coup dil par dessus son épaule. Les ombres avaient disparues mais il savait quils étaient toujours là. Quelque part. Cachés par lobscurité. Il en avait aperçu un. Imperméable gris, chapeau mou à larges rebords. Un véritable cliché de série noire. Avec lui dans le rôle de la victime. Ce genre de perspective ne le réjouissait pas. Il délaissa les quais, trop dangereux depuis que le cadavre dun de ces amis avait refait surface après plusieurs années dapnée sous la quille dune péniche. Ce vieux Riton dire quil le croyait dans les îles, à labri de la brume Lorraine et du crachin Nancéien. Les premières lumières lenveloppèrent comme un manteau protecteur. A mesure quil sapprochait de la place Stan il sentait monter en lui un sentiment de sécurité. Il savait quune fois là bas, il pourrait se fondre dans la foule massée devant lopéra, se noyer lidée le fit frissonner dans la multitude des étudiants qui se dirigeaient vers la terrasse du Pierre qui Roule. On était Jeudi, soir de sortie et dans son malheur il avait au moins cette chance là. Les grilles dorées à lor fin de la Place Stanislas apparurent à lhorizon de la rue Sainte Catherine. Il allait sen tirer, maintenant, il le savait. Malgré tout. Malgré eux. Il les avait vu venir depuis la fenêtre de sa cuisine. Cela faisait plusieurs jours quil sattendait à leur visite. Quil surveillait les allées et venues, ne sortait quasiment plus. Il savait quils le cherchaient. Enfin, quil la cherchait aurait été sans doute plus juste, même sil ne lavait pas, ne lavait jamais eue. Une plaque de cuivre mangée par lacide. Leau forte. Une gravure de Jacques Callot. Un morceau de cuivre surgi du passé que cet imbécile de Riton pensait pouvoir vendre sans risque. Tu parles dun coup dbol lui avait-il dit en arrivant chez lui, le vieux fou ne savait pas ce que cétait. On va sen mettre plein les fouilles, mon pote. Le vieux fou. Maintenant que Damien savait de qui Riton voulait parler, il comprenait que le vieux fou savait parfaitement de quoi il sagissait. Non seulement il le savait mais il en connaissait également le prix. Inestimable. Pas étonnant dans ces conditions que sa vie soit devenu un enfer et que celle de Riton ait prit fin au cours dune séance de plongée sans bouteilles. Tout cela se tenait. Se tenait même fort bien. Trop bien sans doute. La voiture passa à sa hauteur au ralenti. Il sentit le souffle chaud du moteur, lodeur de tabac qui sortait par les fenêtres. Lhomme qui le regardait devait avoir dans les quarante, quarante cinq ans. Cheveux ras, face virile, menton carré. Sa main droite portait une chevalière en or massif à bords dentelés. Le genre de bijou qui laisse des traces sur les pommettes pensa Damien. Des entailles qui pourraient correspondre à celles retrouvées sur le visage de Riton, enfin, sur ce que les poissons navaient pas pauvre Riton. Imbécile de Riton.
- Beau temps pour une balade, nest-ce pas ? ironisa le colosse. Cen était presque ridicule. Lui qui marchait, tête baissée, avec cette voiture à ses côtés, cette voiture quil faisait tout pour ignorer et qui lui collait à la peau comme une mauvaise odeur dont il narrivait pas à se débarrasser.
- Jconnais un ptit coin sympa un coin où on pourra être tranquille Dune pichenette, un mégot vola à sa rencontre, le frappa à la tempe avant de rouler à ses pieds. Damien ne releva pas la tête. Il marchait de plus en plus vite. Courait presque. Appeler au secours ? Hurler à laide ? La voiture braqua un coup sec devant lui, monta sur le trottoir et lui barra le passage.
- Allez monte, tu vas voir, ça va te plaire.
La Place Stanislas disparut dans la lunette arrière. Petit point lumineux quil natteindrait jamais.
La voiture sétait engagée dans un dédale de rues où il navait jamais mis les pieds. De petites impasses qui ouvraient sur des placettes où quelques bancs attendaient en vain les passants égarés. Succession de murs aveugles et de ruelles obscures où seules quelques persiennes laissaient entrevoir la lueur diffuse dun poste de télévision compagnon dinsomnie. Mais Damien ne regardait pas dehors. Les appartements et la solitude des autres ne lintéressaient pas. Il se contentait de fixer ses mains. Ses mains quil avait toujours connu. Ses mains quil revoyait en train de saisir la plaque de cuivre amenée par Riton. Cest pourtant vrai que cétait un beau coup. Même sil ny comprenait pas grand chose. Il se souvenait que Riton était tout excité. Une chance pareille, pas deux fois qutu lauras dans toute ta chienne de vie ! lui avait-il dit. Il marchait, vociférait, semblait particulièrement fier de lui.
- Et tu las trouvée où, ta merveille ? lui avait alors demandé Damien. Riton sétait arrêté de marcher, il sétait penché vers lui et avait murmuré, sur un ton de conspirateur,
- Tu ne me croiras jamais.
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La voiture sétait arrêtée devant la grille Art Nouveau dune villa située sur les hauteurs de la ville, au fond dune ruelle cul de sac quelle semblait être la seule à occuper. Les lourdes portes sétaient animées en douceur lorsque le conducteur avait appuyé sur un bouton planté au centre de son tableau de bord. La face brutale du molosse sétait alors matérialisée devant lui. Son haleine empestait le tabac froid.
- Monsieur va vous recevoir, furent les seuls mots quil prononça. La voix était rauque. Métallique. Une main se posa sur son épaule. On le poussa dehors sans ménagement.
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- Tu ne me croiras jamais. Damien connaissait bien Riton. Ils avaient grandi ensemble. Voisins de palier depuis quils étaient né, ça crée des liens. Alors forcément, quand Riton lui avait dit ça, Damien avait pensé, " cest ça, cause toujours ". Sauf que quand Riton lui avait dit comment la plaque de cuivre sétait retrouvée en sa possession, Damien avait bien été obligé de le reconnaître. Non, en effet, il ne le croyait pas. Qui, du reste, aurait pu le croire ?
- Cest pourtant comme jte ldis, avait ponctué Riton, visiblement satisfait de son effet. Damien avait alors regardé la plaque de cuivre avec encore plus dattention. Il lavait soulevée, soupesée, tournée en tous sens. Penser que cette plaque avait plus de trois cent cinquante ans et que les traits qui y étaient gravés étaient luvre de Jacques Callot le rendait tout chose. Callot, cétait un peu la fierté locale. Lenfant du pays. Tout gosse, on leur avait raconté comment, à lâge de douze ans, Jacques Callot avait quitté le domicile familial pour voyager jusquen Italie avec une troupe de Bohémiens. Comment ses parents étaient venus le rechercher par deux fois et comment ils avaient finalement accepté de le voir à nouveau partir pour Rome en compagnie dune ambassade envoyée par Henri IV auprès du saint siège. Il avait tout juste quinze ans. On leur avait également raconté comment, bien des années plus tard, il avait tenu tête au roi, Louis XIII, qui lui avait passé commande dune vue du siège de Nancy, vue quil avait refusé dexécuter, préférant poursuivre ses " misères et malheurs de la guerre " où il montrait son pays dévasté par les troupes de Richelieu. - Cest la vraie ? avait demandé Damien, quelque peu sonné de se trouver en si grande promiscuité avec une telle relique.
- La seule, lunique. Riton najouta pas " et elle est à nous " mais cela se lisait dans ses yeux.
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Les marches du perron furent le premier obstacle qui se dressa devant lui. Il y en avait tant que la demeure à laquelle on le menait devait être perdue dans les nuages. Pas moins. Une main ferme le tenait par le bras, lempêchant tout autant de tomber que de fuir. Peu à peu, lhistoire revenait hanter sa mémoire. Cette histoire que Riton lui avait confiée autrefois.
- Tu vois ce truc, avait dit Riton en désignant la plaque de cuivre, elle est historique. Historique et irremplaçable. Damien voyait bien quil récitait un discours appris par cur. Un discours empli de mots qui ne lui appartenaient pas.
- Tu dois savoir que luvre de Jacques Callot a marqué un tournant dans lhistoire de la gravure. Quil a fait de ce qui nétait alors quun moyen de reproduction un art à part entière, au même titre que la peinture ou la sculpture. Il a notamment innové en délaissant le burin pour leau forte, une technique à base dacide. Il a aussi utilisé léchoppe, un outil que nemployaient jusque là que les orfèvres, un outil dont la précision lui permettait de calligraphier le cuivre aussi librement quil leut fait avec une plume sur une feuille de papier Damien le regardait avec un air amusé.
- Tsais qutu causes comme un dictionnaire toi ! dit-il tandis que Riton reprenait son souffle. Mais Riton ne releva même pas sa remarque, tout entier quil était à sa démonstration. Dautant plus concentré quun verre de vin sétait matérialisé, comme par magie, dans ses mains et quil en avalait de grandes gorgées tout en poursuivant son propos.
- Cétait un homme libre qui trouvait son inspiration chez les gens comme nous, les petits, les sans grade, les gueules cassées. Ce fils de héraut darmes, dont le propre grand père avait épousé une petite nièce de la pucelle dOrléans, côtoya les plus grands, Rubens, Poussin. Mais malgré ces amitiés illustres, il nhésita pas à quitter Paris pour retrouver Nancy cette plaque date de lépoque où il vivait encore en Italie, à Florence, sous la protection des Médicis. Elle est sans nul doute lune des plus fameuses quil ait jamais gravée. Elle représente la foire dImpruneta, une petite ville de Toscane. Plus de 1000 personnages y sont représentés et si tu regardes bien, chaque figure à sa propre personnalité Damien se laissait bercer par les mots de son ami. Tout cela est bien beau faillit-il lui dire mais comment comptes-tu ty prendre pour vendre un tel trésor ? Parce que, même sil ny connaissait rien, Damien savait que ce genre de choses était répertorié, inventorié et que si sa renommée était aussi grande que Riton le prétendait, sa disparition avait dû être signalée et la police déjà à sa recherche. Cétait bien le moins que lon puisse faire pour une telle antiquité. Il tînt cependant sa langue et laissa à Riton le soin de conclure. - Regarde tous ces détails, ce fabuleux foisonnement entendre ce mot dans la bouche de son ami eu pour effet de faire sourire Damien cette plaque vaut son pesant de biffetons, ça, tu peux mcroire. Cette dernière remarque rassura Damien. Riton navait pas été envoûté. Il sétait tout simplement laissé griser par la teneur de sa découverte.
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On le conduisit au premier étage. Une fois les portes passées, une bouffée de chaleur le frappa en plein visage. Il devait faire dans les trente, trente cinq degrés. Une vraie chaleur tropicale. La brute épaisse qui lui martyrisait le bras depuis une bonne demi heure le lâcha un instant. La pièce où il se trouvait avait quelque chose dirréel. Dincroyable. Il jeta un coup dil dans la pièce voisine de celle où il se trouvait. Quelques notes de musique séchappaient par la porte ouverte. Une jeune fille à la blancheur diaphane était assise devant un piano couleur de jais. Ses longs cheveux blonds tombaient en cascade de chaque côté de son visage, masquant ainsi ses traits. Le monstre le poussa au pied des escaliers avant quil ne puisse lui adresser la parole.
- Monsieur attends.
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Riton lui avait dit quils avaient rendez-vous au Blitz. Rue Saint Julien. Damien ny était pas retourné depuis que lendroit naccueillait plus de concerts. Entre temps, le décors avait changé. Finies les fourmis géantes accrochées au mur. A leur place, un écran ovale diffusait en boucle des images psychédéliques tandis quun DJ, montagne de muscles surmonté dun béret basque, enchaînait Bourvil et les Wampas, Joe Dassin et les Fabulous Trobadors. Riton fit signe à la serveuse, une blondinette délurée dont le string apparaissait par transparence sous la paire de jeans blanc, de leur apporter une bière. Le coup de coude que Damien reçu dans les côtes navait rien à voir avec ce pour quoi ils étaient venus.
- Gironde la taulière hurla Riton pour se faire entendre. Quelques visages se tournèrent vers eux, la mine dégoûtée.
- Et ton type, tu le connais doù ? demanda Damien en sasseyant dans un fauteuil empire au rembourrage dépoque.
- Tinquiète pas, ça risque rien cest du tout cuit jte dis. Riton avait la mine des grands jours. De celles qui précèdent le grand soir. Sauf que sa révolution à lui tenait dans un attaché-case et avait court dans toute lunion Européenne, Angleterre exceptée. Pendant de longues minutes, ils se contentèrent de regarder les gens entrer et sortir. Pas à dire, la mode avait frappé, ici aussi. Talons compensés pour les filles, pulls moule-pec pour les garçons, le tout surmonté de coiffures design. Ils avaient limpression de faire tâche. Et pas seulement côté vocabulaire.
-Oh ! Tu nous rmets ça ma belle ! cria Riton en agitant son verre vide au dessus de sa tête.
Dans le genre discret, on pouvait sans doute mieux faire.
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Des escaliers, Damien en avait connu. Ceux de chez lui pour commencer. De petites marches qui grinçaient tellement qu'il était impossible de sortir sans se faire remarquer de tout le voisinage. Et puis il y avait aussi ceux qui menaient à lappartement familial, couverts dun épais tapis rouge faussement Cannois. Sa mère y tenait beaucoup. Même sil commençait, par endroits, à perdre de sa superbe. Mais des comme ceux là, il nen avait jamais vu. Ils étaient si larges que trois hommes pouvaient monter de front sans se gêner. La pierre en était si épaisse quune seule dentre elles aurait suffi à lécraser. Quant à la rampe, cest bien simple, il nosait même pas y toucher. Le molosse montait derrière lui, le pressait, le poussait, manquait de le faire tomber. Il jeta un rapide coup dil aux tableaux accrochés au mur. Des ancêtres au regard froid, quelques égéries à la poitrine dénudée. Damien se frottait le bras. Cet imbécile avait dû lui froisser un muscle. Déjà quil nen avait pas beaucoup
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Le type avec qui ils avaient rendez-vous était arrivé un peu avant vingt deux heures. Ils en étaient déjà à leur troisième demi et les images fondu enchaîné diffusées sur lécran ovale commençaient à leur donner le tournis. Un sérieux mal de mer. Cétait un petit homme vêtu à la mode ancienne. Redingote, canne à pommeau dargent. Il tira une montre à gousset de la poche de son gilet, jeta un regard circulaire sur lassistance avant de sarrêter sur eux. Un sourire discret déforma son visage que dépaisses rouflaquettes mangeaient à moitié. Il se fraya un passage jusquà leur table.
- Riton, vieille baderne, toujours pochetron à ce que je vois !
- Lantiquaire ! ça fait combien, deux, trois mois ? Mais dis moi, tas pillé la garde robe de ta grand mère ou quoi ?!
Damien les regarda sétreindre comme une vache regarde passer les trains, sans émotion ni envie particulière.
- Laisse moi te présenter mon pote, Damien. Damien, lantiquaire
Lantiquaire, ou tout du moins celui qui se faisait appeler ainsi, tendit une grosse main embagousée que Damien secoua avec ce quil faut de distance à un premier rendez-vous. Riton fit signe à la serveuse de leur remettre ça. Le palier ressemblait au vestibule. Large, richement décoré. Des boiseries, il nen voyait quune partie, suffisante cependant pour se faire une idée. Il devait y avoir plus dargent dans cette baraque que dans tout son quartier pensa Damien. Une porte lui faisait face. Une fois de plus, le molosse lavait lâché. Planté devant un grand miroir, il sassurait du parfait de sa tenue, réajustait sa cravate, soufflait dans sa paume pour vérifier létat général de son haleine. Un dernier coup dil, le résultat semblait lui convenir, il frappa deux coups avant dentrer. Lantiquaire. Damien se souvenait maintenant. Riton lui en avait parlé à plusieurs reprises. Il tenait lhomme en grande estime. Un seigneur. Un prince. Les superlatifs ne manquaient pas. Mais maintenant quil lavait en face de lui, Damien se demandait si tout cela nétait pas un peu exagéré. Un rien déplacé. Bien sûr, lhomme avait de la classe, un indiscutable charme et maniait la langue avec un style que bien peu maîtrisaient mais son visage, sa taille et surtout cette légère mais entêtante odeur de naphtaline qui lentourait, cassaient limage quil voulait se donner. Sorte dArsène Lupin sur le retour.
- Ecoute Riton, cest bien simple, mes contacts sont spécialisés dans ce genre de transactions, le tout, cest de connaître les bonnes filières dit lantiquaire en portant le verre à ses lèvres avec moi, tas aucun mourrons à te faire. Aucune inquiétude à avoir. Ta plaque, je vais la faire disparaître avant même que tu ten sois aperçu et quand elle remontera à la surface, crois moi, tu seras déjà dans les îles depuis un baille, les doigts de pieds en éventail.
Damien voyait les yeux de Riton silluminer à mesure que lantiquaire parlait. Ce genre de regard quont les enfants devant un sapin de Noël couvert de cadeaux. Il devait déjà entendre les oiseaux de paradis, sentir le souffle chaud de locéan contre sa peau. Peut-être même imaginait-il la naïade allongée, alanguie, à ses pieds. Une superbe beauté vaïnée à la peau légèrement cuivrée. De celle que lon ne voit que sur les couvertures des brochures touristiques.
- Mais avant cela, il faut que je la vois, ponctua lantiquaire. Que je massure de son authenticité. Tu dois comprendre que ce genre de clients est plutôt soupçonneux surtout pour ce genre de marchandises Les malfaisants sont si nombreux dans notre métier.
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La porte souvrit dans un chuintement étouffé. Une lumière tamisée les accueillit une fois quils eurent franchi une seconde porte capitonnée de cuir brin laissée entrouverte. La silhouette dun homme se détachait devant une fenêtre encadrée de lourds rideaux de velours rouge. Le temps que ses yeux sadaptent à labsence de lumière et Damien se retrouva assis dans un canapé Chesterfield. Le molosse avait disparu, le laissant seul face à son hôte. Plusieurs minutes passèrent ainsi sans que rien ne bouge.
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Les trois hommes étaient sortis du Blitz le pas chancelant. La nuit était claire et lappartement de Damien suffisamment proche pour quils puissent sy rendre à pieds. Empruntant la rue Saint Julien puis la rue Saint Georges, ils débouchèrent place de la Division de Fer, tout près du quai Sainte Catherine. A deux pas de là, au bout de la rue de lIle de Corse, un bâtiment gris pointait vers les nuages. Quatrième gauche, sans ascenseur. Damien vivait là depuis plusieurs années. Ils sengouffrèrent en file indienne dans la cage descaliers. Les marches grinçaient à mesure quils progressaient. Difficile de passer inaperçu dans ces conditions. Arrivés devant la porte de son appartement, Damien mit plusieurs minutes avant de trouver ses clés, datteindre la serrure. Il navait plus lhabitude de boire autant. Une lumière blafarde éclaira lentrée tandis quil séclipsait pour laisser passer ses compagnons. Il les conduisit ensuite jusquà la cuisine où la plaque de cuivre trônait, immaculée et rayonnante, au beau milieu de la toile cirée encore encombrée des reliefs de son dernier repas. Gêné, Damien entassa la vaisselle dans lévier, leur proposa de faire couler un café. Riton accepta. Lantiquaire, lui, nétait déjà plus en mesure de parler. Courbé en deux, une loupe dorfèvre ajustée à lil droit, il parcourait les sinuosités de la plaque, les contours des traits mangés par lacide. Il cherchait les reliefs de vernis encore visible, les traces de la morsure. Autant de détails qui ne pouvaient pas le tromper. Délicatement, il retourna la plaque, passa son doigt sur les contours, puis revînt au propos de sa visite. Dun geste sûr, il défit le bouchon dune petite fiole quil avait extraite de lune des multiples poches de sa redingote puis, avec dinfinies précautions, il laissa couler quelques gouttes de mélange sur le cuivre. Une réaction chimique se produisit à lendroit quil avait choisit de tester. Un nuage de fumée séleva au milieu dun grésillement nasillard et dune forte odeur duf pourri. Lantiquaire se redressa. Il ôta sa loupe dorfèvre et se tourna vers Riton.
- Combien ? se contenta-t-il de demander.
- Monsieur Monod, je suis heureux de faire votre connaissance.
Curieuse entrée en matière compte tenu des circonstances, songea Damien. Lhomme sétait retourné et le fixait. Cétait un homme sans âge. Une de ces personnes que lon croise chaque matin au coin de sa rue sans jamais en connaître le nom. Sa voix, pure et cristalline, tranchait cependant avec le reste de son individu. Comme si, par malice, quelque esprit malin avait enfermé une petite fille dans le corps dun rugbyman. Lhomme avança jusquà lui, lui tendit la main. Damien hésita quelques secondes avant de la saisir.
- Mes hommes nont pas été trop brusque avec vous jespère, dit lhomme, lair sincère.
Damien se redressa tandis que lhomme prenait place en face de lui.
- Il est de plus en plus ardu de trouver du bon personnel de nos jours
Damien ignorait sil réfléchissait à haute voix ou comptait connaître son avis sur la question. A tout hasard, il répondit, - Cest bien possible. Lhomme sourit en le dévisageant.
- Vous me plaisez, monsieur Monod. Sincèrement. Il y a quelque chose en vous de franc et jaime la franchise. Presque autant que lhonnêteté Damien ne voyait pas très bien où il voulait en venir. Lavait-il fait enlever pour cela ? Pour faire la conversation avec lui ?
- Allons, monsieur Monod, calmez-vous, je vous en prie. Je sais ce que cette situation a de désagréable pour vous mais vous devez bien vous douter que je Ah, mais voici les autres qui arrivent Une sonnette, posée sur un guéridon prés de lui, venait de retentir.
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- Combien ? Je ne sais pas moi, jy ai pas encore réfléchi tu crois quon peut en tirer combien au juste ? demanda Riton. Dix, quinze mille ? Vingt mille ? Cest quand même historique ce truc là. Ça doit valoir son pesant deuros Quest ce que ten penses, toi, Damien ? Riton sétait mis à transpirer. Chose qui ne lui ressemblait pas.
- Ben jen sais rien. Après tout, cest ton pote le spécialiste, botta en touche Damien. Riton se retourna alors vers lantiquaire mais le visage de celui-ci sétait refermé. Il ne laissait plus rien transparaître. Comme si, par quelque tour de magie, il sétait retrouvé mué en statue.
- Cinquante mille, dit alors Riton, dune voix mal assurée. Jen veux cinquante mille.
Lantiquaire soupira.
- Pauvre Riton, tes vraiment pas fait pour ce job là, dit-il. Nimporte quel cave en demanderait le triple sans ciller et il serait déjà bien en dessous de sa véritable valeur. Cinquante mille à peine si ça couvrira mes frais. Sans compter quil reste un problème de taille à régler
Riton le dévisagea.
- Un problème ? demanda-t-il, quel problème ?
- Le problème pour ce genre de marchandise, dit lantiquaire, ce nest pas tant le prix à demander que le client à trouver. Des collectionneurs capables de vendre père et mère pour obtenir une plaque de cuivre, même gravée par Jacques Callot, il ny en pas des masses. Et des clients capables de payer rubis sur longle sans trop poser de questions, cest encore plus rare. Surtout quand la pièce est aussi connue que celle-là seulement
Riton ny tenait plus, les myriades de zéros que lantiquaire faisait miroiter devant ses yeux avaient suffi à le rendre aveugle.
- Seulement voilà, poursuit lantiquaire, tu as de la chance, parce quil se trouve justement quun homme capable de dépenser une fortune sans poser de question et qui, qui plus est, serait intéressé par ce genre de produit eh bien, jen connais un. Mais ça ne sera pas facile il faudra lui prouver lauthenticité de la pièce, il va vouloir la soumettre à toute une batterie de tests, compte tenu des sommes en jeu, cela semble normal et pour ce faire, tu nauras pas dautre choix que de me la confier
Damien vit Riton blêmir. Ce que disait lantiquaire était empli de bon sens et son ami devait bien en convenir. Mais se départir de la plaque de cuivre semblait être au dessus de ses forces.
- Ecoute, on pourrait Enfin, je pourrais Et si on Riton comprenait quil navait pas dautre choix. La mort dans lâme, il convint dun rendez-vous avec lantiquaire pour le lendemain soir.
- Devant chez Daum, apporte la plaque avec toi, dit celui-ci avant de prendre congé.
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Ils étaient trois. Deux hommes et une femme. Tous parfaitement habillés. La cinquantaine grisonnante, ils avaient salué leur hôte dun simple mouvement de tête. Aucun deux navait parlé. Un à un, ils avaient pris place, chacun dans un fauteuil, de part et dautre du canapé où Damien était assis. Il les avait regardé sasseoir sans bouger. Langoisse qui lavait assaillie quand la voiture était venue se ranger à ses côtés le tenaillait à nouveau. Même si aucun deux ne semblait agressif.
- Mes frères, ma sur, voici la personne dont je vous ai parlé, dit lhomme comme si Damien nétait pas là. Monsieur Damien Monod était un intime de monsieur Henri Papaud, plus connu sous le ridicule sobriquet de Riton. Selon les informations que nous avons pu glaner au cours des derniers jours, grâce à vous maître Gérard ainsi quà vos si précieux contacts, monsieur Monod serait actuellement en possession de la gravure de Jacques Callot que nous cherchons depuis tant dannées maintenant, la foire dImpruneta.
Un frisson parcouru lassemblée. Frisson dexcitation pour les uns et de panique pour lautre.
- Mais je ne lai pas, tenta de se justifier Damien, je ne lai jamais eue
Lhomme lui retourna un de ces regards qui nadmettent aucune contradiction. Damien préféra se taire.
- Je sais que vous lavez, monsieur Monod, même si vous même vous lignorez. Damien le regarda, bouche bée.
La femme, assise en face de lui, remonta nerveusement ses lunettes sur larrête de son nez. Elle ouvrit la bouche mais aucun son nen sortit.
- Vous savez, monsieur Monod, cette gravure nest pas une simple scène de marché comme on serait tenté de le croire. Le genre de représentation amusante et instructive que lon conserve en raison des détails quelle renferme, des arracheurs de dents aux colporteurs, des marchands des quatre saisons aux ménagères rondouillardes Il ne sagit pas non plus, même si cela va vous surprendre, dentrer en possession dune uvre dart, dun monument qui a marqué son temps, révolutionné un genre et fait de son auteur un artiste à part entière tout cela tient de lanecdotique, monsieur Monod et lanecdotique nest là que pour mieux cacher la vérité Par exemple, saviez-vous que Jacques Callot était Franc-maçon, monsieur Monod ? Et quune loge, ici même, à Nancy, porte aujourdhui encore son nom ? Une loge dont je mhonore de faire partie Damien ne connaissait rien à la Franc-maçonnerie, en tout cas pas plus que le commun des mortels.
Pour lui, les Francs-maçons nétaient rien dautre quune bande de bourgeois qui se rassemblait en secret afin dexploiter au mieux leurs contemporains. Toutes leurs cérémonies secrètes, leurs rites initiatiques, toutes ces pitreries destinées à amuser la presse et à endormir le péquin ne cachaient en réalité quune nouvelle forme daffairisme, dententes contre nature et de magouilles en tous genres au juste, ne parlait-on pas de complot judéo-maçonnique ?
- Je vois dans votre regard une certaine méfiance, monsieur Monod. Sans doute faites vous partie de ces gens qui, faute de nous connaître, préfèrent nous condamner sans autre forme de procès. Je vous rassure, nous en avons lhabitude. Je dois même vous avouer que le contraire maurait étonné.
Lhomme parlait dune voix douce et posée. A ses côtés, ses frères et sur lécoutaient, impassibles.
- Notre histoire est émaillée dincidents aussi désagréables que funestes. De ces génocides que lon préfèrerait oublier. Chaque année, à la même période, de grands magazines font leur Une avec nous. Des révélations qui ne révèlent rien du tout de ces sujets à sensation sensés éclairer la lanterne dune population aveugle que nous exploiterions, selon eux, dans lombre la plus obscure qui soit balivernes ! Mensonges éhontés ! Mais que faire contre cela ? Il en a toujours été ainsi et il en sera ainsi longtemps encore mais je mégare, vous ne devez certainement rien comprendre à mon propos et la raison de votre venue na rien à voir avec tout cela. Encore que
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La place Stanislas. Rendez-vous obligé. La ville toute entière semble ségailler autour delle. Comme un centre incontournable. Lendroit où tout le monde est sensé se retrouver. Damien et Riton faisaient les cents pas au pied de la statue de Stanislas Leszczynski, " bienfaiteur de la Lorraine " comme lindiquait son socle. Roi de Pologne dépourvu de royaume, Duc de Lorraine et de Bar après que la France et lAutriche lui ait cédé ces deux duchés, le 11 Avril 1736, lhomme qui fit de Nancy ce quelle est ny résida jamais, préférant la vie fastueuse des châteaux de Lunéville, Commercy et Malgrange, résidences ancestrales des ducs de Lorraine. Philosophe et ami de Voltaire, il décida pourtant de faire de Nancy lune des plus belles villes dEurope et convoqua pour ce faire artistes et architectes auxquels il imposa son goût pour le baroque. Les grilles de Lamour, qui entourent la place, en sont le parfait exemple. Battant le pavé du talon, Damien ne semblait cependant pas les voir. Pas plus quil nattachait dattention aux fontaines qui sélevaient à quelques pas de là. Tout ce quil voyait, cétait le magasin Daum qui se trouvait l'angle de la rue Héré. Sa proximité avec la place le rassurait. Lantiquaire ne risquait pas de leur jouer un sale tour au vue et au su de tant de monde. Malgré cela Riton semblait nerveux. La plaque, enveloppée dans un large tissu, dépassait de sous son bras. Il jetait de constants regards à sa montre comme sil sattendait à la voir disparaître à tout moment. La silhouette pataude de lantiquaire apparut bientôt, se détachant dans lobscurité naissante. La redingote alliée au chapeau mou et à la canne dont il semblait ne jamais se départir donnaient à son allure générale de faux airs de dandy. Seule sa corpulence et sa petite taille empêchaient la confusion avec léventuelle réincarnation dOscar Wilde. Il se figea devant la vitrine du célèbre verrier Nancéien et leur adressa un geste de la main quils interprétèrent comme une invite à venir le rejoindre. Riton fit un pas en avant, sarrêta, se tourna vers Damien,
- Jai un mauvais pressentiment, dit-il.
- Que veux-tu quil nous arrive ici ? répondit Damien, pour le rassurer.
- Ouais, tas sans doute raison, reconnut Riton avant de se remettre en marche.
La face rubiconde de lantiquaire se dessinait plus clairement à mesure quils sapprochaient. Quelque chose dans son regard avait changé. Une sorte de dureté que Damien navait pas remarqué la veille au soir. Ils se saluèrent dun hochement de tête.
- On y va ? dit lantiquaire, jai retenu une table au Petit Cuny.
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Lhomme qui se faisait appeler Paul se leva pour servir à boire à ses invités. La table roulante devant laquelle il se tenait ressemblait à la proue dun navire. Même grandiloquence esthétique, même étrave impressionnante. Il demanda à Damien sil désirait boire quelque chose, empli dautorité trois verres avec un whisky hors dâge. Un quatrième avec un Cognac au bas mot centenaire. Il tendit le Cognac à la femme, les whiskies aux deux hommes, en conserva un pour lui. Damien se contenta dun verre deau gazeuse. Pas le moment de perdre la tête. Lhomme reprit sa place en face de lui.
- La foire dImpruneta quelle merveille nest-ce pas ? dit-il en sirotant son breuvage. Lavez-vous seulement contemplée ? En avez-vous vu tous les détails ? Difficile de croire quil puisse sagir dune gravure. Et quand, en plus, on en connaît le secret
Lun des deux hommes toussa, comme le rappeler à lordre.
- Quy a-t-il Maître Alphonse ? Me croyez-vous assez stupide pour mettre notre ami dans la confidence sans avoir pris toutes les précautions dusage ? Le sang de Damien se glaça dans ses veines. Il pâlit et se recroquevilla sur lui-même. Lhomme le dévisagea, un sourire aux lèvres.
- Ne vous inquiétez pas, monsieur Monod nous ne vous ferons aucun mal. Mais Damien avait du mal à le croire. Sans doute avait-il dit la même chose à Riton, juste avant de lenvoyer rejoindre ses ancêtres. Il se redressa néanmoins, prêt à entendre la sentence quils lui réservaient.
La femme prit enfin la parole.
- Monsieur Monod, tout ce que vous avez entendu dire à notre propos est faux, quoiquil puisse sagir. Nous ne nous nourrissons pas denfants, nous ne conservons pas les dépouilles de nos victimes dans des bocaux remplis de formole et ne nous livrons à aucune incantation divinatoire, messe noire ou autre religion contre nature. Nos membres ne sont ni des suppôts de Satan, ni dinfâmes boursicoteurs affameurs du peuple. Bien sûr, comme dans chaque organisation, nous avons nos fruits pourris mais larbre que nous sommes se charge lui même de leur expulsion. Alors lorsque maître Paul vous dit que vous navez rien à craindre de nous, soyez rassuré, monsieur Monod, il sagit bien là de la stricte vérité.
Damien voulait la croire. De toute son âme. De tout son cur. Il voulait faire taire cette petite voix qui lui disait, de lintérieur, nécoute pas cette femme, ne lui fais pas confiance. Il le voulait mais ne le pouvait pas.
- Laissez moi maintenant vous expliquer, monsieur Monod. Vous dire de quoi il en retourne, dit lhomme qui se prénommait Paul.
- Non ! Damien avait crié. Sans sen rendre compte, sa bouche sétait ouverte et un son en était sorti.
Non. Non, il ne voulait rien savoir. Rien qui puisse lui coûter la vie. Lhomme échangea un regard avec ses compagnons. Il est prêt semblait-il leur dire.
°
Des outils, accrochés aux poutres, pendaient au dessus de leurs têtes. Les murs, rouge carmin, rendaient latmosphère chaleureuse et accueillante. Damien jeta un coup dil par dessus son épaule. Ce visage ne lui était pas inconnu. Il fit du coude à Riton et lui demanda, - Dis, ce ne serait pas ? Riton se retourna pour lui confirmer que oui, en effet, cétait bien. Charlélie Couture. Un autre enfant du pays. Indifférent à cet illustre voisinage, lantiquaire était occupé à commander une flammenkuch au garçon, un moustachu ventripotent au teint couperosé. Pour patienter, leur dit-il. Une assiette vide trônait à ses côtés.
- On attend qui ? senquit Riton, à nouveau gagné par linquiétude.
- Un ami, se contenta de répondre lantiquaire en vidant son verre dun trait.
A quelques tables de là, un groupe de stagiaires de lENACT dînait bruyamment. Lantiquaire ne les quittait des yeux. Une jeune fille semblait avoir retenue toute son attention. Il nen détourna le regard que lorsquune main se posa sur son épaule. Une main velue accrochée à un bras hors de proportions.
- Ah ! Te voilà, laisse moi te présenter mes amis.
Instinctivement, Riton resserra ses jambes autour de la plaque entre lesquelles il lavait glissée. Damien se contracta. Le nouveau venu avait tout du tueur en série.
- Max, je te présente Riton et Damien, les deux gars dont je tai parlé. Riton, Max est comment dire, en cheville avec certaines personnes. Le genre de personnes haut placées. De celles qui peuvent acheter ta petite merveille les yeux fermés si tu vois ce que je veux dire.
Riton voyait. Il voyait même fort bien. Mais linquiétude qui lavait gagné navait pas disparu pour autant. Pour lui, les choses ne seraient réglée quune fois les billets en main. Et le regard que lui jetait le prénommé Max narrangeait rien à laffaire.
- Vous avez la marchandise avec vous ? demanda Max dune voix doutre tombe.
Lantiquaire ne laissa pas à Riton le temps de répondre.
- Ouais, un peu quil la ! Il semblait dans son élément. Fier comme un paon.
- Et je peux la voir ? demanda le nouveau venu.
- Ici ? Maintenant ? hasarda Damien. Vous ne pensez pas que cest un peu risqué ?
Max le toisa. Le risque, cétait bien le cadet de ses soucis. Et les gens pour qui il travaillait le payait justement pour ça. Cette sorte dinconscience qui lhabillait comme une seconde peau.
- Non, évidemment, pas ici concéda-t-il au bout dun instant.
Leur commande arriva sur ces entre faits. Wadele braisé et sa choucroute garnie pour tout le monde.
°
Non. Non, Damien ne voulait rien savoir. Ni qui ils étaient. Ni ce quils faisaient. Et encore moins le secret que pouvait bien renfermer la gravure de Jacques Callot. Tout ce quil voulait, cétait rentrer chez lui et oublier tout ça. Toute cette histoire. La folie qui sétait emparée de Riton. Lavidité de ces hommes. Mais ils ne semblaient pas prés à le lâcher. Létau se resserrait dangereusement autour de lui. Lhomme séclaircit la voix.
- Monsieur Monod, je sais que ne vous nêtes pour rien dans cette histoire mais combien dautres innocents ont été sacrifié au cours des siècles passés ? Combien dhommes sont morts sans jamais savoir ni le pourquoi ni le comment ?
- Vous devez comprendre que cette affaire est très importante pour nous, monsieur Monod, surenchérit la femme. Capitale même.
- Vous devez nous dire ce que vous savez monsieur Monod, tout ce que vous savez, dit un des deux hommes qui navaient pas encore parlé. Réfléchir. Damien savait que la seule chose à faire était de réfléchir. Peser le pour et le contre. Juger de la dangerosité de ces hommes et de leur détermination. Des moyens dont ils disposaient.
- Et si je vous dis ce que je sais que marrivera-t-il ? demanda-t-il dune voix fluette.
- Rien. Peut-être même nous montrerons nous généreux tout dépend de vous. Et de votre bonne volonté. Damien était pris au piège. Fait comme un rat. Il ne savait rien mais devait tout leur dire. Il avait connu des positions plus confortables.
- Nous nous étions retrouvé au restaurant avec ces deux hommes, celui qui se faisait appeler lantiquaire et lautre, une espèce de brute épaisse, Max quil sappelait Ils lécoutaient religieusement. Lhomme qui se prénommait Paul sétait resservi un verre. Il avait fermé les yeux et semblait particulièrement fier de lui. La femme écrivait nerveusement dans un petit carnet qu'elle venait de tirer de son sac à main. Damien dévidait le fil de ses souvenirs. Malgré les années, tout lui revenait en mémoire avec une précision qui létonnait lui même. Sils voulaient tout savoir eh bien il leur dirait tout. Jusque dans les moindres détails.
- Nous avions pris des Wadeles braisés, je ne sais pas si vous connaissez cest très bon, un peu gras mais vraiment excellent. Bref, lhomme, Max, a demandé à voir la plaque. Riton lavait amené avec lui. Il ne sen séparait plus depuis quil lavait récupérée
- Comment ? demanda la femme sans relever la tête.
- Je vous demande pardon ? dit Damien.
- Comment votre ami sétait-il procuré cette plaque ? précisa-t-elle sur un ton agacé.
- Je vous ne me croirez jamais.
Il leur expliqua alors comment Riton sétait retrouvé en possession de la plaque de cuivre de Jacques Callot. Lune des plus fameuses quil ait jamais gravée. La foire dImpruneta. Conservée jalousement au Musée dArt Lorrain. Une histoire de fou que bien sûr, ils eurent toutes les peines du monde à croire.
- Vous nous prenez pour des abrutis, cest ça, monsieur Monod ? dit la femme après quil ait fini son exposé.
Damien ne put réfréner un sourire en coin.
- Vous voyez, je vous lavais bien dit que vous ne me croiriez jamais Ils se regardèrent puis lhomme ajouta,
- Peu importe, ce qui compte, cest que vous layez poursuivez votre récit.
- Où en étais-je ? Ah oui, le dénommé Max. Il tenait donc à voir la plaque. Selon lui, nous nétions que de vulgaires escrocs sans scrupule et lantiquaire avait beau lui soutenir que la plaque était bien loriginale, Max ne voulait rien entendre. Il était de plus en plus nerveux. Il demandait déjà laddition quand nous nen étions quà commander les desserts Riton, de son côté, prenait tout son temps. Il essayait de reculer au maximum le moment où nous devrions sortir et nous retrouver seuls avec eux. Je crois que lautre, Max, il sen était aperçu et que ça commençait à lénerver. Quand on est sorti, finalement, la nuit était tombée depuis un bon moment. Les rues étaient pleine détudiants qui naviguaient de bars en bars. Cétait la fin de lannée universitaire. Certains semblaient déjà bien attaqués On est retourné chez moi. Damien marqua une pause. Lattention quils lui accordaient semblait bien réelle malgré labsence quasi-totale dintérêt de tout ce quil leur racontait. Après tout, peut-être ne lui avaient-ils pas menti. Peut-être voulaient-ils seulement connaître la vérité. Il poursuivit, enflant davantage chaque détails qui lui revenait en mémoire.
- On a dû traverser la moitié de la ville. A cette heure là, quand on sécarte du centre, on se retrouve vite seul. Riton marchait devant, la tête enfoncée dans les épaules. Je le connaissais depuis assez longtemps pour savoir quil était contrarié. La présence de Max ne lui convenait pas et je mentirais si je vous disais que je ne partageais pas son avis. Ce type avait une tête de tueur et des mains comme des battoirs. Lantiquaire essayait de paraître décontracté mais lui aussi, je le sentais bien, nétait pas à laise.
- Ce Max, vous savez pour qui il travaillait ? demanda la femme.
- A ce moment là, non, je lignorais. Je ne lai appris que beaucoup plus tard.
- Et lorsque vous lavez su, quavez-vous pensé ? Damien fixa lhomme qui venait de parler. Des quatre, il était le seul à navoir pas encore pris la parole.
- Ce que jen ai pensé ? répondit-il. Jai eu peur, monsieur. Très peur.
Lhomme parut satisfait de sa réponse. Il lui fit signe de continuer.
- Nous sommes arrivés chez moi. Jhabite dans un petit studio, rue de lIle de Corse, pas très loin des quais. Au quatrième étage. Max avait pris la direction des opérations. Cétait lui qui commandait, ça se voyait. Lantiquaire restait dans son coin. Il ne la ramenait plus. Riton a alors sorti la plaque du bout de tissu dans lequel il lavait enroulée. Max la regardée avec attention. Comme lantiquaire, il avait une de ces loupes dorfèvres, vous savez, ces trucs ronds que lon coince contre son il il parcourait la plaque rapidement, comme sil cherchait quelque chose
- Vous a-t-il donné limpression davoir trouvé ce quil cherchait ? demanda à nouveau lhomme assis à sa gauche.
- Peut-être sans doute. Il sest arrêté une ou deux fois et puis surtout il nous a fait une proposition.
- Quel genre de proposition ?
- Le genre qui ne se refuse pas.
Même si latmosphère sétait un peu détendue, Damien continuait à se méfier deux. La femme se tourna vers lhomme qui se prénommait Paul.
- Comment lont-ils su ? lui demanda-t-elle.
- Je lignore, lui répondit celui-ci. Mais ils savent, cest certain. Il fixa à nouveau Damien.
- Poursuivez et surtout, nomettez rien. Pas le moindre détail. Même ce qui pourrait vous paraître insignifiant. Damien prit une profonde inspiration.
- La somme que Max nous a alors proposé était complètement folle et Riton, ce pauvre Riton, ça la complètement déboussolé. Il a baissé sa garde. Moi même vous savez, on se fait souvent des idées. Depuis que Riton avait ramené la plaque, on avait tout imaginé. Des yachts aux voitures de luxe, des villas à la mer aux voyages quon comptait faire, tout y était passé, même les filles enfin, vous voyez ce que je veux dire. Mais même dans le plus dingue de nos fantasmes, on avait jamais imaginé ça. Jamais, on avait cru ça possible, dit Damien, les yeux perdus dans le vague.
- Et pourtant, cela devait être encore loin de sa véritable valeur, dit lhomme qui se faisait appeler Paul. Mais poursuivez.
- Je connaissais Riton depuis assez longtemps pour savoir ce quil pensait. Aboule le fric et casse toi avec ton bout dcuivre, voilà ce quil devait se dire. Et à sa place, croyez moi, jen aurais pensé autant. Sauf que le fric, le Max, il ne lavait pas. Comme il nous la expliqué, il nétait là quen éclaireur. Il venait voir si notre proposition tenait la route, si la marchandise était bien celle quon prétendait. Il a fixé rendez-vous à Riton, seul, pour le lendemain soir. - Seul ? sinterrogea la femme.
- Ben, ouais. Au début, on avait confiance. Le type avait bien une sale tronche mais il semblait satisfait et puis surtout, cétait lui qui avait fixé le prix Alors on ne se posait pas trop de questions du reste, est-ce quil nous laissait le choix ?
- Et quand, le lendemain soir, vous navez pas vu revenir Riton, ça ne vous a pas inquiété ? lui demanda lhomme assis à sa droite.
- Pour tout vous dire, non. Comme je vous le disais tout à lheure, avec Riton, ça fait des années quon se connaît. Depuis quon est tout petit. Damien laissa passer quelques instants avant de reprendre.
- Et puis il mavait dit quelque chose, juste avant daller rejoindre Max pour lui remettre la marchandise.
- Vous voulez dire, le jour même où il avait rendez-vous avec ce Max ?
- Oui. On avait prévu de se retrouver avant ça. Il devait passer chez moi. Pour régler les derniers détails, vous comprenez. Mettre au point la suite des événements comme on dit. Il était arrivé en début daprès midi. Visiblement, il navait pas fermé lil de la nuit. Je ne lavais jamais vu dans un tel état. Il sautait partout, narrêtait pas de parler. - Et la plaque ? demanda la femme.
- La plaque ? Riton devait lavoir avec lui. En fait, depuis le début, elle ne lavait pas quitté cest drôle que vous men parliez, parce que ça me fait justement penser à
- A... ? demanda lhomme qui se prénommait Paul.
- Riton, quand il est arrivé, ce jour là, il portait effectivement quelque chose sous le bras, enveloppé dans du tissu. Sauf que je me rappelle maintenant quil avait laissé la plaque chez moi, en partant, la veille au soir. Ça mavait dailleurs surpris. Il prétendait que cétait plus sûr. Au cas où lautre lait attendu dehors. Pour le braquer. Cest drôle mais avant que vous men parliez, je ne men souvenais plus.
- Et quy avait-il dans ce bout de tissu ? demanda lhomme assis à sa droite.
- Je lignore. Il la posé prés de la porte en entrant et puis il nen a plus parlé. Et moi, je ny ai plus pensé.
- De quoi avez-vous parlé ? demanda la femme, toujours courbée en deux sur son carnet. - De quoi ? Je ne sais plus. De ce qui allait se produire, de ce quon allait faire avec tout cet argent ce genre de choses je suppose. Et puis, ça par contre je men souviens parfaitement, il ma aussi parlé de la plaque, du fait que cet homme nous en proposait un tel prix. Selon lui, la gravure devait valoir beaucoup plus. Il ignorait comment, mais il voulait savoir ce quelle cachait. Pourquoi quelquun était capable de débourser une telle somme juste pour lacquérir. Ensuite, il était parti à son rendez-vous Et nen était jamais revenu... Vous nous parliez tout à lheure de ce quil vous avait dit, quelque chose qui vous a empêché de vous inquiéter quand vous ne lavez pas vu revenir. De quoi sagissait-il ? demanda la femme.
- Oh, rien de bien compliqué. Juste que je devais lui faire confiance. Que sil ne réapparaissait pas tout de suite, il ne manquerait pas de le faire. Que je ne devais pas minquiéter.
- Et vous lavez cru ? Même après plusieurs mois sans nouvelles de sa part ?
- Oui. Enfin, non. On se connaissait depuis si longtemps mais dun autre côté, la somme était si importante tout cela se mélangeait dans ma tête, vous comprenez. Et puis et puis, je pensais quil devait être dans les îles, heureux. Je sais que vous allez avoir du mal à me croire, mais cela me suffisait.
- Vous teniez beaucoup à lui nest-ce pas ? demanda lhomme assis à sa droite.
- Comme à un frère monsieur, comme à un frère. Damien fixa le plancher. Remuer tous ces souvenirs, devant ces inconnus, avait quelque chose dindécent. Presque dobscène.
- Quavez-vous fait, monsieur Monod ?
- Moi ? Ben jai continué à vivre, que vouliez-vous que je fasse ? répondit-il sur un ton sarcastique. Lhomme qui se prénommait Paul se leva. Visiblement, ce que Damien venait de leur raconter ne lui suffisait pas. Il enchaîna,
- Reprenons, monsieur Monod. Votre ami est donc allé à son rendez-vous, vous laissant seul chez vous. Vous aviez convenu de vous retrouver mais il nest jamais réapparu. Le paquet quil transportait en arrivant chez vous, ce jour là, ne devait pas avoir bougé, je me trompe ? Damien se mit à réfléchir. Il avait beau se creuser les méninges, rien ne lui revenait en mémoire.
- Non. Je crois quil nétait plus là.
- Il laurait donc emmené avec lui à son rendez-vous ? demanda la femme.
- Probablement. En tout cas, il nétait plus chez moi.
- Et la plaque ? Vous lavez vu prendre la plaque ? Les questions fusaient maintenant de toute part. Damien devait répondre sans réfléchir.
- Non.
- Non ? senquit lhomme assis sur sa gauche.
- Je me suis absenté et quand je suis revenu, Riton était déjà parti.
- Absenté ? Et où êtes-vous donc allé, monsieur Monod ? demanda la femme. - Aux toilettes, madame. Damien avait la tête qui tournait.
Toutes ces questions. Aux toilettes, répéta lhomme qui se prénommait Paul. Aussi étrange que cela puisse paraître, cette réponse semblait lui convenir.
- Etes-vous quelquun de maniaque monsieur Monod ? demanda la femme, sans raison apparente.
- Je vous demande pardon ?
- Le ménage, êtes-vous un maniaque du ménage, monsieur Monod ? Bien quil ne voit pas le rapport, Damien répondit tout de même.
- Cest à dire que je suis célibataire depuis si longtemps vous voyez.
- Etes-vous un maniaque du ménage, oui ou non, monsieur Monod ? demanda sèchement lhomme assis à sa droite.
- Euh non, répondit Damien, interloqué par une telle insistance. Lhomme qui se prénommait Paul se mit à sourire. Il regarda la femme et lui dit sur un ton entendu,
- Vous voyez bien que javais raison.
La voiture avait quitté la villa avec Damien, lhomme qui se prénommait Paul et la femme à son bord. Empruntant le même chemin que quelques heures auparavant, mais en sens inverse cette fois, ils se dirigeaient vers lappartement de la rue de lIle de Corse. Le molosse fumait assis à la place du mort. Aucun deux ne parlait. A cette heure là, la circulation était fluide. Les suspensions de la voiture encaissaient les pavés avec régularité. Pas le moindre soubresaut à lintérieur de lhabitacle.
- Dites moi, monsieur Monod, avez-vous une cheminée chez vous ? demanda lhomme qui se prénommait Paul. Une fois de plus, la question prit Damien au dépourvu.
- Oui, mais je ne men suis jamais servi, répondit-il sans comprendre. Le sourire qui barrait le visage de lhomme ressemblait de plus en plus à un triomphe. La femme nota quelque chose dans son carnet.
- Vous ne vous occupez donc pas de son entretien poursuivit-il, toujours aussi ésotérique.
- Ben non, répondit Damien. La voiture se gara en douceur. Ils montèrent les uns derrière les autres. Lhomme qui se prénommait Paul avait dit au molosse de les attendre en bas. Une fois dans lappartement, ils se dirigèrent directement vers la cheminée. Lhomme sagenouilla devant lâtre, retira le tas de cartons couverts de poussière qui occupait le foyer. Le mur était sombre, couvert de suie. Délicatement, il se saisit la plaque de fonte destinée à réfléchir la chaleur. Elle vint à lui avec une facilité déconcertante. Il souffla alors dessus, la frotta à laide dun chiffon trouvé par terre.
- et voilà, dit-il en se relevant, la foire dImpruneta. La femme savança, lui ôta la plaque des mains.
- Mais dit Damien, le souffle coupé. Il ne comprenait plus rien. Pendant tout ce temps la plaque avait été là, chez lui, sous son nez.
- Mais
- Ne soyez pas étonné, monsieur Monod, dit lhomme. Je dois vous avouer que je savais où chercher. La seule chose que jignorais, cétait lemplacement de la cheminée.
- Mais
- Je crois que nous vous devons quelques explications dit la femme en feuilletant son carnet. Prenez, dit-elle en le lui tendant, lisez ça. Damien prit le carnet dans ses mains. Les pages étaient couvertes dune écriture fine et appliquée. Une écriture enfantine.
- Remontez à la semaine passée monsieur Monod, vous comprendrez tout. Damien parcourut les pages.
Son nom apparaissait pour la première fois le 14 Février, soit trois jours auparavant. Les premières notes remontaient, quant à elles, au 12. Le jour où le corps de Riton avait refait à la surface, quai Sainte Catherine.
Lundi 12 Février. Le corps dun dénommé Henri Papaud, dit Riton, a fait surface quai Sainte Catherine. Il était accroché sous la quille dune péniche depuis une durée ne pouvant pas excéder deux ans (date dencrage de ladite péniche selon les renseignements transmis par les services de maître Gérard), son identification a été rendue possible grâce à ses empruntes digitales (enregistrées dans les fichiers de la police, toujours selon les renseignements transmis par maître Gérard). Connu pour divers larcins, la disparition de lhomme na jamais été signalée. Moins de deux ans. Cela pourrait correspondre.
Mardi 13 Février. Paul décide que nous devons remonter la " piste Riton ". Daprès un compagnon, lhomme aurait été en contact plus ou moins régulier avec lantiquaire (fripouille notoire qui, nous lavons appris depuis, serait entré en contact avec certains de nos apprentis afin de revendre la foire, peu de temps après sa disparition). Pas pris au sérieux par ceux-ci à lépoque. Grossière erreur.
Mercredi 14 Février. Lantiquaire, actuellement en détention à la centrale de Joux-la-ville pour une affaire de recèle, reconnaît limplication dudit Riton dans laffaire de la foire. Il nous signale en outre la présence dun complice, un dénommé Damien. Il avoue également avoir été contacté par X pour lachat de la foire. Pas plus de précisions mais nous savons que X avait à cette époque souvent recours, pour ce genre de transactions, à un dénommé Max, par ailleurs bien connu de certains dentre nous. Piste à suivre : retrouver Max.
Jeudi 15 Février. Létau se resserre. Grâce à maître Gérard et à ses contacts, nous avons pu mettre la main sur le dénommé Max. Lhomme se dit rangé des affaires. Conserve un très mauvais souvenir de celle-là en particulier. X aurait été très contrarié du mauvais tour que leur aurait joué le dénommé Riton. Reconnaît être à lorigine de sa disparition. Tout semble indiquer que Riton aurait procédé à un échange au moment de lui remettre la plaque de la foire. Interrogeant Riton pour savoir où il lavait cachée, celui-ci aurait évoqué la présence dune cheminée avant de rendre lâme. Max aurait ensuite rendu visite au dénommé Damien sans succès. Disparition de la plaque. Question : A-t-il bien cherché ?
Vendredi 16 Février. Maître Gérard a localisé le dénommé Damien. Damien Monod, vingt quatre ans, sans emploi. Connu des services de police. Alter Ego dHenri Papaud, dit Riton. Domicilié rue de lIle de Corse. Selon toute vraisemblance, la plaque doit toujours se trouver là bas (même si Max, à lépoque, la interrogé, sans succès, à ce propos). Piste à suivre : Damien Monod doit ignorer quil est en possession de la plaque. Sinon, comment expliquer quelle nait jamais refait surface (elle) ?
Samedi 17 Février. Paul nous a contacté, Maîtres Alphonse, Gérard et moi. Il tient Damien Monod. Lorsque nous arrivons à la villa, je constate à quel point lhomme est petit, chétif. Semble malade. A tout de la petite frappe. Quand je lui demande comment son ami sest retrouvé en possession de la plaque de la foire, il nous donne une explication complètement folle. Impossible de le croire. Prétend nêtre au courant de rien. Semble sincère. Dis ne jamais sêtre inquiété de la disparition de son ami (plusieurs fois, il nous répète quil le connaissait depuis longtemps et lui faisait confiance). Ignore visiblement tout de la signification de la foire et de lendroit où elle se trouve. Damien releva le nez du carnet après avoir lu cette dernière phrase. Devant lui, lhomme qui se prénommait Paul et la femme dont il ignorait le prénom regardaient la plaque de cuivre avec recueillement et dévotion. Il toussa pour attirer leur attention.
- Je je peux vous poser une question ? La femme le dévisagea comme si elle le voyait pour la première fois.
- La foire je pourrais en connaître la signification ? demanda Damien dune voix hésitante. Ils se regardèrent, esquissèrent un sourire puis lhomme qui se prénommait Paul dit, de sa voix fluette et chantante,
- Vous ne nous croiriez jamais.
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