Chéloïdes, Vernon et simples d'esprit.

Après les doubles chroniques, voici venu le temps des triples (mais où s'arrêtera-t-il ?). Triple car, malgré les apparences, les ouvrages dont je vais vous parler ont une certaine familiarité entre eux (quelques traits communs dirons-nous). Tout d'abord, ce sont des œuvres de femmes. Rien de bien extraordinaire me direz-vous et vous aurez raison. Mais cela a tout de même son importance, ne croyez pas le contraire. Ensuite, ces trois femmes-là sont reliées entre elles. Deux par une amitié réelle et la troisième par une inspiration assumée. Enfin, les mondes dans lesquels elles nous plongent sont tous durs, très durs, mais pas forcément désespérés. Il y flotte même, malgré les apparences, une sorte de torpeur, comme un vague sentiment de bien-être (mais bon, c'est pas le pays des bisounours non plus, cette affaire).
Par où commencer ?
Cara Zina est institutrice. Elle a eu une enfance heureuse et puis... elle a voulu/vécu autre chose. Des choses, pas toujours très drôles, parfois même tragiques. Elle a pas mal bourlingué. Notamment avec « la grande », sa meilleure amie de l'époque. Ensemble, elles ont suivi la vague, celle qu'on appelait alors « alternative », allant de concerts en concerts jusqu'à être adoptées. Les Béru comme une seconde famille. Et puis, et puis la vie... la grande a continué de son côté, elle est devenue ce qu'elle est devenue et Cara Zina, aussi. Ça ne les empêche pas de se revoir. La grande a même préfacé ce « roman » fortement autobiographique. La vie est dure quand on est sur la route. Les hommes sont tous des chiens. Et puis il y a son fils, lourdement handicapé. Avec lui, elle leur a, à tous, dit « fuck ! C'est vous qui êtes mal barrés ! ». Et malgré la difficulté (les difficultés) elle a fait face. Seule (le père, comme bien souvent dans ces cas là...). Et elle les a tous envoyé c.... Ces passages là sont sans doute les plus beaux. Les plus terribles aussi (même si elle ne s'apitoie pas sur son sort). Un livre vrai qui, malgré les apparences, fait du bien. Car c'est d'êtres humains dont il est ici question (et on commence à en manquer cruellement ces derniers temps).
Des êtres humains, on en trouve aussi dans le nouveau livre « de la grande ». Troisième et dernier volet de son fameux Vernon Subutex. Virginie Despentes est désormais membre de la très honorable « académie Goncourt ». Comme une punk qui serait entrée au Sénat. Totalement décalé. Forcément drôle. Vernon continue de faire le DJ, dissensions, amitiés, hors du monde, enfin, de ce monde-là en tout cas. Les réquisitoires d'Olga sont comme autant de vérités toujours bonnes à dire, les attentats arrivent, les nuit debout aussi, l'actu en fond sonore. Et eux qui passent tous au travers, touchés, forcément. Paris. Barcelone. Du vrai, du faux, on ne sait plus très bien et au final, on s'en moque. Dopalet. Aïcha. Max. Et tous les autres.
Et puis... et puis il y a Morgane. Qui boxe pour la première fois en dehors de sa catégorie et qui relève le gant de bien belle façon ma foi. Ses paumés à elle aussi sont flamboyants. Histoire d'amour dur qui dure (ou qui ne dure pas, c'est selon). Succession de coups bas et de coups dans le ventre. C'est moche. C'est triste. Mais c'est brillant. Des perdants magnifiques qui zonent de squats en squats, y perdent quelques dents et beaucoup de neurones au passage. La teuf comme dernier (seul) horizon. Berlin, comme nouvel eldorado. C'est d'ailleurs là qu'elle vit, désormais, la Momo... retraite pas franchement de tout repos.
Trois univers comme autant de coups de pieds balancés dans la même fourmilière. Et moi, je n'ai qu'une seule chose à dire : chapeau bas mesdames.
Titre 1 : Heureux les simples d'esprit
Auteure : Cara Zina
Éditions : Libertalia
Titre 2 : Vernon Subutex 2
Auteure : Virginie Despentes
Éditions : Grasset (2017) – Le livre de poche (2018)
Titre 3 : Chéloïdes, chronique punk
Auteure : Morgane Caussarieu
Éditions : Atelier Mosésu (actuellement indisponible, en espérant une nouvelle publication chez un nouvel éditeur).
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