De la Vigne aux platines, Fabien Korbendau et Christophe Mariat.

Publié le par JP Favard

Magie d'internet. Je ne sais plus dans quel sens ça s'est passé, qui a contacté l'autre en premier, toujours est-il que quelques messages plus tard et un échange de bons procédés enclenché, je me suis retrouvé avec, entre les mains, un exemplaire de ce recueil (anthologie ?) bien particulier et pour le moins original. "De la vigne aux platines" (sous-titré "Histoires d'accords rock & vin") a sans doute la plus belle playlist, pardon, je veux dire, le meilleur sommaire de la fin d'année dernière. Des auteurs (Jean-Bernard Pouy, Ingrid Desjours, Caryl Férey) des musiciens, qui sont parfois (souvent) aussi (surtout ?) des auteurs (Charlélie Couture, Rodolphe Burger, Dominic Sonic, Arthur H, Tom Novembre, Bertrand Belin, Gaëtan Roussel...), des dessinateurs (Charles Berberian, Enki Bilal...), des rock-critics (et vous connaissez mon amour pour ces gens-là) et pas seulement... des auteurs, donc (Pierre Mikaïloff, Patrick Eudeline...), des artistes, des graphistes, des néphrologues (spécialistes des maladies des reins, il y en a au moins deux, hasard ?), au moins une psychocriminologue (qui écoute "où veux-tu que je regarde" de Noir Désir, hasard ?) et même une habilleuse de l'Est parisien qui pose en short accoudée à un comptoir que l'on devine lui même de l'Est Parisien (c'est vous dire si le panel est varié ET complet). Oui, parce que ces gens-là posent également (et pas seulement des mots sur la page, vous venez tout juste de le comprendre). D'autant qu'ils boivent aussi. Et qu'ils écoutent de la musique. C'est même le concept.

Concept ? Oui, je m'aperçois que je n'en ai pas encore parlé.

De la vigne aux platines mêle donc, comme son titre l'indique, musique et cépages car les deux ne sont pas antinomiques, nous pourrions même dire au point où nous en sommes qu'ils sont complémentaires. Vin. Musique. Chaque auteur s'empare de l'un, de l'autre et écrit ce que cela lui inspire. Une courte nouvelle, un poème, un message, une anecdote. Chaque texte (et donc chaque auteur) a ensuite droit à sa "correspondance" à une autre page où l'on découvre l'auteur(e) de visu et souvent mis en scène, le disque et son breuvage (tous deux au travers de notes aussi détaillées que précises). Si certains ont apparemment eu un peu de mal (pas facile, en une page, de décrire le disque et le vin sans donner l'impression d'un montage maladroit aboutissant à une sorte de liste de commissions) d'autres (la plupart, en fait) s'en tirent haut les mains. On sent en tout cas qu'ils ont de la bouteille (oui, je sais, elle était facile). Et puis, en y regardant de plus près, on se rend compte, amusé le plus souvent, surpris, parfois, qu'il existe des ponts entre les uns et les autres, que des liens se tissent au travers des pages, que des clins d'yeux se clignent. Un exemple ? Plutôt deux. Dix. Vingt. Arnaud Cathrine écoute Kat Onoma tandis que Rodolphe Burger picole avec Berberian qui s'extasie, et comme on peut le comprendre, sur Alain Bashung et la cuvée Muntada de chez Gauby (2011). Bilal, lui, écoute Autour de Lucie tandis que la chanteuse des susdits (Valérie Leulliot) s'abreuve au son de Radiohead... Novembre et Couture font frangins de couverture, l'un en première et le second en quatrième (à moins que ce ne soit l'inverse).

L'idée est belle, drôle, originale et si certains textes se dégustent comme de brillants breuvages, d'autres râpent un peu sur la langue (mais il en va ainsi de toutes les cuvées, n'est-ce pas ?).

 

Extrait :

"Bo était un pécheur. Le pasteur avait tranché : le Diddley beat povoquait des réactions incontrôlables dans les reins des paroissiens. Alors, Bo avait rangé sa guitare écarlate, vidé une demi-pinte d'un nectar venu de France, et pris la route. Nuit après nuit, il plongeait les foules dans une transe primitive. Au petit matin, il se dirigeait en titubant vers le grand fleuve et plongeait dans ses eaux boueuses, demandant à Satan de prendre sa vie. Mais les alligators murmuraient à son oreille que son heure n'était pas venue. Alors, il nageait jusqu'à la berge, collait son oreille sur le sable et écoutait le rythme qui secoue le monde. Et la notion de bien et de mal s'effaçait. Sa mission n'était pas terminée. Ce soir, il chausserait encore ses lunettes d'écaille, inventerait un nouveau couplet à sa chanson fétiche et, si son manager avait bien fait son travail, taquinerait la bouteille de Chinon qui l'attendait dans sa loge."

Auteur : Pierre Mikaïloff.

Musique: Bo Diddley.

Vin : Chinon rouge.

 

 

 

Titre : De la Vigne aux platines, Histoires d'accords rock & vin.

Auteurs : Anthologie rassemblée par Fabien Korbendau et Christophe Mariat et regroupant des textes, écoutes et buvages de : Pierre Mikaïloff, Gaëtan Roussel, Eric Tandy, Jean-Hugues Oppel, Sylvain Vanot, Arthur H, Boualem Sansal, Patrick Eudeline, Loïc Bénétière, Philippe Auliac, Rodolphe Burger, Jean-Christophe Menu, Caryl Férey, Dominic Sonic, Jean Zobenbuhler, Christophe Conte, Tom Novembre, Dominique Hutin, Fabien Korbendau, Fraçois Gorin, Stéphanie Leroy, Carole Polivert, Ingrid Desjours, Ivan Lefeuvre, Ludovic Morillon, Richard Dumas, Henri Cuche, Patrick Pécherot, Bruno Volle, Stéphanie Morillon et Nicole Bertold, Arnaud Cathrine, Fabien Korbendau bis, Jean-Bernard Pouy, Sébastien Mariat, Stan Cuesta, Natacha Teissèdre, Anne-Laure Enjolras, Charles Berberian, Enki Bilal, Franck Bridoux, Valérie Leulliot, Bernard Collet, Caroline Mioche, Christophe Mariat, Philippe Fertray, Emmanuelle Dumont, Bertrand Belin, Emmanuelle Laurent, Baptiste Mariat.

Editions : Les éditions de l'épure, 224 pages, 22 €.

 

https://www.epure-editions.com/collection-hors-collection/de-la-vigne-aux-platines-191-3.html

 

 

Quant à moi, j'ai rédigé cet article en écoutant l'album "Prophets of Rage" du groupe éponyme et en dégustant une Libertane, bière Ardéchoise brassée à la Grange du Seigneur, série spéciale "la dorée d'hiver" (mon côté dissident sans doute).

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