Publié le 27 Juin 2017

Philippe Gontier est un coquin. Non content d'arborer une superbe barbe blanche digne du Père Noël, il vous fait froid dans le dos, même par temps caniculaire. Tout en réussissant l'exploit de nous plonger dans les délices d'une bonne vieille lecture au coin du feu, une paire de charentaises estampillées aux pieds et, confort suprême, un ballon de Cognac à portée de main (voire un bon cigare, même si je ne suis pas amateur de la chose, j'avoue que cela clos merveilleusement le tableau). Car se glisser dans ces pages-là constitue un véritable délice de gastronome de la chose écrite et que l'image du délice (de gastronome de la chose écrite), parfois, ça peut ressembler à ça. Imaginez, il fait froid dehors, mieux, il pleut averse (un orage terrible), et vous êtes là, à l'abri, à l'intérieur, dans ce bon vieux fauteuil qui épouse si parfaitement vos formes, devant l'âtre où brûle une bonne flambée (+ verre de Cognac, cigare tout ça).

Tranquille.

Détendu.

Et la robe de chambre molletonnée, j'allais oublier la robe de chambre molletonnée !

Peut-être même qu'un chien est couché, là, à vos pieds. Genre Setter Irlandais.

Et j'arrêterai là.

Pour vous parler (enfin) du recueil.

Son format, tout d'abord. Il convient à nos yeux fatigués et offre un confort dont je ne cesserai désormais plus de vanter les mérites. Son contenu, ensuite. Après une préface forcément instructive, nous voilà plongé dans le premier des dix textes qui le composent. Dix petites merveilles possédant chacune son charme propre, sa finesse. Car la langue est belle. Et les histoires sont terribles. Mais agréablement terribles. Elles mettent fantastiquement mal à l'aise.

La quatrième de couverture révèle l’œil brillant (voire goguenard) de l'auteur, ses bacchantes début de siècle, son col et sa cravate d'un autre temps (il est mort en 1926). Auteur, journaliste, dramaturge (on doit à Maurice Level quelques pièces jouées au fameux théâtre du Grand Guignol !), cet homme-là multipliait les talents. Humoriste, même nous dit-on.

Mais ce n'est pas cela qui nous occupe ici.

En témoignent les titres des nouvelles : "La peur", "Le fou"... chacune nous plonge, à sa façon, dans cet univers inquiétant, habités par des êtres... eux-même inquiétés. Fantastique à la fois old school et tellement contemporain.

On comprend aisément pourquoi un certain Lovecraft taxa Level de "maître du conte cruel" après avoir découvert son travail dans la mythique revue Weird Tales...

Et comme si tout cela ne suffisait pas, chacune titre est accompagné de son explication, cerise sur le gâteau de ce met déjà bourré de Chantilly (car en plus de l'explication, qui déjà suffirait à elle seule, il y a également les petites vignettes illustratives signées Léo Gontier (fils du Philippe précité), toujours à bon escient, toujours fines et distinguées).

 

Un superbe ensemble, classique dans son fond, léché dans sa forme, parfait dans sa complétude (et tout ça pour seulement 9 € ! Par les temps qui courent, avouez que cela mérite d'être encensé).

 

 

Titre: La peur (et autres contes cruels, fantastiques et terrifiants).

Auteur: Maurice Level (textes rassemblés par Philippe Gontier, mis en images (vignettes intérieures) par Léo Gontier, bibliographie des contes par Jean-Luc Buard, illustration de couverture : Antony Troncet.

Editions : Les Aventuriers de l'Art Perdu - La Clef d'Argent, 117 pages, 9 €.

http://clefargent.free.fr/lp.php

 

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Rédigé par JP Favard

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