Suite(s) impériale(s) de Bret Easton Ellis.

Publié le 10 Septembre 2010

 

Bret Easton Ellis

Un nouveau Bret Easton Ellis, ça se fête. Le dernier, « Lunar Park », datait de 2005. « Moins que zéro », dont celui-ci est la suite, datait pour sa part de 1985… autant dire un quart de siècle.
Ça commence à faire.

On retrouve donc Clay, Rip, Julian et les autres. Une poignée de gosses de riches qui passaient leur temps, adolescents, à se défoncer dans des fêtes inutiles au bord de piscines aveuglantes, qui tombaient parfois dans le sordide sans forcément s’en rendre compte (ou en s’en moquant éperdument, parce qu’après tout, à quoi bon quand on a de l’argent ?). Bref, sur le thème du « que sont-ils devenus ? » on les retrouve la quarantaine venue, pas forcément moins défoncés que précédemment, mais toujours autant têtes à claques. Entretemps, Clay est devenu scénariste pour le cinéma. Il écrit peu, préfère avoir des aventures avec des filles à qui il promet le rôle de leur vie dans le prochain film qu’il écrira – parce que c’est bien connu, elles sont beaucoup plus faciles quand elles veulent devenir comédiennes (à moins que ce ne soit le contraire, on ne sait plus trop). Évidemment, il vit mal chacune ses ruptures. Et pour tenter de les oublier, il boit. Beaucoup. Sans doute trop. À tel point qu’il en devient paranoïaque. À moins, bien sûr, que la voiture qui le suit tout au long du récit ne soit réelle. Que les textos qu’il reçoit d’un numéro caché constituent des mises en garde.
À moins qu’il ne sombre, petit à petit, dans la folie.

Le livre s’ouvre sur une de ces mises en abîmes devenue une marque de fabrique de l’auteur. Le roman parle du roman dont il est la suite, Clay commentant les effets que le livre a eu sur sa vie (et sur celle des autres protagonistes). Il parle aussi du film qui en a été tiré ce qui permet à l’auteur, marionnettiste de l’ombre, de régler ses comptes (et il a bien raison parce que franchement…). Le style est sec, sévère. Les phrases sont courtes, tranchées. On est mal à l’aise mais on ne peut s’empêcher de poursuivre. Rien ne semble grave et en même temps tout concoure à la catastrophe. Jusqu’aux scènes finales.
Abjectes.
Horribles. D’une précision clinique. Et si froides... Parce qu’il y a des meurtres, bien entendu. Mais ils se situent comme en orbite des personnages. En suspension, quelque part. Ils sont à la fois terriblement présents et affreusement absents. Comme irréels. Des personnes disparaissent et leurs corps refont surface. Atrocement mutilés. Et alors ? Ce ne sont-là que quelques lignes, trois ou quatre pages tout au plus, quasi-rien et pourtant…
Oui, pourtant.

Ellis a beau dire à longueur d’interviews qu’il va bien (mieux), ce livre est celui d’un homme qui souffre.
Qui a souffert.

À ne pas mettre entre toutes les mains.


Titre : Suite(s) impériale(s)
Auteur : Bret Easton Ellis
Editions : Robert Laffont
19 €

Rédigé par JP

Publié dans #Livres à lire

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

dasola 18/01/2011 14:39



Bonjour, le roman commence presque comme un polar et ne se termine pas vraiment. C'est un roman froid. Les personnages sont tous plus antipathiques les uns que les autres, il en sort pas
grand-chose de tout cela. Du même auteur, j'avais préféré American Psycho. Bonne après-midi.