Sherlock, Moriarty et la liste des 7.

Publié le 23 Décembre 2014

 

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Sherlock Holmes n'en finit pas de renaître. Et les chutes de Reichenbach de rejeter son cadavre. Mais le canon, lui, qu'en est-il ?

 

Ce soir, je vais vous parler de deux livres revenant, chacun à sa façon, sur le mythe Holmessien. Non dans le but de l'explorer mais davantage de le prolonger.

 

Premier exemple, « Moriarty » d'Anthony Horowitz. A. Horowitz s'est fait connaître en publiant des romans policiers pour la jeunesse et en devenant scénariste pour la télévision, notamment dans le cadre d'adaptations d'Agatha Christie (Hercule Poirot) et de nombreux épisodes de l'inspecteur Barnaby (ma maman adore donc... je vous remercie). A la fin des années 2000, la très sérieuse et officielle Conan Doyle Estae ainsi qu'Orion Books lui ont demandé d'écrire un nouveau livre des aventures de Sherlock Holmes. Il s'intitule « La maison de soie » et ne fera pas l'objet de la présente chronique (mais il faut noter que c'était la première fois que le personnage de Holmes revenait et ce, à la demande même des ayants droits de Conan Doyle). « Moriarty » constitue le second opus lié à cette même commande. La scène d'ouverture se déroule aux fameuses chutes de Reichenbach (je ne vous ferai pas l'affront...). On y suit deux personnages, un envoyé de Scotland Yard et un jeune détective Américain, tous deux partis à la recherche des corps du fameux détective et de son ennemi juré. Et tout s'accélère lorsqu'un nouveau maître du crime, brutal et sanguinaire, débarque des états-unis pour tenter de faire main basse sur la place laissée vacante par l'infâme professeur. Lequel... Nous sommes ici face à un texte d'un grand classicisme. Respectant à la lettre le canon. Que ce soit dans le style ou les personnages. Et même si Holmes n'apparaît pas, à proprement parler, on sent son ombre planer sur chacune de ces pages. Et le suspense qui en ressort est, il faut le reconnaître, des plus réussi. Mais. Car il y a toujours un « mais » dans ce genre d'affaire. Quelques exagérations, quelques libertés, une fin... un rien décevante. Si Horowitz parvient parfaitement à plonger le lecteur dans l'ambiance des romans de Doyle, on peine à prendre véritablement plaisir. Sans doute qu'à trop vouloir singer le maître... chose que ne fait pas Mark Frost, dans sa « liste des sept », second ouvrage dont il est ici question.

 

Là encore, l'ombre de Holmes plane en contre-jour mais pour de toutes autres raisons, autrement plus malignes à mon (humble) avis.

 

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Mark Frost, lui aussi, vient du scénario et de la télévision. Mais là où Horowitz officie, guère de chance de croiser Frost. En effet et comme nous l'apprend la quatrième de couverture de son roman, Mark Frost n'est autre que le co-scénariste de Twin Peaks (la célèbre série de David Lynch). Ah oui, vous dites vous, d'accord... et vous n'aurez pas tort. Et même si, ici, les situations s'enchaînent à un rythme effréné, tout reste compréhensible. Limpide oserais-je dire. Un sacré challenge quand on songe à tout ce que le héros – Arthur Conan Doyle en personne – traverse tout au long de cette aventure qui s'affranchit allégrement de toute vraisemblance historique pour notre plus grand plaisir de lecteur. Malmené et battu, confronté au mal absolu, Doyle aime, souffre et est en proie au doute. Les frères Sparks, Jonathan et Alexander. Le bien et le mal. L'intelligence au service de la reine ou du crime. Le plus abjecte. Le plus loyal. Larry et Barry, les jumeaux inséparables. Hommes de mains. Brutes à idéal. Les trains privés (à la manière des « Mystères de l'Ouest »). Les femmes, forcément vénéneuses. Le complot, le scandale. Les zombies (les vrais, ceux d'Haïti). Bref, le grand, le beau spectacle. Avec un vrai style, une vraie fougue. Des scènes mémorables dont on se dit qu'elles feraient leur effet sur grand écran.

Les frères Sparks.

L'un est supérieurement intelligent, l'autre aussi. Mais il dépendant de la cocaïne, joue du violon à ses moments perdus. Tandis que l'autre est le mal incarné. Une sorte de Keyser Söze en pire. Et au final... sources d'inspiration du jeune Conan Doyle pour son futur personnage de détective... avec, bien entendu, le retournement final. Celui qui vous attend à la toute dernière ligne, en embuscade. Comme Jason sortant de son lac.

 

Pour résumer, si vous préférez le côté « classique » alors roman d'Anthony Horowitz est fait pour vous. Mais si vous aimer le grand spectacle, l'aventure avec un A, la violence, la haine, les mauvais sentiments, la folie des hommes et le courage des femmes... alors tournez-vous vers le roman de Mark Frost. Vous ne devriez pas être déçus.

 

Titre : Moriarty

Auteur : Anthony Horowitz

Éditions : Calmann-levy

 

Sur le site de l'éditeur :

http://calmann-levy.fr/livres/moriarty/

 

Titre : La liste des sept

Auteur : Mark Frost

Éditions : Cherche Midi

 

Sur le site de l'éditeur :

http://www.cherche-midi.com/theme/La_Liste_des_7-Mark_FROST_-9782749118161.html

 

Et avec un peu d'avance, permettez moi de vous souhaiter de bonnes et heureuses fêtes de fin d'année !

 

Rendez-vous en 2015 pour de nouvelles aventures (et il devrait y en avoir d'après ce que mon petit doigt m'a dit).

Rédigé par JP

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