Secrets. Jean-Marie Jacquet.

Publié le 5 Novembre 2009


 

 

 

Jean-Marie Jacquet est un drôle de zouave. Je l’ai rencontré au salon du livre de Salins-les-Bains, en octobre dernier. Nous étions voisins de table. Armé de son couteau en forme de cachalot (souvenir d’une tournée en Bretagne), il dépeçait le Comté plus vite que son ombre et servait un macvin de sa fabrication avec courtoisie et bonne humeur. Bref, un bon vivant que le coquin de sort avait eu la délicatesse de placer près de moi (ou moi près de lui en l’occurrence).

Souvenir d’une tournée ? Me dites-vous.

Eh oui, vous avez bien lu. Car l’individu, non content de régaler ses voisins de produits du terroir estampillés Bio, possède la particularité d’être un des membres fondateurs du fameux, qui dis-je fameux, célébrissime Cirque Plume.

Pour ceux qui ne connaîtraient, une chape de honte vient de s’abattre sur vos épaules, pour les autres… on se comprend.

Bref, natif de Salins, l’homme a quitté la route (mais pas le Cirque) voilà quelques années (« quand tu sors de spectacle, t’es une boule d’énergie, alors se retrouver dans une chambre d’hôtel miteuse, dans une ville où tout est fermé… ça commençait à me filer le cafard »). Et il publie. Des drôles de romans. Pour un drôle de bonhomme. Evidemment, il a refusé de me les vendre alors nous avons troqué. Les siens contre les miens. Avec en prime une belle dédicace (je la garde pour moi, ça pourrait choquer les enfants). Là, je viens de terminer le premier, il s’appelle « Secrets ».

Et je vais vous en parler.

 

Secrets, c’est l’histoire de deux solitudes qui se rencontrent. Deux destins brisés à la naissance. Un branleur, tout ce qu’il y a de plus Parisien et une belle plante, tout ce qu’il y a de plus paumée. Tous deux sont à la recherche de leur passé. Un passé qui prend corps à Salins-les-Bains.

Pour qui n’a jamais visité cette riante cité du Jura, il faut savoir que Salins, c’est une rue, longue, interminable, bordée d’immeubles noircis par les gaz d’échappement et encadrée de deux montagnes sur lesquelles se dressent d’anciens forts. Pour y vivre, faut être du coin.

Un grand-père pour l’un. Une grand-mère pour l’autre. Des envies de vengeance. De trouver ses racines. Je ne vous cache pas que c’est parfois pesant. Ça pleure beaucoup, surtout du côté de la fille. Ça rumine pas mal aussi, surtout du côté du garçon. Ça picole et ça fume sec des deux côtés. Heureusement, au milieu de ce marasme, il y a Mimile. Le clochard céleste. L’artiste qui sculpte le bois de cagette, rend un visage humain au cimetière des indigents. Mimile, un roman à lui tout seul. Et puis il y a tous ces petits vieux que Gabrielle (c’est elle) va nourrir, épauler jusque dans leur trépas, pauvre Bébert. Il faut dire qu’elle a trouvé un job d’aide à domicile pour pouvoir approcher sa grand-mère (toute une histoire). Et ce petit monde vit en marge. Pas très loin, juste un peu à côté. Mais ça suffit pour les rendre attachants. Et puis il y a la musique de Chet Baker. Le barazik et son patron Fly.

Des conneries de gamins faites par des adultes.

Un bouquin qui fait du bien du côté des sentiments. Dur. Triste. Drôle. Tendre. Un vrai bon moment de lecture.

 

Oui, une belle rencontre.

 

Titre : « Secrets ».

Auteur : Jean-Marie Jacquet.

Editeur : Les éditions du Vendredi

319 pages, 18.00 € (enfin, je crois).

 

Rédigé par JP

Publié dans #Livres à lire

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Jean-Marie Jacquet 20/11/2009 18:24


Salut Jean-pierre,
Que d'éloge ! Ça me fait chaud au coeur.
Je t'écris en dégustant le Trousseau nouveau (le vin rouge de ma vigne qui n'est pas dégueulasse) et en écoutant Neil Young. Il n'y a pas que Chet Baker dans la vie.
Dans le cadre des échanges... je me couche tous les soirs avec "Le coffret d'Essarois". Super rythmé et bien écrit. Je me demande bien où tu vas m'embarquer avec ton histoire d'androgyne. En
tout cas je suis accroché.

Un petit détail pour les fans de ton blog. Au cas certains seraient tentés par mes bouquins. C'est possible de me contacter à cette adresse : leseditionsduvendredi@sfr.fr

À bientôt, et merci pour la critique.
Jean-Marie


JP 25/11/2009 21:20


N'hésitez pas à abuser de cette adresse... un homme qui boit son propre vin en écoutant du Neil Young ne peut pas être mauvais.