Rock'n'roll psychose. Thierry Tuborg.

Publié le 22 Septembre 2010

 

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Au départ, j’avais prévu de vous faire une critique échevelée et particulièrement intéressante du nouveau Houellebecq, « La carte et le territoire ». Je l’ai lu, je l’ai adoré (forcément, je suis fan). Et puis je me suis dit à quoi bon ? À quoi bon redire ce que d’autres ont déjà dit (force de la narration, fluidité de la construction, délire maîtrisé (ah ! le coming-out de Jean-Pierre Pernaut !), noirceur assumée (va pas bien l’pépère…)) ? À quoi bon parler d’un bouquin dont on parle déjà beaucoup, partout, d’un auteur que tout le monde connaît (ou du moins a entendu parler) et qui n’a que faire de l’avis d’un sans grade comme moi (et franchement, il a bien raison !) ? Bref, à quoi bon en remettre une couche quand les mille cinq cent soixante quinze premières ont déjà amplement rempli leur tâche ?

Je ne vous parlerai donc pas du dernier livre de Michel Houellebecq, même si ce n’est pas l’envie qui m’en manque.

Je vais plutôt vous parler de ce genre que je commence à collectionner à force de le lire, je veux parler du polar/roman noir/fantastique estampillé rock.

Est-ce parce que je vais moi-même en sortir un dans quelques semaines ?

Est-ce par pur goût personnel ?

Et surtout, est-ce grave docteur ?

Le rock, on l’a souvent dit et répété, s’apparente au roman noir comme une paire de ray-ban s’emboite sur le nez d’un guitare-héros. Rock. Noir. Polar. Tout cela va, presque naturellement, de pair. À tel point que certains ont été jusqu’à créer des collections dédiées à ce qu’il faut bien appeler un genre à part entière, le polar rock (Polar rock, justement, chez Mare Nostrum, les aventures de Mona Cabriole chez La Tengo éditions etc.). Sommes-nous pour autant en présence de bouquins « rock » ? Pas toujours, il faut bien le reconnaître. Car il ne suffit pas d’estampiller quelque chose « rock » pour qu’il le devienne aussitôt. Le fait d’intégrer dans un récit un chanteur/chanteuse, un guitariste, un batteur voire même un groupe tout entier ne suffit pas à donner le change. Idem pour un concert, du name-dropping endiablé etc. Être rock, c’est avant tout un état d’esprit. Et un état d’esprit passe non seulement par l’histoire mais également (ou devrais-je dire surtout) par le style. Net. Tranché. Sans concession. Parfois violent.
Nick Hornby, que j’affectionne tout particulièrement et dont le dernier roman, « Juliet Naked » est un vrai condensé de bonheur, est un auteur pop. Il le revendique d’ailleurs. Pop et non rock.
Pour moi, un type comme Chuck Palahniuk, qui ne le revendique pas, est un pur auteur « rock ». Et si on pousse le bouchon jusqu’au bout de la logique, son dernier livre en date (du moins, son dernier traduit en français), « Pygmy », absolument illisible (je persiste et signe) peut être considéré comme le versant punk de son côté rock.
Tout le monde me suit ?
Bien, je continue.
Dire d’un bouquin qu’il est « rock » peut avoir, selon moi, deux objectifs principaux. Le premier est purement mercantile, on essaie de toucher un public bien ciblé. On se dit que l’étiquette « rock » va faire vendre. Que le jeune va forcément acheter (car le jeune est bête, c’est bien connu). Le second, quant à lui, est plus contestataire. Le rock est par essence « contre ». Il est même tellement « contre » qu’il en devient souvent « pour » (joie de la récupération marchande, il suffit de regarder la photo de Rachida Dati arpentant l’asphalte d’un pas décidé, un sac à l'effigie de Che Guevara sous le bras pour s’en convaincre)). Et ainsi la boucle est bouclée. Amen, la messe est dite, plus rien à ajouter. Vous pouvez retourner vous coucher, merci.

 

Plus rien, en êtes-vous si sûrs ?

 

Eh bien si.
Car il existe une troisième possibilité (parce que quand je dis « deux » je pense en fait « trois », je sais, je suis compliqué mais vous commencez à être habitués). Argument number trois donc : la sincérité. Le mec qui a écrit le livre en question ne pense pas à vendre (de toutes façons, il sait que les livres ne se vendent plus à moins d’avoir été écrits par Marc Levy ou Guillaume Musso (ce qui, en soi, est suffisamment tragique pour ne pas s’appesantir sur le sujet)). Alors il se dit que perdu pour perdu… En fait, il écrit comme s’il composait une chanson (sauf qu’il n’y connaît rien à la musique (dans sa version académique), qu’il a séché le solfège quand il était petit, que ces points sur des barres horizontales et parallèles ne lui évoquent rien si ce n’est des points sur des barres horizontales et parallèles). Il le fait parce qu’il doit le faire. Parce qu’il en a envie. Parce qu’il y croit. Le reste, il s’en moque comme de sa première paire de doc martens ! Ça plaît, tant mieux. Ça ne plaît pas… au moins, il l’aura fait. Et puis il se dit que des barges dans son genre, il doit bien en exister deux ou trois. Quelque part. Et que ceux-là, si jamais ils tombent un jour sur son bouquin, eh bien ils vont sérieusement prendre leur pied. Comme lui l’a pris à l’écrire.
Tout ça c’est juste du Rock’n’roll.

Only rock’n’roll baby.

Et c’est ça qui est bon.

Prenez « Rock’n’roll psychose » de Thierry Tuborg par exemple. Ça vient juste de sortir chez Kicking books, filiale de Kicking Records, maison de disques qui s’oriente vers l’édition, une référence chez nos amis punks.
Parce que les punks lisent maintenant ???
Vous voyez, dés le départ, le concept est rock’n’roll. Le pur. Le dur. Le tatoué. Celui qui dit son nom. Mieux, qui le gueule. Avec ou sans micro. À s’en faire péter les cordes vocales.
YEAH !

Tuborg est connu, dans certains milieux, pour avoir été le chanteur de Stalag, puis de Stalingrad. Il vit aujourd’hui à Monptellier. Chante encore, écrit beaucoup (enfin, je crois). On lui demandera plus tard.

Son bouquin ? Quelle importance ? Enfin si, quand même, il ne faut pas exagérer. Il y a un meurtre (évidemment), une gamine qui disparaît (sexy, forcément). Un quarantenaire psychotique qui tente de la retrouver. Tiens, ça tombe bien le gars en question écrit des livres. Et devait se faire publier par un éditeur spécialisé dans le rock, une petite maison de disques qui élargi son catalogue en proposant des bouquins… Un vrai truc de puristes. Songez, les mecs ne sortent que des vinyles ! Pressages et distribution en réseaux indépendants. L’alternative touch dans toute sa splendeur (avant la décadence). Bon, on a droit au name-dropping de rigueur mais comme ça va de Johnny Thunders à Didier Wampas (pour les plus connus), ça va. Et puis le type met noir sur blanc sa théorie sur la mort de Mickaël Jackson qui se trouve être, à la virgule près, la même que la mienne… ouais, je sais, c’est facile mais ça a au moins le mérite de rapprocher.
Un livre honnête en somme, avec une histoire honnête, un style agréable et qui passe bien, des références qui rappellent de bons souvenirs, font parfois sourire (toujours tendrement)… un livre qui ne devrait pas défrayer la chronique, dont on ne devrait pas trop entendre parler.

 

Un vrai bouquin rock’n’roll quoi !

http://www.kickingrecords.com/kicking.php

Titre : Rock’n’roll psychose
Auteur : Thierry Tuborg
Editions : Kicking books.
13 €


Rédigé par JP

Publié dans #ça n'engage que moi

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