Les contes des nuits de sang, Laurent Mantese.

Publié le 22 Décembre 2014

 

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Je m'en doutais un peu mais voilà que ça se confirme. Je suis totalement fan de ce que fais Laurent Mantese. Ses deux recueils de nouvelles, publiés par les éditions Malpertuis, sont deux petits bijoux de précision et d'angoisse. Rarement je me suis senti trembler à la lecture d'un texte, me demandant ce qu'il allait advenir, comment le ou les personnages allaient s'en sortir, évoluer ou bien périr... et si oui, de quelle manière ?

 

Laurent Mantese manie une langue riche, quelque peu datée. Mais seulement en ce sens qu'elle est classique et bien tournée, je ne dirais pas savante, non, plutôt construite. Un de ces auteurs « old school » comme on dit. Avec du fond mais aussi de la forme. Du fantastique classique sans pour autant être vieillot, de l'horreur traditionnelle mais qui sait rester contemporaine. Bref, du bel ouvrage.

 

J'avais apprécié, il y a quelque temps déjà, son comptoir des épouvantes, première de mes incursions dans sa production, et ce n'est pas sans espoirs que j'entamais la lecture de ses contes des nuits de sang... Bien écrites, disais-je donc, les premières nouvelles fonctionnent bien mais leurs fins sont peut-être un peu trop... pas assez... et puis viennent « Les enragés » et surtout, « La maison de l'araignée ». Des situations classiques, disais-je donc, mais si bien posées et dans lesquelles on entre si facilement, sans se poser de question, que quand advient le grain de sable...

 

Dans la première de ces deux nouvelles (la seconde, de par sa longueur, s'apparente davantage à la novella, genre que j'affectionne particulièrement), un groupe d'amis se retrouvent dans un immense chalet coupé du monde au cœur d'une fête où tournent quelques produits vraisemblablement frelatés aux effets secondaires pour le moins... La maison de l'araignée, quant à elle, met un scène un médecin qui pense avoir signé le contrat du siècle (pensez donc, demeurer 12 mois enfermé, logé, nourri, blanchi et grassement payé, dans une demeure plus que luxueuse afin de s'occuper d'une vieille princesse Russe à la santé déclinante. La suite, une fois de plus... eh bien, la suite est délicieusement abominable. Goûteusement dérangeante. Un modèle du genre). Autant d'éléments qui me font désormais attendre les nouvelles productions de cet auteur avec une réelle impatience.

 

Extraits :

 

« Le monde est un agencement parfait, dis-je. Les éléments qui le composent entrent continuellement en sympathie les uns avec les autres. Rien ne les trouble ni ne les altère, si ce n'est l'énergie qui les emploie et en dirige le cours. Le monde se transforme, il change incessamment. En son sein, nous changeons aussi, sans que ces changements nous bouleversent : nous sommes à la fois les mêmes êtres, et d'autres êtres. Nous parcourons la même mer, et nous parcourons une mer différente. Tu portes en toi le principe corrupteur qui est la base de la vie et qui t'emmène vers ta fin.Ce principe, tu ne dois pas le blâmer, car tu ne peux le modifier. Au contraire, tu dois le faire entrer en résonance avec le monde qui le cerne et dont il est la quintessence. C'est l'acte le plus noble et le plus juste qui soit ». « Le pêcheur », page 67.

 

« Elle se pencha vers Daniel, qui la regardait en vomissant des filets de bave sanglants, bulleux, et dont la bouche à moitié dévorée s'ouvrait sur un rictus indéfinissable, un mélange de souffrance pure et d'incrédulité. Elle plongea ses doigts dans la plaie béante qu'elle avait faite quelques instants plus tôt au niveau de la cuisse gauche, d'où s'écoulait un sang noir, et farfouilla dans cette chair sanglante comme un enfant dans un pot de sucrerie. » « Les enragés », page 144

 

Sur le site de l'éditeur : http://www.ed-malpertuis.com/spip.php?article50

 

Titre : Les contes des nuits de sang.

Auteur : Laurent Mantese

Editions Malpertuis, collection « Brouillards », 233 pages, 15 €

 

Article initialement mis en ligne le 20 mars 2014.

Rédigé par JP

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