Le baiser du rasoir, Daniel Polansky.

Publié le 7 Février 2012

 

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Évidemment, ce n'est pas le « Drood » de Dan Simmons, ni même « L'appât » de José Carlos Somoza qui m'avaient tant enchantés l'an passé. Mais ce premier roman (tout de même, il convient de le noter et d'en saluer la qualité) de Daniel Polansky est une vraie, belle, réussite. « Le baiser du rasoir » tient à la fois toutes ses promesses et en haleine le lecteur jusqu'à son dernier (avant dernier) chapitre. Un personnage bien campé (le prévôt, ancien militaire, ancien agent de la couronne devenu dealer de souffle de farfadet et de racine d’Ouroboros). Un type qui aime agir en solitaire, sa lame de tranchée à portée de main. Un combattant, donc, mais également un fin limier. Mais a-t-il vraiment le choix quand on sait que le maître de Maison-Noir (les opérations spéciales du coin), en l'occurrence « le Vieux », lui promet une mort lente et douloureuse en cas d'échec ? Car le brave homme, vous l'aurez compris, va devoir accomplir une mission : en l'occurrence, retrouver la trace d'un tueur d'enfants particulièrement sadique et pour cela, il devra...

 

Je n'en dirais pas plus à part qu'à ce fond typiquement « polar » vient s'ajouter une forme moins courante, celle de la Fantasy pure et dure. Un univers glauque (Basse-Fosse la bien nommée) où gravitent toutes sortes de peuplades, de grippes-sous, de malandrins et d'orphelins. Un univers sombre et terrible, durement touché dans le passé par la Peste la plus noire. Un temps qui n'en est pas un. Une guerre en toile de fond, comme une cicatrice purulente que l'on ne parviendrait pas à refermer. Et des enjeux de pouvoir. La noblesse mise en cause. Des fêtes qui tournent parfois à l'orgie. Un magicien de haute volée. Un, que dis-je, des magiciens... certains noirs et d'autres blancs, la plupart gris, comme il se doit...

 

Pour tout vous avouer, je ne suis pas un client absolu de ce type de littérature (malgré les apparences). J'ai toujours eu un peu de mal à « rentrer dedans ». Mais là... je dois l'avouer, ce fut un réel plaisir (et la qualité de l'écriture y est pour beaucoup). Vous comprendrez donc aisément que la mention « Tome 1 » apposée sur la couverture n'est pas pour me déplaire. Car je vous le dis, quand ce prévôt-là repointera le bout de son nez, il aura à nouveau droit aux rayonnages de ma bibliothèque, c'est sûr.

 

Extrait :

 

"Si la race humaine a inventé une institution plus efficace que la noblesse, pour la propagation des handicapés de l'intellect et de l'éthique, je ne suis pas tombé dessus. Prenez la progéniture d'un demi-millénaire de mongoliens consanguins, de cousins germains et d'hémophiles. Élevez-les via une série de nourrices bouffies, de confesseurs abrutis par la boisson et d'universitaires ratés, parce que Sakra sait que Papa et Maman sont bien trop occupés à se tripoter à la Cour pour prendre en main l'éducation d'un enfant. Veillez à ce que toute formation qu'ils reçoivent dans leur jeunesse ne concerne jamais rien de plus pratique que le maniement de l'épée et l'étude de langues que plus personne ne parle, dotez-les d'une fortune quand ils atteignent leur majorité, placez-les hors des limites de tout système légal plus développé que le code duello, ajoutez la tendance instinctive de l'humanité à la paresse, l'avarice et l'intolérance, remuez soigneusement, et voilà : vous obtenez l'aristocratie."

 

 

 

Titre : Le baiser du rasoir.

Auteur : Daniel Polansky

Editions Bragelonne. 377 pages, 20 €.

 

Sur le site des éditions Bragelonne : http://www.bragelonne.fr/livres/view/le-baiser-du-rasoir

 

 

 

Rédigé par JP

Publié dans #Livres à lire

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