L'attaque des dauphins tueurs, Julien Campredon.

Publié le 27 Novembre 2011

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Les auteurs de nouvelles qui nous offrent des recueils où rien n'est à jeter sont rares. J'ai cité ici-même Franck Ferric et son « Marches nocturnes » (réédité chez Lokomodo en début d'année), je cite à présent Julien Campredon et son « L'attaque des dauphins tueurs » récemment sorti chez Monsieur Toussaint Louverture (éditeur qu'il faut absolument connaître si ce n'est déjà fait). Certes, les deux ne boxent pas dans la même catégorie mais pourquoi faudrait-il toujours se contenter d'un seul et même adversaire ? Car si Franck Ferric navigue plutôt le long des côtes fantastiques, Julien Campredon, lui, est ouvertement en plongée en apnée dans le grand n'importe quoi. Enfin, pas tant que ça. Car sous ce vernis de franche déconnade, il y a du fond, de la réflexion, que dis-je de la réflexion, de la dénonciation et plus que tout, de la vraie qualité littéraire. Cinq nouvelles, donc, courtes, certes, pour un recueil lui même assez court (trop, évidemment). Mais pourquoi faudrait-il toujours faire long ? Le débat a au moins le mérite d'être relancé.

 

Une fois n'est pas coutume, je vais tout d'abord m'appesantir sur l'objet livre en lui même. On le sait (ou, je le répète, on devrait le savoir), Monsieur Toussaint Louverture, éditeur basé à Toulouse, aime la belle ouvrage. Couverture soignée, papier épais, riche voire bourgeois, gaufrage et fioritures ornementales ne lui font pas peur (attention, quand je dis « bourgeois » et « fioritures » cela n'a rien de péjoratif, je dirais plutôt de gourmand et de délicat). Ici, la couverture a été particulièrement soignée avec un bandeau en couleurs qui, une fois enlevé, révèle l'envers de l'endroit. Une sorte de mise à nu. Et c'est beau.

 

Quant au contenu... il faut savoir que ce recueil est le second publié par Julien Campredon chez Monsieur Toussaint Louverture après le déjà fort remarqué et non moins distrayant « Brûlons tous ces punks pour l'amour des elfes » (si c'est pas du titre ça) dont la nouvelle éponyme voyait une bande de punks bourrés à la bière attaquer un musée lui même défendu à l'arme lourde par une poignée de vaillants vigiles (dont le narrateur) ce qui donne une (petite) idée du genre d'hurluberlu auquel nous avons affaire.

 

Mais ne brûlons pas les étapes à l'instar des punks.

 

La nouvelle qui ouvre ce recueil s'intitule « Diablerie diabolique au clubhouse » et met en scène un brave urologue bien décidé à faire des progrès au golf et prêt à tout pour cela (même à puer du bec... ou à perdre la mémoire). La seconde nouvelle (ma préférée), « la vengeance du livre Uruguayen » narre les mésaventure d'un brave gars se portant acquéreur pour des raisons strictement immobilières d'un livre intitulé « Aménagement intérieur en Uruguay pour grand-mères buvant le maté froid » d'un dénommé Alfredo Lopez Deodegracia dont la particularité est, qu'une fois infusé, il donne naissance à quatre cent vingt-trois volumes cartonnés avec dos en cuir... oui, je sais, ça peut faire peur dit comme ça mais ce n'est rien car viennent ensuite « La coulée de béton infernale » (ma préférée) dont sera extrait l'extrait reproduit ci-dessous, « l'attaque des dauphins tueurs » (ma préférée) qui, comme son titre l'indique, voit de gentils dauphins attaquer de pauvres humains déjà durement frappés par le destin (le garçon se prénomme Jean-Kevin, c'est dire) ou encore « M., M. M., D. & M. » (de loin ma préférée) que l'on peut traduire par « Michel, mon Maori, Dieu et Moi » et où il est question, notamment, d'anthropophagie et de vengeance familiale sur plusieurs générations (mais pas seulement).

 

Je n'aurais donc qu'un seul conseil à vous donner en ces veilles de fêtes : investissez dans ce petit bouquin-là. Si ce n'est pour l'offrir, tout au moins pour le lire.

 

Sur ce, un extrait :

 

« La plaque que je venais de poser luisait au froid soleil d'Avril :

A. FAYDIT SORCIER-EXORCISTE.

Titulaire d'un double doctorat, et après trois ans de bénévolat au service de mandarins aux coronaires doublement pontés, je me suis résigné. Né jeune dans un monde âgé, j'aurai dû accepter de tenir mon rang tête baissée, mais tant qu'à jeter mon amour propre aux orties, j'ai préféré le faire avec ce panache qui caractérise les damnés de toutes les époques et, abandonnant les rivages de mes connaissances, je suis allé cherché l'emploi là où il se trouvait. Et mes rêves ? Eh bien, les rêves, c'est la nuit, quand on dort. »

 

 

Titre : « L'attaque des dauphins tueurs ».

Auteur : Julien Campredon

Editions : Monsieur Toussaint Louverture ( 128 pages, 14 euros)

 

Sur le site de l'éditeur :

http://www.monsieurtoussaintlouverture.net/Livres/Brulonstouscespunks/Dauphins/Attaquedesdauphinstueurs.html

 

Pour relire la chronique consacrée à "Brûlons tous ces punks pour l'amour des elfes", cliquer ici : Brûlons tous ces punks.

 

 

 

Rédigé par JP

Publié dans #Livres à lire

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Commenter cet article

Julien 28/11/2011 13:16


Salut Jean-Pierre,


Ah oui, celui-ci est excellent.


Tiens as-tu déjà eu l'occasion de lire Jean-Marc Agrati. C'est un nouvelliste hors pair dont les recueils ne déparaitraient pas au milieu de tes lectures.


Il a publié deux recueils chez Hermaphrodite, dont "Le chien a des choses à dire" (où l'on peut notamment apprendre ce que l'auteur ferait si, par hasard, il trouvait le pistolet de Judge Dredd
dans la rue), et un aux éditions La Dragonne. Il y a une sortie prévue très bientôt aussi chez Distopia: http://www.dystopia.fr/


 


Ca devrait te plaire.

JP 28/11/2011 13:34



Eh ben je m'en va aller jeter un coup d'oeil là-dessus. Merci pour ce bon conseil.


Amitiés,