L'appât, José Carlos Somoza.

Publié le 21 Novembre 2011

 

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Autant vous le dire d'entrée de jeu, voilà un roman d'une rare efficacité. Sous le couvert d'un polar jouant sur une habile uchronie (l'action se déroule en Espagne dans les années suivant un attentat nucléaire terroriste (ou plutôt un accident nucléaire terroriste, la bombe ayant explosé avant d'avoir été placée là où elle devait faire le plus de victimes)) les forces de police ont affaire à un redoutable tueur en série (le Spectateur). Sachant que le Renard et l'Empoisonneur, eux aussi, ont ou continuent de frapper dans l'ombre... Bref, on l'aura compris, ils ont fort à faire. Afin de tenter de piéger ce monstre (car c'en est un, au sens strict du terme, ne nous voilons pas la face), une « armée » d'appâts sur-entraînés est chargée de se faire piéger. Et c'est là que l'histoire prend tout son sens.

 

Qui sont ces appâts ? De jeunes personnes (on suit essentiellement des femmes mais il peut aussi s'agir d'hommes) d'une petite vingtaine d'années, généralement durement touchés durant leur enfance et ayant pour point commun d'être sans famille. Leur travail consiste à servir d'appât (donc). Et comme cela concerne des sadiques, à leur plaire, à les séduire. A se faire choisir comme victime en lieu et place d'innocents non préparés. Pour ce faire, ils développent des techniques susceptibles de plaire à leurs cibles. Vous l'aurez compris, une part très importante de ce livre est consacrée à l'analyse de la psychologie, notamment par la définition de « caractéristiques » psychologiques et de grandes catégories. Des termes comme psynomes et philia y sont employés. Le tout sur fond d’œuvres de Shakespeare (car, comme chacun le sait, Shakespeare a décrit dans ses pièces tous les genres humains et que de s'y référer permet de mieux les comprendre et les mettre en scène).

 

Je sais, ça peut paraître un rien compliqué dit comme ça mais ça ne l'est pas. En revanche, c'est assez (pour ne pas dire « complètement ») malsain. L'aspect psychologique est remarquablement développé. Et on s'aperçoit que les pauvres appâts n'ont pas maille à partir qu'avec les sadiques auxquels ils donnent la chasse... Leur passé, leurs supérieurs, tout cela vient les torturer, les hanter...

 

Un roman noir, à la fois fascinant et repoussant, exigeant et, ce qui ne gâche rien, diablement bien écrit. Bref, ce que je n'hésite pas à nommer « un incontournable » (à ne pas mettre entre toutes les mains cependant).

 

Extrait :

 

« J'éprouvais de la rage et du mépris envers moi-même. Je savais que Gens voulait se droguer avec moi. Qu'un entraîneur utilise un éphèbe pour son propre plaisir était une chose perverse, aberrante. Bien sûr, cela pouvait arriver, même si je ne connaissais aucun appât qui accepte de bon gré une telle humiliation. Mais je pensai que, si je l'accrochais, je pourrais obtenir l'information que je voulais, même s'il refusait de me la donner. Si Gens voulait jouer à la déloyale, j'allais lui rendre coup pour coup. »

 

 

Titre : L'appât.

Auteur : José Carlos Somoza (Esp.)

Editions : Actes Sud (408 pages, 23 €)

 

 

Rédigé par JP

Publié dans #Livres à lire

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