Hugh Laurie vs Sire Cédric

Publié le 5 Juillet 2010

À l’instar de ces journaux féminins qui exposent Laetitia Hallyday en couverture un mois sur deux, je m’en vais vous proposer ma sélection de livres pour l’été, inaugurant ainsi une rubrique people dans un blog qui ne l’est pas (ou si peu) enfin bref, vous m’avez compris (et si ce n’est pas le cas, eh bien tant pis).

Pour faire, « comme les vrais », je vais même aller jusqu’à vous classer ça par rubriques, allant du soft gentil et drôle au gore et dégoûtant (il faut bien se démarquer de la concurrence et attirer les foules, que voulez-vous, le monde est un endroit terrible où il ne faut reculer devant aucun excès pour faire sa place).

Rubrique « soft gentil et drôle » :

 

 

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Généralement, tout ce qui a du succès, notamment en librairie, me laisse froid. J’aurai même tendance à fuir comme la peste les têtes de gondole (eh oui, sous mes airs bonhomme je suis un vrai rebelle). Mais là… j’avais pourtant vu les affiches en gare durant des semaines, j’avais même lu un ou deux articles traitant du sujet (sans y prêter attention) mais n’ayant plus rien à lire et guère plus d’idée en tête, je me suis laissé tenter. De quoi vous parlais-je ainsi vous demandez-vous avec un brin d’appréhension ? Tout simplement du fameux « Tout est sous contrôle » de Hugh Laurie (mais si, vous savez, l’acteur qui interprète le Dr House dans la série éponyme et qui a pondu un polar d’abord publié chez Sonatine et dorénavant disponible en livre de poche). Un vrai carton du best-seller à ce qu’il paraît.
Je dois tout de même vous avouer, pour être tout à fait franc (je le suis parfois), que j’étais un rien intrigué par l’objet. Non que je sois fan du toubib Maison (je ne comprendrais d’ailleurs jamais quel plaisir on peut trouver à regarder des séries se passant dans des hôpitaux avec des gens malades qui meurent dans d’atroces souffrances dedans mais là n’est pas la question). Donc, disais-je, j’étais intrigué. Mais par quoi grand Dieu (au moins deux mètres vingt au garrot, belle bête) ? Tout simplement par ce petit détail qui, pour moi, a fait toute la différence. Hugh Laurie aurait envoyé son manuscrit sous pseudo à sa première maison d’édition (pour que son texte soit publié en raison de ses qualités et non de la notoriété de son auteur). Voilà qui me rendait l’homme immédiatement sympathique. Puis vint la seconde épreuve, passée haut la main par l’auteur, celle dite « de la première phrase ». Or il se trouve que « Tout est sous contrôle » débute ainsi :

 « Imaginez que vous deviez casser le bras de quelqu’un. Le gauche ou le droit, aucune importance, la question étant de passer à l’acte, faute de quoi… enfin, qu’importe également. Disons seulement que, sinon, ça risque d’aller mal. »

Vous voyez, je ne pouvais pas passer à côté de ce livre-là. Et franchement, sans flagornerie aucune, c’eut été dommage (je veux dire, de passer à côté de ce livre-là). En effet, ce petit bouquin se révèle à la lecture follement réjouissant. Style alerte, quelques maladresses qui le rendent d’autant plus humain, une histoire bien menée, un personnage principal très cynique (oui, je sais, comme le docteur machin), des méchants à deux doigts d’être complètement crétins… OK, ça sent parfois le 11 septembre et le taillage de shorts à l’industrie de l’armement sauf que… une note de la traductrice, en bas de page et au milieu du bouquin, indique subrepticement qu’il est sorti des presses pour la première fois en 1996… et c’est ma théorie toute entière qui tombe à l’eau ! Damned ! Cet homme serait-il visionnaire ? Ou tout du moins un réaliste. Et donc, par voie de conséquence, totalement cynique. En un mot, un mec à la cool.

À lire les doigts de pieds en éventail, bien tranquille au frais, une limonade à portée de main (et le sourire aux lèvres).

Titre : Tout est sous contrôle
Auteur : Hugh Laurie
Éditions : Point (pour la version poche). 427 pages, 7.50 €.

 


Rubrique « gore et dégoûtant » :

 

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Parce qu’il faut bien en passer par là aussi. Cette fois, l’auteur n’est pas un inconnu dans ces pages numériques (puisqu’il a déjà été cité au moins une fois ici). Certes, son pseudo est dur à porter et on ne peut pas dire que ça pousse à l’achat quand on a passé le cap de la vingtaine (qui plus est quand on a, comme moi, franchit un cap encore plus douloureux) mais, car il y a toujours un « mais » dans ce genre d’histoires, mais… eh bien il me faut bien l’admettre, ce livre-là est bon. Très bon même. Je ne m’appesantirai pas sur le style, les « thrillers » (puisqu’il est estampillé ainsi) ne sont pas connus pour cela. Ni sur la laideur de la couverture (il n’y est sans doute pour rien). En revanche, il y a l’histoire, le sens du suspense, celui du rebondissement… et que dire de cette facilité à mêler polar à l’ancienne et fantastique à la moderne, de ce goût pour l’innommable, de cette faculté presque naturelle à basculer dans le sordide, le glauque, l’affreux, sale et méchant… ? Oui, j’assume et le dis (pis, je l’écris) : le dernier Sire Cédric, « De fièvre et de sang », est un excellent bouquin. Prenant à contre-pieds nombre de clichés (flic désabusé et colossal (cliché) faisant équipe avec une fliquette albinos et déglinguée (contre-pied), tueur en série qui est une femme (je ne dévoile rien en disant cela, on l’apprend assez vite et puis, dire que c’est une femme ne suffit pas à faire le tour de la question…), retour sur le légendaire avec une bonne exploitation de l’Histoire (celle avec un grand H)… oui, si vous avez le cœur bien accroché et l’estomac pas trop sensible, je ne saurai trop vous conseiller la lecture de cet ouvrage (j’ai prévenu d’entrée, on est dans le gore ici). Pas étonnant d’apprendre que ce Sire (sic) Cédric est fan de Clive Barker…

Titre : De fièvre et de sang.
Auteur : Sire Cédric.
Éditions : Le pré aux clercs. 18 €.

 

codex 19 recto

 

 

Et bien sûr, toujours disponible, l’indispensable recueil de nouvelles, « Codex Atlanticus » volume 19 (la Clef d’Argent) avec de très bonnes choses dedans… (120 pages, 10,00 €).

Rédigé par JP

Publié dans #Livres à lire

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