Double chronique de rentrée.

Publié le 5 Janvier 2013

Et voilà, on prend de bonnes résolutions, on se dit qu’on va s’y mettre sérieusement et… on se laisse lamentablement déborder par le temps. Je sais, c’est mal. J’ai honte. J’expie de ce pas. Alors donc, dans le désordre le plus absolu, encore que, pas tant que ça, recevez mes meilleurs vœux, santé, bonheur, réussite et lisez attentivement ces deux chroniques au lieu d’une (pour refaire mon retard, je ferais n’importe quoi, je sais, c’est de plus en plus pathétique mais j’assume).

Premier bouquin, qui en fait est le dernier lu en 2012, « Le comptoir des épouvantes » de Laurent Mantese. Second bouquin, qui est en fait le premier lu en 2013, « Strummerville » de Bruno Clément-Petremann.
Et c’est parti.

 

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« Le comptoir des épouvantes » est un recueil de nouvelles publié par les éditions Malpertuis dans la collection « Absinthes, éthers, opiums », ça place tout de suite le sujet dans son contexte. Mais je devrais dire, si je voulais être vraiment précis, « Le comptoir des épouvantes » est un excellent recueil de nouvelles publié par les éditions Malpertuis dans la collection « Absinthes, éthers, opiums ». Excellent car fort bien écrit et d’une efficacité que je n’hésite pas à qualifier de redoutable. Le concept, en lui même, s’il n’est pas foncièrement original, montre un homme, perdu, qui se retrouve dans un bar enfumé (genre qui craint grave limite glauquissime) et se voit confier plusieurs histoires via des journaux… (on le retrouvera évidemment à la fin, prologue, épilogue… Ce principe rappelle les « Marches nocturnes » de Franck Ferric, notamment, même s’il n’y était pas question de bar dans ce cas mais passons, car là n’est pas le propos...). Les nouvelles proprement dites sont au nombre de 9 et reposent toutes sur des faits divers qui donnent (ou ont donné) à leur auteur son inspiration. Faits divers récents ou plus anciens (« Le démon de la passe d’Holzarte » se base sur des articles parus en 2007 et 2010, « La bestia » sur un arrêt de la Cour du Parlement de Dole daté de janvier 1574… Dole ? heu oui, mais j’y reviendrai). Je disais donc, fort de cette fondation, Laurent Mantese a échafaudé, étayé puis bâti de formidables instants de littérature. Si l’on peut regretter que le style soit toujours rigoureusement identique quelque soit l’époque évoquée (un langage daté qui renvoie à la fin du XIXéme, début du XXéme), il est parfaitement maîtrisé. On sent d’ailleurs que l’auteur se sent davantage à l’aise avec cette époque ancienne qu’avec la contemporaine, au moins en termes de style (dans une des nouvelles soit disant récente, il est question d’un écran plat mais il est à peine abordé, reste de toute façon éteint, et le médecin roule en calèche lorsqu’il se rend à une urgence). J’aurai préféré que Laurent Mantese assume complètement le côté dix-neuvièmiste de son écriture, c’eut été au moins plus clair et moins troublant (on tique et se demande ce que vient fabriquer là cet étonnant écran plat au final totalement inutile). En dehors de cette (légère) remarque, mon autre grand regret concerne la nouvelle intitulée « La bestia » qui prend pour base un authentique fait divers s’étant déroulé à Dole et dans sa région (une histoire de massacre d’enfants par un type qui se prenait pour un loup-garou, ah oui, quand même, même qu’il a été brûlé pour ça, la vache !) mais là encore, déception, locale cette fois, car l’auteur transpose l’histoire dans le sud (bon, il est originaire du sud-ouest et habite Toulouse, ceci expliquant sans doute cela… mais pas de bol, moi, ça m’aurait bien éclaté de… OK, vous avez raison, c’est un simple détail et il est sans importance).
Donc, pour résumer, du bel ouvrage, des histoires fortes et qui collent parfaitement au titre du recueil. Je recommande donc chaudement aux amateurs de bonne littérature et/ou d’horreur « old school » de qualité ce superbe ouvrage, servi par une couv’ magnifique du talentueux Aurélien Police.

Titre : Le comptoir des épouvantes
Auteur : Laurent Mantese
Editions : Malpertuis

Sur le site de l’éditeur : http://www.ed-malpertuis.com/spip.php?article61

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« Strummerville » de Bruno Clément-Petremann est un premier roman, publié par les éditions La Tengo (à qui on doit, notamment, la série des Mona Cabriole), en relation avec la radio d’jeuns du service public, le Mouv’. Comme son titre l’indique, le Strummer de Strummerville n’est autre que le grand, que dis-je le grand, l’immense Joe Strummer, leader charismatique, engagé et hurlant du Clash (LE groupe le plus intéressant du mouvement punk sans hésitation).
Alors, disons-le sans ambages, ce bouquin est étrange, pas désagréable et même, au final, assez réjouissant. L’histoire en quelques mots. Patrick, le narrateur (le livre est écrit à la première personne), commet un meurtre (il fracasse le crâne d’un skin facho à coups de barre de fer) et se voit contraint de quitter la France pour Londres au mi-temps des 70’s. Il arrive là-bas, galère un peu et fait la connaissance d’un certain Joe qui vient de quitter son groupe, les 101 Premiers. Ce dernier a pitié de lui et décide de la prendre sous son aile. On l’aura compris, le Joe en question se pseudonyme Strummer et on assiste ni plus ni moins qu’à la naissance des Clash, via un témoin direct de l’affaire. Fallait oser le faire. Le gars l’a fait. Et plutôt pas mal. Si on écoute les disques des Clash et si on connaît un peu leur histoire, on n’apprend pas grand chose mais au moins, on peut vérifier que l’auteur sait de quoi il parle. Et qu’il aime vraiment ce groupe. Car c’est un vrai bouquin de fan auquel on a affaire. Avec une analyse critique et un regard objectif. Les prises de bec avec Mick Jones. La déception du voyage à la Jamaïque. Les tournées Américaines (même si elles sont suivies de loin) et la question de jouer dans des stades, de « c’est à ça qu’on va ressembler ? » en regardant les Who sur scène. La sortie d’un double (« London Calling ») puis d’un triple (« Sandinista ») album au prix d’un simple est abordée, de même que l’engagement politique. On sent que Bruno Clément-Petremann connaît son sujet et l’admire. MAIS. Car, forcément il y a un mais (et qui n’a rien à voir avec le texte lui-même), La Tengo a, selon moi, commis une bourde que je ne m’explique pas. La quatrième de couv’ indique en effet la profession de l’auteur (eh oui, comme la majeure partie des écrivains, Bruno Clément-Petremann doit manger et donc il n’a pas le choix, il doit avoir un vrai métier et quel est ce métier, je vous le demande ? Hein ? Hein ? Non, ne cherchez pas, vous ne devinerez jamais.
Il est directeur de prison.
Quand, dans le roman, Patrick rentre en France, il se fait serrer à la suite d’une altercation et est envoyé en prison. La description qui est alors faite du milieu carcérale est impeccable et implacable. Là, je vous l’avoue et j’en suis content, je ne vous le cache pas, j’ai appris des choses. MAIS. Tout cela est fait avec un véritable regard critique, pour ne pas dire très critique. Sur la pénitencière, ses dérives et ses excès. Les brimades. Les vexations. Et sachant que le gars qui écrit tout ça est… directeur de prison… allez, faut l’avouer, ça fait quand même bizarre. Car il y va, il dénonce. Et enfonce le clou. Le Pat partage même du temps et des conversations avec Jean-Yves Klein, leader d’un autre groupe, beaucoup plus sanglant celui-là, Action Directe. Lire que ce livre a été écrit par un ancien keupon, resté not dead, droit dans ses docs et ses convictions ne m’aurait pas surpris, voire même agréablement étonné, mais là…
Pour résumer, un Ovni, parfois naïf dans sa forme mais toujours sincère dans son fond. Et au final un peu bizarre (dans sa périphérie). A conseiller aux fans des Clash car ils s’y sentiront chez eux et aux autres, pour la découverte. Et surtout en hommage à Mr Strummer, parti trop tôt, il y a dix ans déjà.
Putain, dix ans.

Titre : Strummerville
Auteur : Bruno Clément-Petremann
Editions : La Tengo (335 pages, 15€)

Sur le site de l’éditeur : http://boutique.la-tengo.com/no-fiction/42-strummerville-de-bruno-clement-petremann.html



Rédigé par JP

Publié dans #Livres à lire

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