Djian vs Palahniuk.

Publié le 23 Février 2010


Bon, arrêtons les simagrées, devenons sérieux un instant. Tel que vous me voyez là, je ne vais pas chroniquer le nouveau Philippe Djian (« Incidences ») tant il me déçoit (et pourtant dieu sait si je suis et non-croyant et fan du bonhomme). L’histoire ? Bof (mais ça, c’est pas le plus important). Le style ? Mais il fait quoi, là, le gars Djian ? Et puis cette manie de mettre des « etc. » partout, comme si ça l’emmerdait de préciser sa pensée ou s’il croyait ainsi en accentuer la profondeur jusqu’à la rendre abyssale (genre, au hasard… une grotte sans fond) ? Son gus, on le cerne tout de suite (ouais, le mec est un t…, c’est bon, on a compris…). L’histoire avec sa frangine ? Le vieux Philou a dû se dire que ça ne faisait pas assez rock’n’roll, alors, vers la fin, il s’est lâché. Pourquoi ? Qu’est-ce que ça nous apporte de plus ? Que dalle (en plus, le cliché des mômes martyrisés par leurs parents alcooliques, traînant non seulement un lourd passé mais en plus un passé passablement sanglant…). Non, franchement, si vous voulez lire du Djian ces temps-ci, préférez son petit texte « La fin du monde » précédemment présenté ici et nettement plus percutant que ce laborieux discours sans fin et sans grand intérêt.
Déçu je suis.
Et donc je le dis.

Mais bon, que M. Djian se rassure, la dernière fois que j’ai dit du mal d’un bouquin,  «Le roman français » de Begbeider en l’occurrence, il a eu le Renaudot. Alors tous les espoirs sont permis (eh oui, je sais, je ne suis pas représentatif).

Par contre. Parce qu’il faut bien, de temps à autre avoir de bonnes nouvelles, PAR CONTRE, disais-je, je viens d’apprendre que le nouveau CHUCK PALAHNIUK, « Pygmy » (et non « Snuff », finalement prévu pour 2011), sortira le 9 Mars prochain (certains sites annoncent Avril) ! Quoi qu’il en soit, c’est pour bientôt. Et moi, sur ce coup-là, je n’ai qu’un seul mot à dire : YEAHHHH !

Le pitch, histoire d’avoir la bave aux lèvres en attendant le 9 mars (ou le 10 avril, c’est selon) (ATTENTION, ça va faire des tâches sur les coussins, je préfère vous prévenir) :

Un jeune de 13 ans s'introduit aux États-Unis dans une famille adoptive moyenne (et forcément dysfonctionnelle) pour faire le mal (ben tiens !). Le gamin est en fait un terroriste (nooon ?), programmé depuis l’âge de 4 ans par une société totalitaire pour monter le plus grand coup contre l'Oncle Sam depuis le 11 septembre (la vache !). Toutefois, confronté à la singularité de la société américaine tout ne se passe pas comme prévu... (et je redis miam miam)

C’est quand même autre chose que l’histoire d’un vieux croulant enseignant la creative-writing à de jeunes naïades pétées de thunes dont la seule ambition littéraire se résume à lui sauter sur les genoux...

Dans le combat qui oppose Philippe Djian à Chuck Palahniuk, le grand Chuck est déclaré vainqueur avant même d’avoir combattu !

Et ça c’est rock’n’roll.

Palahniuk

Rédigé par JP

Publié dans #ça n'engage que moi

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Will 26/02/2010 13:18


Très bonne nouvelle que la sortie du prochain Plahniuk, alors que je me désespérais de n'avoir aucune nouvelle de "snuff"( et même si le sujet semblait perché). Je me suis réçemment replonger dans
son recueil de textes ("le festival de la c..."), ainsi que dans les nouvelles jalonnant le récit de "à l'estomac" (excellentes, contrarement au roman). Hâte d'êtr au 09 mars ( ou au 10 avril, je
m'en fous maintenant que je sais que ça va sortir ) !!! .


JP 27/02/2010 20:47


Ce sera Avril vraisemblablement. On a regardé avec un pote libraire sur ses fiches. Par contre, Paul Auster, "Invisible", la semaine prochaine... j'en connais un qui va se ruer !


bruno chauvierre 25/02/2010 08:30


Merci pour vos remarques élogieuses. Intrigue dévoilée, en fonction de ce que j'en comprends. C'est vrai, j'en dis trop. Meurtier ? Certainement ! Mais un meurtier est-il nécessairement un salaud ?
Althusser est-il un salaud ?
Marc, victime de son enfance est devenu fou. N'est pas fou qui veut.


JP 25/02/2010 21:39



Ni qui peut...
wow 2 le retour. Alors qu'avons-nous là, une amorce de débat. Chouette. J'adore ce genre d'échanges. Que me demandez-vous ? Si un assassin est nécessairement un salaud. Bon. Jamais trop réfléchi
à la question, je dois dire. Oui. Non. ça dépend du contexte. De l'identité de l'un et de l'autre (assassin / victime) des raisons de l'un, des torts de l'autre. Prenons le résistant moyen qui
assassine l'oppresseur classique (la victime est un salaud, brutal, sans doute assassin lui-même). Ce n'est pas un salaud pour les livres d'Histoire, c'est un héros. Bon. On avance.
Un peu.
Althusser a étranglé sa femme (j'ai dû faire des recherches à ma grande honte). Mais il a aussi été celui qui a donné goût à la philosophie à BHL. Alors, quel est le geste qui a fait de lui un
authentique "salaud" ?
Je déconne.
Encore que.
Bref.
Revenons à notre point de départ, Incidences de P. Djian (qui finalement m'occupe plus que je ne l'aurais imaginé). Le Marc, là, il bute des femmes, des policiers, qui ne lui ont rien fait. (les
premières lui ayant même plutôt fait du bien...). Et n'ont sans doute rien fait à d'autres. non plus Des victimes INNOCENTES quoi.
On avance.
La victime doit-elle être innocente pour que son assassin soit forcément un salaud. Sans doute. Ne connaissant pas madame Althusser, je ne me prononcerai pas sur la question. Pour ce qui est du
bouquin de M. Djian, disons que oui, Marc est un salaud. Selon mes critères. Mais je n'ai en aucun cas la prétention de prétendre qu'ils soient les seuls. Et tant qu'on reste dans la
fiction...
En tous cas merci pour ces remues-méninges. ça fait du bien.
Bonne soirée à vous.
JP



bruno chauvierre 24/02/2010 00:15








Marc, la cinquantaine bien tapée vit incestueusement avec sa sœur et couche avec ses étudiantes. Ex-enfant martyre, sadisé par une mère
hilare, il garde le souvenir de sa maison en flammes, l’année de ses 14 ans. L’incendie le délivra des sévices de cette mère castratrice peu réceptive aux investissements affectifs : ”
Elle était en combinaison, penchée sur un tiroir de sa commode. Le jour où il avait surpris sa mère dans cette tenue, elle l’avait saisi à la gorge…” (P.90)


 Père, dévalorisé et peu viril. Père maternel . Père faible. La mère bat les petits devant lui. Il ne les défend pas, se
traite de ” parfait misérable”, et pleure devant eux à chaudes larmes. Dans cette continuité, Marc s’efforce de “ne pas sembler trop minable” (p.182). Il protège
sa soeur. Marianne est au coeur de ses songeries et de ses jalousies depuis qu’elle est épilée et courtisée par Richard, son collègue détesté : ” Il songea de nouveau au sexe
de sa soeur, désormais lisse comme la peau d’un abricot ou d’un cuir fin, d’excellente qualité, pâle comme une amande fraîche, en tout cas proprement renversant - la simple idée que
richard pût y glisser la main l’étourdissait, le frappait à toute volée, littéralement.”


Marc est comme étranger aux drames survenant tout près de lui. On pense à Camus. Banalisation dirait un Psy. L’étudiante Barbara meurt à ses
côtés dans son lit. Lors d’un contrôle routier, un policier  l’interpelle et tombe raide-mort d’une crise cardiaque. Il jette simplement les corps dans un trou :


« Il poussa la dépouille du policier jusqu’à l’extrême bord de la faille et ensuite le catapulta dans le vide en utilisant ses deux
pieds comme des ressorts. Puis il rampa vers le gouffre afin de s’assurer que tout était en ordre, que rien n’était visible, que les ténèbres avaient tout effacé. Mais tout était
parfait. » (p.151)


Quand il arrive vers ce trou, il entre en transes. des hallucinations l’envahissent, avec toujours sa mère en toile de fond. Enfant il a
failli périr dans cette crevasse. Marianne, sa soeur l’a sauvé: ” C’est dire à quel point nous sommes liés. ” (p.162). Depuis, il y enfouit les morts qu’il ramasse
sur sa route. Surtout, il se cache dans ce trou pendant des jours et des nuits, s’estimant  ” relativement comblé par son séjour dans son intimité minérale et moussue ”
(p.152)


Se réfugier dans les entrailles du sol lui redonne la vie que sa mère lui a reprise. Lorsque la lune se lève, “ il voit le fantôme de sa
mère traverser le ciel et voguer dans les nuages, au-dessus des cîmes.” Au fond dans ce livre, personne ne meurt jamais vraiment, même ceux que Marc jette au trou. Ceux qui
croisent marc sont immortels. la vie terrestre n’est qu’une étape du cheminement éternel de l’esprit.


Ce gouffre est comme hanté par un revenant qui lui porte chance. Marc est en rapport avec l’au-delà. Il vit dans un monde où corps et âmes se
disjoignent, surtout dans la chambre de sa sœur Marianne : «  L’odeur de cette chambre était réellement troublante – elle l’avait toujours été. L’odeur de cette chambre au
matin, lorsque Marianne ne s’était pas encore levée, comme si une partie de son corps s’était évaporé durant la nuit et flottait dans l’air tiède. »


Quand il ne rôde pas autour de ce fameux trou, Marc “s’arrime” à sa soeur : “Sans doute trouvaient-ils duplaisir à faire ce qu’ils
faisaient, une fois qu’ils étaient allés trop loin, mais cela n’avait rien de tès sexuel, au sensou on l’entend aujourd’hui, cela avit davantage à voir avec une ultime connexion
cérébrale, avec un furieux besoin de s’arrimer ensemble le plus étroitement possible…” ( p.179) L’arrimage est tel qu’il caresse la cuisse de Myriam, la policière, en pensant à sa
soeur.


Si le gouffre se remplit,  la béance de son manque-à-être  va être comblée par Myriam, la femme mûre dont il tombe éperdument
amoureux. Scènes torrides. Se présentant comme la belle-mère de l’étudiante Barbara, Myriam est en fait un policier ! Avec elle il devient adulte, lui  qui n’a” jamais eu
de relation avec une femme de plus de vingt six ans.”  Longues descriptions de séances de harcèlement sexuel dont il est victime de la part des étudiantes. D’habitude c’est
plutôt le contraire à ce qu’on dit ! Avec son look un peu déjanté, son besoin d’être protégé, son aura de prof. il allume ses étudiantes, dont il ne peut ensuite se défaire. Il se fait
même casser la gueule par des hommes de main mandatés par Annie, l’étudiante éconduite.


 La découverte de la véritable identité de la policière Myriam, noue la fin d’une intrigue bien menée. Marc, s’offre une dernière
nuit d’amour avec Myriam. C’est chaud. Puis il ouvre le gaz, allume son briquet. Tout explose. Comme il y a quarante ans. Eternel retour freudien du même, dans un livre masculin,
mettant fin à une série d’ouvrages féminins où l’homme est simplement présenté comme un salaud. Pas si simple !








JP 24/02/2010 22:36



Wow ! Voilà ce que j'appelle une critique constructive. Bravo ! Bon, on l'aura compris, je n'avais pas l'intension de trop en dire (notamment de dévoiler l'intrigue (au cas où certains seraient
quand même tentés par l'aventure)) mais notre ami s'en est chargé pour moi donc je n'ai plus aucun remords.
Effectivement, Marc n'est pas un salaud (encore que ! voir paragraphe suivant) mais il n'a guère de profondeur, il faut bien l'avouer. Le type se tape peut-être tout ce qui bouge mais il ne fait
pas grand chose pour cela. En gros, il subit plus qu'il ne provoque. enfin, je trouve.
Quant au "salaud", à moins que je me plante totalement mais il est quand même à l'origine de toutes ces morts. On le comprend avec l'épisode du flic soi-disant mort d'une crise cardiaque en le
contrôlant. Sauf que Marc est couvert de sang après l'avoir transporté dans sa bagnole pour faire disparaitre le corps. Et ça n'a rien à voir avec ses saignements de nez (on pourrait le penser
mais non, trop de sang pour un seul nez). Donc, la Barbara du début... doute sur la sienne, de crise cardiaque. D'où, Myriam qui se fait passer pour sa belle-mère mais qui en fait est un flic...
on comprend mieux pourquoi elle s'intéresse à lui (enquête). Effectivement, on peut se demander pourquoi elle couche avec lui (mais bon, on  nous l'a déjà dit ce type est irrésistible). En
plus, vous me dites si je me plante encore, mais elle crève aussi à la fin (avant l'explosion, elle est déjà froide la nymphomane ce qui, en l'état, peut paraître un comble !). Donc, notre Marco,
quand on y réfléchit bien,  c'est  juste une sorte de serial killer. On se situerait donc dans un ouvrage masculin où l'homme est un salaud (mais en gardant le beau rôle, celui du
tombeur de ces dames... malin !). Pas si simple, comme vous dites si bien.

Enfin, moi, je dis ça, je dis rien.