Apocalypse bébé. Virginie Despentes.

Publié le 25 Septembre 2010

 

Apocalypse-Bebe

 

 

Pour continuer sur le sujet de la littérature rock, je vais vous parler du nouveau livre de Virginie Despentes, « Apocalypse bébé ». Cette auteure répond si pleinement aux critères précédemment évoqués (lien) que ça en devient presque gênant. Rock, elle l’est, assurément.

Et pas qu’un peu.
J’avais lu ses deux premiers romans (« Baise-moi » et « Les chiennes savantes »), dans la première moitié des années 90 (je sais, ça fait ancien combattant) et j’avoue qu’ensuite j’avais décroché. Le côté trash, provoc’, militantisme forcené (les mecs sont tous des porcs…). Mais celui-là… comment dire ? Ça m’a pris comme une envie irrépressible. Un de ces trucs qu’on ne s’explique pas. Qu’on ne cherche même pas à s’expliquer. Et franchement… la claque. La vraie. Comme on en prend trop peu souvent en littérature. Un style. Je veux dire, un vrai style. De ces styles dont on se dit que l’auteur ne tiendra pas, comme ça, à ce rythme-là, pendant un peu plus de trois cents pages… et dont on s’aperçoit qu’au final il (elle) a tenu le cap. Mieux, qu’elle n’a pas cessé d’en accroître l’intensité au fil des pages. Mieux que l’intensité, la densité. Car ce livre-là est dense. Violent. Sauvage.
Mais surtout dense. Chaque chapitre est comme un round livré au sein d’un seul et même combat. Un combat à mort auquel se livre Despentes et dont le lecteur sort K.O. Groggy. Sonné.
Bien sûr, le délire final (dont je ne dirai rien, évidemment) est un peu too much (à mon avis), surtout qu’on ne comprend pas forcément le pourquoi, ni le comment (la narratrice elle-même avoue sa propre incompréhension face aux événements) mais qu’importe. Oui, qu’importe ! Tant ce que l’on a traversé est riche et puissant. Bouleversant aussi, parfois. En fait non, pas parfois, souvent. Bref un vrai, grand, bouquin. Un de ceux qui me font dire que dorénavant, je ne raterai probablement plus les sorties de la demoiselle.


Extrait :

« Camille dit qu’elle exagère, qu’elle s’est braquée. Forcément, il trouve la région fantastique : il n’est jamais là. Il se tord de rire, à la maison, quand elle lui livre ses conclusions de la semaine :  « quand je réfléchis, leur histoire de catalan, c’est un peu comme si moi et deux amis de Noisy-le-Grand on décidait que l’Etat français nous a opprimé depuis que nos grands-parents sont arrivés en France, et qu’on a impérativement besoin de subventions pour parler le banlieusard. Génial, on rédigerait une grammaire, à quatre, et on déciderait qu’on parle le sarcellois, un mélange de rebeu et de français incorrect, on mettrait trente mots de verlan dedans et on exigerait que tout soit traduit en sarcellois. Ensuite, on vivrait des subventions versées au nom de la normalisation linguistique. Mais évidemment, nos enfants, on les mettrait dans une école privée, pour être sûrs qu’ils apprennent une vraie langue… » Camille lui conseille de garder ses considérations pour elle, il dit que l’anticatalanisme est un domaine réservé à l’extrême droite, et qu’en dehors de leur salon ça ne ferait rire personne. Il essaye de lui faire croire que c’est le résultat de quarante ans d’oppression franquiste. Mais ça va, Franco a fait exécuter les communistes et ça n’a donné à personne dans la région une envie irrépressible d’être rouge. Franco a rêvé d’une Espagne tournée vers le tourisme et s’appuyant sur l’immobilier, et personne après la transition n’a manifesté l’intention de changer de direction. Les Américains ont été les alliés de la dictature, et Vanessa n’a pas l’impression que ça dérange qui que ce soit d’apprendre leur langue. Elle en a marre, de ce bled, elle aimerait bien déménager. »

 

 

Titre : Apocalypse bébé.
Auteur : Virigine Despentes.
Editeur : Grasset
19,00 €

Rédigé par JP

Publié dans #Livres à lire

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