Hakim Bey

Publié le 4 Août 2005

Pensées à propos de mes laborieuses (et non moins joyeuses) recherches (de celles qui inquiètent ma tendre moitié et terrorisent mes (rares) amis) :

 

Il arrive parfois que des sujets se croisent, se télescopent et s’entremêlent en un joyeux tintamarre. Désireux de pousser plus avant mes recherches dans le cadre de l’écriture d’un de ces projets éléphantesques dont on ne voit jamais le bout mais dont on ne doute pas de la fin, (et pour paraphraser la chanson de Marina Foïs (eh oui, elle chante aussi) à propos de Lady Di, " j’suis pas comme elle, moi, j’verrai l’bout du tunnel "), j’ai découvert quelques personnages, auteurs et penseurs dignes, selon moi, du plus grand intérêt. Leur capacité à faire la lumière sur pans entiers de l’Histoire jusque là méconnus ou tout du moins largement ignorés des écoles dites " classiques ", suffit à les rendre immédiatement sympathiques.

 

Parmi eux, Hakim Bey (de son véritable patronyme Peter Lamborn Wilson) est un drôle de personnage. " Géant débonnaire d’origine Irlandaise " comme l’indique le quatrième de couverture de son " L’art du chaos, stratégie du plaisir subversif " parut aux éditions Nautilus, en 2000, l’homme apparaît sous les traits d’un Père Noël goguenard bien qu’un peu fatigué.

 

 

Représentant de la pensée libertaire contemporaine, influencé par le mouvement Situationniste, on lui doit notamment la théorie des T.A.Z. (Temporary Autonomous Zone ou Zone d’Autonomie Temporaire) dont le texte peut-être librement piraté, selon les termes même de son auteur, sur divers sites et qui mérite une lecture attentive et passionnée (http://1libertaire.free.fr/TAZHakimBey.html).

Selon lui, le principe de révolution a vécu et seule l’insurrection peut encore avoir droit de citer. Une insurrection joyeuse, festive, pacifique. S’élever contre l’Etat est une démarche vaine, perdue d’avance, une démarche qui ne peut générer que de nouveaux martyrs inutiles. La force des TAZ repose essentiellement sur leur caractère éphémère. Un jour ici, le lendemain ailleurs. Autant de lieux où l’Etat n’a pas de prise, où les seules règles en vigueur sont celles que l’on s’est soi même fixé. Une vie parallèle, libre, débarrassée de toute contrainte. Pour un temps du moins…

 

" Je n’ai rien inventé. J’ai simplement remarqué que ces choses existaient. Ce que j’ai observé, c’est que les êtres humains préfèrent se rassembler pour jouir de la liberté, même pour un laps de temps très court, plutôt que de vivre leur vie misérablement. " écrit Hakim Bey.

 

Ce constat, il l’a tiré de l’étude des " Utopies pirates ", ces Républiques autonomes créés par les pirates eux même (vous savez, ceux qui partent à l’abordage des galions Espagnols le sabre aux dents), en Jamaïque, à Madagascar ou, dans le cas présent, à Salé, sur la côte Atlantique du Maroc, à l’emplacement de l’actuelle ville de Rabat.

 

 

Une république d’avant l’heure, avec ses propres règles, ses propres lois. Un Etat qui n’en était pas vraiment un. Une utopie, dans le sens le plus générique du terme. Cette expérience ne fut pas la seule, celle du capitaine Misson (" l’homme le plus doux dans ses manières qui eût jamais sabordé un navire ou tranché une gorge " selon Byron) à Madagascar fut aussi un bel exemple de communautarisme réussi (même si les traces que l’on possède de cette expérience soulèvent les plus grands doutes quant à leur authenticité).

 

Il est amusant de noter combien le portrait que l’on peut avoir du pirate (jambe de bois, cicatrices en travers du visage, perroquet vissé sur l’épaule, folie meurtrière) se trouve mis à mal par toutes ces découvertes (existence d’une réelle solidarité, communautarisme réussi (notamment avec la création et l’adoption d’un langage universel), entre aide, lutte active contre l’esclavagisme, égalitarisme forcené (les capitaines étaient élus et pouvaient à tout moment être démis de leurs fonctions, partage des richesses à égalité après un abordage), mise en place d’un système de " sécurité sociale " pour permettre à ceux, blessés au combat, de pouvoir continuer à vivre décemment…). Autant de clichés qui volent en éclats quand on sait que dans le même temps, en Europe, l’esclavage se transformait en industrie juteuse, que l’égalité était une utopie à peine envisagée par quelques auteurs que l’on s’empressait de traiter de fous et que seuls les nobles avaient plus de droits que d’obligations…

 

 

 

 

 

Rédigé par JP

Publié dans #ça n'engage que moi

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