Et vous trouvez ça drôle ?

Publié le 24 Janvier 2007

C'est des livres qu'on a pas lu qu'on parle le mieux. Et toc.

 

Le principe est assez drôle pour figurer ici, haut lieu du bon goût et de la chose comique. Prenez un snob lambda - nous l'appellerons Philibert pour d'évidentes raisons de facilité. Philibert, donc, aime à briller en société. Il écume les dîners en ville. Il glose et s'enorgueillit de connaître mieux que quiconque les auteurs, poètes et autres créateurs de la chose écrite. Il est capable de citer Descartes dans le texte et Achille Talon dans la bulle. Il a ce je-ne-sais-quoi de suffisant qui le rend immédiatement antipathique et infréquentable. Bref, Philibert a tout pour être notre héros du jour.

Mais comment diable fait-il pour savoir tout cela ? se demande souvent Cunégonde, sa chère et tendre rencontrée sur Meetic (elle était tombée sous le charme suave de cet être exquis bien que pas encore cadavre).

Eh bien, Cunégonde, nous sommes heureux de pouvoir vous annoncer que nous avons trouvé la réponse ! Philibert a tout simplement lu "Comment parler des livres qu'on n'a pas lus" de Pierre Bayard.

 

Comme l'indique, Erwan Desplanques, dans le dernier numéro de Télérama, à propos de cet ouvrage remarquable: "La société nous épuise : elle voudrait qu’on ait tout lu. De Plaute à Joyce, via Fénelon. Les journalistes devraient engouffrer les nouveautés in extenso (mais quand trouverions-nous le temps d’écrire nos articles ?), et les jurés, parcourir les œuvres qu’ils couronnent (plutôt que le menu du restaurant dans lequel ils délibèrent). Il faudrait tout dévorer, digérer, assimiler. Y compris cet opuscule de Pierre Bayard, Comment parler des livres que l’on n’a pas lus, que nous avions prévu de défendre sans même l’ouvrir, ne serait-ce que pour la diablerie de son titre. Puis, nous avons craqué, dérogeant à la règle d’Oscar Wilde : " Je ne lis jamais un livre dont je dois écrire la critique ; on se laisse tellement influencer. ""

 

 

Inutile de préciser que ce livre, je ne l'ai pas lu moi-même. Mais vous deviez vous en douter. Je sais juste que l'auteur a demandé à d'autres auteurs de parler des livres qu'ils n'avaient jamais lu. Et cela donne à peu près cela:

La Divine Comédie de Dante Alighieri

(pas) lu par François Bégaudeau

 

 Je n’ai pas lu La Divine Comédie, et ce pourrait être un gros problème, vu qu’il ne se passe pas un déjeuner, un dîner, un cocktail sans qu’il en soit question. J’en sais cependant assez sur le livre pour faire bonne figure au milieu de ces débats récurrents et acharnés.
Je sais par exemple que l’auteur, prénommé Dante, avait lu La Comédie humaine et entendait frapper encore plus fort que Balzac, car l’invention des pâtes al dante (à la Dante) n’avait pas suffi à combler sa vanité. Il s’est donc inspiré de son groupe de pop anglaise préféré, The Divine Comedy, pour titrer ce qui demeure, à ce jour, son grand œuvre.

Restait à décider s’il s’agirait de démontrer que la comédie était un genre absolument divin, ou que les dieux étaient de sacrés comiques. Ayant eu vent du fait que certains des habitants de l’Olympe avaient un grand sens de la déconne, Dante opta pour la seconde voie conceptuelle. C’est ainsi qu’à la page 321 de La Divine Comédie, Jupiter demande à Athéna de dire " camion ". Passablement surprise mais pas bégueule, la divine déesse s’exécute, et c’est alors que l’impayable dieu des dieux pince un sein de sa vis-à-vis en criant " pouet ! ". Camion, pouet, c’est divin, c’est comique, c’est dans La Divine Comédie.

 

Et de là, que n'ai-je envie d'en faire autant, odieux copieur que je suis ? Vile gredin, va !

Grande Jonction de Maurice Georges Dantec

Pas lu par moi

Grande Jonction marque le retour de Métamomo. Après plusieurs ouvrages dont les principaux qualificatifs étaient "incompréhensible et vaniteux", Métamomo a enfin réussi à joindre souplesse et finesse, tout en dégageant, dans un style que d'aucuns jugent ampoulé et prétentieux, la substantifique moelle qui fait les grands ouvrages - et donc les grands auteurs. Métamomo rassemble ici, sous forme de carnets de vol, des impressions étranges et évanescentes qui donnent à son visionnaire coup de plume une crédibilité encore jamais atteinte par un auteur de sa génération. Conscient de déranger, il catapulte les éléments vivants pour en faire de véritables œuvres d'art aux trajectoires aléatoires et aux destins entrecroisés.

Grande jonction, c'est précisément ce carrefour où Flavien, moniteur d'auto-école intergalactique, décide de venir échouer sa solitude et son épave. Armé d'une boîte de cure-dents et d'un livre de Gilles Deleuze, il commence à trafiquer son moteur tout en s'instruisant. Son but ? Faire de cette poubelle volante la première intello-machine, une biomécanique savamment huilée destinée à parcourir, dans un fol élan analytique, les serpentins incertains de sa nonchalance nihiliste. Sur sa route, il croisera des phoques manchots et des pingouins échoués. Il sauvera la vie d'une ancienne actrice de films pornographiques, reconvertie dans le télé-évangélisme larmoyant, ainsi qu'un enfant, allégorie de l'auteur lui-même, dont le destin est de s'en aller sauver les populations barbares des sombres indigènes qui les gouvernent. Faisant fis des critiques, Flavien recueille l'enfant lumière / Dantec afin de créer, avec lui, une société idéale, bien qu'un rien fascisante, il faut bien le reconnaître (mais là n'est pas le propos de ce livre par ailleurs disponible en version "coloriages" et prochainement porté à l'écran par Pee Wee Herman en personne).

Merci, bonsoir.

 

"Comment parler des livres que l’on n’a pas lus", de Pierre Bayard
éditions de Minuit, 164 p., 15 €.

Merci également à Télérama pour son aide tant efficace qu'involontaire. Quant à Maurice G. Dantec…


 

 

 

 

Rédigé par JP

Publié dans #ça n'engage que moi

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Calypsodie 28/01/2007 18:47

et en plus je fais des fautes dans les commentaires que je laisse parce que j'appuie pas assez fort sur les touches parce que je veux taper vite. bouh je suis vilaine.

Calypsodie 28/01/2007 18:46

morte de rire.
moi quand je dis " je connais pas" on me regarde d'un air navré... parce que je suis prof de français, donc j'ai tout lu. Si, c'est comme ça, faut que j'ai tout lu. En plus j'ai le culot de reconnaître que c'est pas le cas.
je suis dingue quoi!
 

jp 25/01/2007 14:43

Eh mais Ô ! J'l'avais pas lu. Alors j'pouvais pas savoir ! Et ça n'en a que plus de prix.

Ô 25/01/2007 14:08

C'est "Téléramoche" qui a contacté des auteurs pour épiloguer sur des livres qu'ils n'avient pas lu ; Bayard, lui, explique sa propre méthode pour briller devant ses étudiants en ne citant qu'une seule phrase (et pour cause) de Joyce, ou de Herzmanovsky-Orlando.