De retour.

Publié le 5 Septembre 2006

Les lectures de l'été.

 

Visiblement ça ne me suffit pas de rester des heures, les doigts de pieds en éventail, en attendant que la mer monte et que la glace coule à flot sur les rebords ourlés de mon estomac dilaté, encore faut-il que je m'abreuve de nourritures spirituelles. Et autant vous le dire tout de suite, la cuvée été 2006 fut des plus excellentes.

Vraiment.

Pas déçu le garçon.

 

Suivant mes penchants naturels, je me goinfrais tout d'abord de polars, si possibles avec cette petite note historico-mystique si à la mode dans les rayons de nos librairies. Bien sûr, je vous l'accorde, depuis le Da Vinci machin, on est en droit de se méfier. Nombre de daubes peuvent en effet se dissimuler sous un tel qualificatif. Vendu à des millions d'exemplaires, traduits en cent cinquante trois langues sont dorénavant des arguments publicitaires sensés nous traduire une certaine qualité littéraire. Le premier que je m'envoyais avait d'ailleurs toutes les raisons de susciter ma suspicion. Si ce n'est ma crainte. Je m'explique. J'avais, de par le passé et par deux fois déjà, essayé des ouvrages comportant le prénom Dante dans leur titre (encore une lubie de ma part) (celui de Nick Tosches, "La main de Dante", fort bien écrit mais si empli de digressions que je serais aujourd'hui totalement incapable de vous en donner ne serait-ce qu'un court résumé et "Le cercle de Dante" de Matthew Pearl, long, long vraiment trop long… pour ne pas dire carrément c…). Bref, n'écoutant que mon courage et une relative inconscience, je tentais à nouveau l'expérience avec "Le piège de Dante" d'Arnaud Delalande.

Et là… vachte. Sacré bon bouquin. Déjà, le fait qu'il soit sorti en Mai, que je n'en ai pas entendu parler et qu'il m'ait fallu parcourir les rayons de quatre librairies différentes pour en trouver un malheureux exemplaire (quand j'ai une idée en tête moi, je fais pas semblant)… j'ai flairé le bouquin qui ne se vend pas des masse… d'où mon intérêt décuplé. On était loin des rayonnages débordants des supermarchés. On ne voyait pas la tronche de l'auteur à longueur d'interviews marketés. Pour moi, ce genre de détail compte. Il aurait même tendance à trahir une réelle qualité littéraire, si vous voyez ce que je veux dire (mais je suis sans doute un rien complexe comme garçon, je vous l'accorde bien volontiers). En tous cas, voilà un excellent bouquin. Vif, alerte, le style est à la hauteur de l'ambition et l'ambition est largement atteinte. Attaque de Venise en directe au plus fort du Carnaval, rappels historiques incessants, complots politiques, tueurs sadiques, héroïne intouchable, chevalier au nom énigmatique et au charme ravageur (l'orchidée noire). Tout y est. Ça capes et ça épées dans tous les coins. L'intrigue se tient. Le style est excellent. Les références sont savamment distillées sans jamais être assommantes. Pour ne rien vous cacher, dés mon retour, je me suis même empressé d'aller commander un autre ouvrage du bonhomme (Arnaud Delalande) et attends déjà, la bave aux lèvres, d'être en sa possession (songez, il n'était pas disponible en rayons et toujours disponible en version première édition chez son éditeur, quatre ans après sa sortie ! ça sent le livre culte ou je ne m'y connais pas).

 

Second polar historico-mystique, "La règle de quatre" de Ian Caldwell & Dustin Thomason.

Bon, là, je vous l'accorde, je manque totalement de cohérence. Alors que le Delalande semble être passé relativement inaperçu (ce qui est un véritable scandale), celui-ci a été vendu à des millions d'exemplaires et traduit en cent cinquante trois langues… Mais il faut me comprendre. J'étais en Corse, région où, malgré une hospitalité légendaire et une charcuterie des plus excellentes, les librairies ne semblent pas être légion (y'a que des maisons de la presse à Corte, pourtant cité universitaire, c'est dire). Donc, je suis tombé sur ce bouquin, version à dix euros, pochette pas trop laide. Alors je me suis dit "bon, why not ?". Je l'avais déjà manipulé plusieurs fois en d'autres lieux sans jamais franchir le pas (le côté vendu à des millions d'exemplaires… et aussi le bandeau qui indiquait fièrement que ledit ouvrage se situait quelque part entre Umberto Eco et Dan Brown, dans le genre grand écart, on ne pas faire mieux). Eh bien franchement, en voilà un qui mérite son succès (contrairement au Da machin chose). L'intrigue en deux mots: "La Règle de Quatre est un roman racontant les déboires d’un groupe d’étudiants aux prises avec un livre mystérieux. Mais pas n’importe quel livre : l’Hypnerotomachia Poliphili. Bourré d’énigmes, de rébus complexes, le livre a plusieurs niveaux de lecture et les mystérieux meurtres qui l'entourent font de cette règle-là un excellent polar " ésotérique ". On suit pas à pas les recherches d'un thésard bûcheur aux prises avec ce qui est présenté comme l'une des plus grandes énigmes du Quattrocento. Jamais barbant, l'explication finale est assez bien troussée (et fait que l'ensemble se tient, ce qui est assez rare pour être souligné). Evidemment, la fin est un peu attendue mais tant pis (ou alors tant mieux, c'est selon, car l'intérêt est avant (ou ailleurs)).

 

Troisième polar (mais rien à voir avec les deux précédents cette fois-ci): "Cul de sac" de Douglas Kennedy.

 

Là aussi, histoire rondement menée, style efficace. Nick, un futur has-been Ricain en mal de sensations fortes se paie un voyage dans le bush Australien. Dépaysement assuré surtout à partir du moment où il fait monter cette auto-stoppeuse délurée dans son combi VW d'occasion. Evidemment, la fille se révèle particulièrement entreprenante (d'autant plus qu'elle est à la recherche d'un mari afin de l'attirer dans son bled paumé, un trou à 700 bornes du premier troquet civilisé, où elle vit avec sa famille et les trois autres tribus de consanguins avinés qui composent la populasse locale de ce bled infâme qui, comble de l'horreur, ne figure sur aucune carte depuis la disparition officielle de la ville par décision du gouvernement Australien. Le but de l'opération, renouveler le sang pour éviter la dégénérescence de la race… Voilà notre Yankee bien mal barré !). ça se lit vite, ça fait froid dans le dos, c'est bien tourné. Que demander de plus ?

 

Quatrième bouquin, "Les enfants du Plastique" de Thomas Clément.

Bizarrement, je n'avais pas très envie de le lire et ce, depuis longtemps (mais j'étais en Corse, les siestes sont longues et comme je n'aime pas dormir l'après midi. En plus, la librairie, à Calvi, ne proposait pas grand chose d'attractif (mi-Août, à part Levy…) et comme je n'avais qu'une dizaine de minutes devant moi pour faire mon choix…). Bref, j'ai craqué. Sans doute par curiosité mal placée, je vous l'accorde. Eh bien, toutes proportions gardées et tous propos mesurés, ce livre est bon. Bonne intrigue. Bons personnages. Bonne fin. L'idée générale est anonyme, soit (un patron du grand capital en mal de jeunesse se lance dans la rébellion suicidaire et remporte un nouveau succès qui le porte au firmament de la gloire médiatique à son plus grand désespoir…), mais l'ensemble est plutôt pas mal fichu. L'auteur cite même les Faster Pussycat ce qui laisse présumer une adolescence pour le moins agitée (je m'y voyais, c'est tout dire).

Et puis je suis allé faire un tour sur le blog dudit Clément.

Je l'ai vu poser fièrement aux côtés de Sarko lors de l'université d'été de l'UMP et, comme le disait Desproges à propos de cette femme qui mettait de l'eau dans son vin juste en face de lui, "je l'ai plus jamais aimé".

 

A propos, quelqu'un a lu le dernier Dantec ?

 

 

 

 

 

Rédigé par JP

Publié dans #Le monde de Matéo

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