La Commission des 25

Publié le 1 Mai 2005

Je sais ce que vous allez me dire. Des types qui se prennent pour des écrivains, y'en a plein les librairies et je ne pourrai que vous donner raison. Effectivement. Tout a fait. Indubitablement. Voilà un fait que l'on ne peut mettre en doute.

Mais avouez tout de même que la publication constitue une première étape en soi. Etape indispensable, primoridale voire incontournable, quand on se prend pour un auteur. Or, il se trouve que cette première étape, je l'ai d'ores et déjà franchie... voilà qui est mieux, n'est-ce pas ? On me prend un peu plus au sérieux dorénavant. On va jusqu'à m'accorder quelques crédits. 

Ce blog retracera donc la création, la quête, les doutes mais aussi les joies d'un auteur qui s'espère en devenir et qui sait, un jour peut-être, au détour d'un vide-greniers quelconque, au fin fond d'une cagette emplie d'ustensiles de cuisine, de robots ménagers et autres prises électriques, trouverez-vous un exemplaire (forcément culte) de ce maudit bouquin qui me vaut aujourd'hui de vous écrire. Sa couverture sera sans doute défranchie, quelques pages en auront été arrachées, mâchouillées mais il sera là. Présent. Pressant. Vous implorant de le prendre entre vos doigts.

Pour tous ceux qui ne voudraient pas attendre jusque là et qui ne font qu'une confiance toute relative au hasard, vous pouvez vous le procurer sur divers sites (fnac, amazon) ou dans n'importe quelle librairie digne de ce nom et ce, pour pas cher du tout (4.50 euros !!). Vous pouvez également le commander directement aux éditions Nykta (voir "liens"). 

Attention, ceci n'est pas de la pub, seulement un cri lancé dans la nuit.

Et afin de vous mettre un peu en appêtit, en voici les premières lignes...

 

La Commission des 25.

 

 

Courbé en deux sur le parapet du pont du Beuvron, la canne à pêche à bout de bras et le corps à moitié dans le vide, Philibert Constant regardait son bouchon s’enfoncer avec insistance sous la masse verdâtre de la surface. Sans s’affoler, il écouta le moulinet se dévider, cracha le mégot qui pendait à ses lèvres et pria Félix Poidevin de l’assurer. Mais ce dernier le tenait déjà par les hanches, s’accrochait à sa ceinture comme s’il s’attendait à le voir décoller à tout instant. Le vieil homme avait compris, bien avant lui, que le combat qui s’annonçait allait être épique, de ceux dont on se souvient longtemps et que l’on ne se lasse pas de raconter.

- Tiens moi bien, se contenta-t-il de dire alors que la touche suivait le sens du courant. D’un geste sec du poignet, il ouvrit les hostilités. La ligne se tendit en une fraction de secondes. Il sentit une masse imposante tirer au bout de son fil et remercia la providence de l’avoir poussé à monter comme s’il partait au silure ce matin là. Il s’arc-bouta et commença à rembobiner sa ligne et le soleil avait beau l’aveugler et le fil avait beau menacer de casser, Philibert Constant ne se sentait plus en mesure de renoncer. Il allait ramener ce poisson sur la rive ou on ne l’appellerait plus jamais Constant. Accroché à lui, Félix Poidevin retenait son souffle et tentait de ne pas se laisser entraîner dans les remous glacés qui glougloutaient en contrebas. Il pestait, hurlait à son ami de laisser tomber, que tout cela n’en valait pas la peine, qu’ils feraient mieux de rentrer chez eux, mais Philibert Constant se souciait autant de ses prétentions domestiques que de son premier goujon. Tel le capitaine Achab aux prises avec une Moby Dick tant espérée, son destin semblait tout tracé. Il allait harponner le monstre qui se trouvait là. Marche arrière impossible. Juché sur la pointe des pieds, au risque de plonger, tête la première, dans le bouillon, Philibert Constant ne participait plus à une simple partie de pêche mais à l’actualité avec un grand A, pour preuve la foule de curieux qui s’agglutinait autour d’eux, les commentaires qui allaient bon train, la proposition faite d’appeler le Journal du Centre pour immortaliser la prise. Couché, là, sur ce parapet humide, au milieu de tous ces gens, Philibert Constant avait enfin compris. Il avait pris suffisamment de poissons dans sa vie pour ne pas se tromper: au bout de sa ligne, le poisson qu’il avait ferré était de la race des géants, de ces barracudas et autres raies mantas que l’on ne voit guère qu’à la télévision et même s’il se trouvait au cœur de la Nièvre, à mille lieues de toute étendue salée, l’eau qui coulait sous ses pieds avait bel et bien enfanté un monstre et s’apprêtait à le lui livrer.

 

Rédigé par JP

Publié dans #Le monde de Matéo

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