Attention livre culte !

Publié le 8 Juin 2006

 

Ça y est ! Je le tiens. Je veux parler de mon livre culte. Celui dont je suis fier de voir la tranche briller dans ma bibliothèque. Que je ne me lasse pas de voir traîner sur la table basse, histoire d'épater les copains. Ce livre est ce que l'on peut qualifier d'OVNI (ou d'OLNI si j'osais le jeu de mots lamentable). Un meurtre ou un suicide, mais pas de corps ou peut-être deux. Un type sensé se jeter du haut du 29é étage d'un gratte-ciel New-Yorkais sauf que 29, ça veut forcément dire 28 étant donné que le niveau 1 c’est celui du sol, voire 27, compte tenu de l'intervalle réel parcouru par le corps, voire 26 sachant que nombre d'immeubles Américains sont superstitieux et ne possèdent pas, par conséquent, de treizième étage ! Une voiture calcinée. Un flic qui mène l'enquête en interrogeant les voisins un à un (le livre suit ses pérégrinations du 29é étage jusqu'au presque rez-de-chaussée). Une balade qui autorise tous les délires. Les dialogues abscons (surtout quand il se retrouve enfermé avec son collègue claustrophobe dans un ascenseur). Les situations les plus cocasses. Et, bien évidemment, les réflexions les plus profondes.

 

Morceaux choisis (attention, c’est puissant, enfin, moi, je trouve):

 

Avant, je plante le décors pour une meilleure compréhension : les deux flics sont coincés dans l’ascenseur. Ils essaient de comprendre l’affaire qui les occupe. Un type aurait sauté du 29é étage, en bas une voiture calcinée, mais pas de corps, sauf une bague et une dent. Afin d’essayer de comprendre ce qui s’est passé, ils se raccrochent à tout, même à leurs souvenirs d’enfance. Extrait :

 

" Ça me rappelle une devinette que me posait tout le temps ma grand mère quand j’étais petit. Une histoire de type qui mourait au moment où il entrait dans sa voiture. Il fallait deviner pourquoi. A chaque fois, je donnais ma langue au chat. Elle me disait la réponse. Et à chaque fois, je l’oubliais. Elle me la reposait la semaine suivante, et je séchais pareil.

-Et alors, c’était quoi la réponse ?

-J’ai oublié.

-Ils sont géniaux tes souvenirs d’enfance. En tout cas, il nous aident bien. T’en as d’autres, des histoires ? "

Page 90

 

Décors : toujours dans l’ascenseur mais cinq pages plus tôt (ne jamais chercher de cohérence chez moi, ce serait une perte de temps).

 

" -Concentrons-nous sur notre enquête. Qu’est-ce qu’on a ? Pas grand chose. Toi qui dis que tu as vu une vieille qui dit qu’elle a vu quelque chose. Peut-être des flammes. Un véhicule incendié avec à l’intérieur une dent et une bague. Procédons par ordre. Si bague alors doigt.

-Si dent et doigt alors corps.

-Pas forcément, ça peut être un chien.

-Pas un doigt.

-Un chien avec dans la gueule une main, dont un des doigts porte une bague.

-Tout est possible. Pourquoi pas carrément un chien avec une bague.

-On est à New York, mec, t’as entendu le docteur, évidemment que tout est possible.

-La dent est plombée. T’as déjà vu des dentistes pour chiens ?

-Il y a une clinique vétérinaire pas loin de chez moi. Quatre étages. Des dyalises pour caniches diabétiques, des opérations de la cataracte pour chiens aveugles. Ils ont même des psys pour animaux exotiques dépressifs. Ils soignent tout ce qui entre dans un taxi.

-Ils soignent pas ta mère alors.

-Tu n’as pas toujours dit du mal de la cuisine de ma mère. "

Page 85

 

Comme son titre l'indique, ce livre est un polar-oïde, comme on dirait d'un type qu'il est bizarre-oïde. Ça en a le goût. Ça en a le reflet. Mais c'est bien plus que cela. C'est bourré de jeux de mots (que le traducteur co-auteur s'empresse d'expliciter en bas de page, merci à lui), de clins d'œil (le médecin légiste a des élèves, ils leur donne affectueusement des noms de dieux Egyptiens sauf dans le cas d'une certaine Mademoiselle Cornwell qui, selon lui, "ira loin"). Vous l'aurez compris, ça part un peu dans tous les sens mais sans jamais devenir n'importe quoi. En un mot c'est brillant et rien que pour cela… merci messieurs Douglas et Pourriol.

 

Seul bémol à cette affaire. James Douglas précisément. L'auteur de ce petit bijou. Mort avant que son livre ne soit imprimé. Diffusé. Et donc cultissimé par mes soins (mais je ne dois pas être le seul dans ce cas là, enfin, je l'espère sinon c'est à désespérer du genre humain). Quoi qu'il en soit, dommage. Dommage, parce que ce type là promettait vraiment (je défie quiconque de lire deux pages de son bouquin sans rire aux éclats (attention cependant, j’ai un humour que d’aucuns jugent spécial, cela peut jouer)). A moins qu'il ne soit comme tous ces héros (je veux parler de l’auteur, mais vous aviez compris). Obligatoirement disparu. Condamné d'avance parce que trop génial (c'est sans doute pour cela que je me contenterai, pour ma part, de rester dramatiquement banal. Pas fou le gars !).

 

A vous Mister Douglas.

 

 

Rédigé par JP

Publié dans #Livres à lire

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