Autopromotion 1.3

Publié le 13 Mars 2009


Le choix a été difficile. Plusieurs tableaux se prêtaient parfaitement à l’histoire (et vous ont visiblement laissés sans voix). Finalement, c’est celui-ci qui a été retenu.

 



Tableau de Jacques Favard

 

Quant au texte de la quatrième de couverture, c’est à l’éditeur qu’on le doit (merci à lui, personnellement, je n'aurais pas osé...).

 

" Solides comme son granite, les vieux dieux hantent encore le Morvan, et l’on a beau être moderne et averti, la Dame Blanche qui apparaît dans les jardins en friche des maisons désaffectées ne sort pas de la fumée des joints.

Pour son sixième roman, Jean-Pierre Favard maîtrise le clair-obscur et le suspense dans un récit intime et décalé, tendre et terrifiant. "

 

Le prix, quant à lui, a été fixé à 12.00 €. Ni plus, ni moins (ou alors faudra discuter sévère).

 

Voilà, maintenant tout est fin prêt. Il ne vous reste donc plus qu’à le lire (sortie en Avril 2009). Et pour vous donner encore plus envie (je veux dire, encore plus que celle qui vous tenaille déjà les entrailles jusqu’à vous faire pousser des hurlements de loup face à la pleine lune qui se lève dans le prolongement exact de votre fenêtre de chambre à coucher (quelle chance vous avez tout de même !)), voici, en exclusivité, les premières pages. Gratis. Cadeau. Rien que pour vous. Parce que vous êtes supers gentils. Et que moi aussi. Et qu’on s’aime bien.
 

Pour vous procurer " La seconde mort de Camille Millien ":

 

Via le site de l’éditeur (prévoir des frais d’envoi) :


http://lepanierdorties.over-blog.com/

 

En librairie (mais il faudra le commander et user de patience voire de persuasion (et je ne parle pas de la violence dont certains se rendront coupables, exaspérés par le manque d’écoute du libraire)).

 

Ou directement ici (comme d’hab’, frais d’envois offerts, gentille dédicace apposée et… mais vous connaissez la suite et si ce n’est pas le cas, c’est inscrit là, sur le côté droit, en bas de la colonne " autopromotion ", faut chercher un peu, je ne vais quand même pas tout faire !).

 

Extrait :

 

La seconde mort de Camille Millien.

 

 

" Il ne vient du Morvan ni bon vent, ni bonnes gens "

Proverbe Bourguignon

 

 

 

 

 

 

 

 

- Je ne suis pas revenu ici depuis très longtemps. La dernière fois j’avais… dix, onze ans. Enfin, je veux dire, ça fait super longtemps quoi.

La vieille femme me dévisageait comme si elle cherchait à ouvrir un des tiroirs de son cerveau. Celui qui porterait l’inscription " grand con avec baskets ". Elle me connaissait, ça se voyait dans ses yeux. Elle me connaissait, mais de là à me reconnaître…

- Julien, vous savez, le petit frère de Camille.

Camille, ma sœur. Tout le monde devait s’en souvenir dans la région. Une fille pareille, ça ne s’oublie pas. Enfin, surtout pas quand on est un garçon en pleine puberté. Pour l’épicière, j’avais de l’indulgence. Je ne suis pas un monstre non plus.

- Camille… me dit-elle. Un grand blond, c’est ça ? Avec des lunettes…

- Ouais, enfin, si vous voulez.

J’abdiquai, la mort dans l’âme. Moi qui pensais revenir ici en terrain conquis, la désillusion était grande. Mais plus que tout, j’avais besoin qu’elle me fasse crédit. Les autres m’attendaient dehors, dans la voiture. Je leur avais dit qu’il n’y aurait " pas de problème ", que j’étais connu ici. " Vous allez voir ça ".

- Alors qu’est-ce que tu veux mon grand ? me demanda-t-elle, le visage tout à coup illuminé par un large sourire édenté.

Je déposai devant elle une barquette de fraises, un paquet de gâteaux et lui désignai le pack de bière qui ne semblait attendre que moi, sur l’étagère, juste derrière elle. L’épicerie ne payait pas de mine mais c’était le seul commerce ouvert à vingt kilomètres à la ronde.

- Dix euros quarante, me dit-elle en roulant exagérément les r. Je t’inscris ça sur l’ardoise.

Je sortis en tenant mon trésor bien serré contre moi. À ce prix-là, elles avaient intérêt à être bonnes, ses fraises. Les autres saluèrent mon retour par de grands cris de joie. Cette fois, on pouvait y aller. Prochain arrêt, la maison.

 


Je n’avais pas menti à l’épicière, cela faisait bien des années que je n’étais pas revenu ici. Assise à côté de moi, Valérie tapait allégrement dans la barquette de fraises. Thomas, lui, conduisait d’une main désinvolte tandis que Lou scrutait les panneaux indicateurs, le doigt posé sur la carte routière.

Une semaine loin de tout, pour fêter la fin des examens et notre éventuel succès.

 


- Là ! Dis-je en reconnaissant le vieux chêne qui marquait l’entrée du chemin de terre.

La voiture fit une légère embardée avant de s’enfoncer dans les bois.

- C’est vraiment trop paumé comme coin ! s’exclama Valérie.

Je la fusillai du regard. Je lui avais pourtant expliqué que le premier village se trouvait à plus de dix kilomètres. Qu’entre eux et nous il y aurait, au bas mot, deux monts et trois vaux. Que le Morvan, mine de rien, ça se mérite.

- ça va, ça va, je sais, me répondit-elle. Je disais ça juste pour causer.

Les grilles étaient grandes ouvertes et la voiture s’engagea dans l’allée. De loin, la maison ressemblait à ces vaisseaux fantômes qui surgissent du brouillard, les soirs de tempête. Les volets étaient clos et l’herbe haute. La façade portait encore les stigmates de longs hivers passés sans voir la moindre trace ni de chauffage ni d’habitants. Quant aux anciennes écuries, à droite du bâtiment principal, elles avaient été annexées depuis longtemps déjà par tous les chats de la région – sans parler des oiseaux nocturnes qui s’en étaient fait un perchoir de choix. Aucune raison que cela ait changé.

Nous contournâmes un bosquet d’épineux avant de stopper devant le large perron. Les herbes folles surgissaient ici et là entre les dalles de pierre, crevant les joints de béton mis à mal par des années d’intempéries. Le jardin était à l’avenant, broussailleux et inextricable. Les parterres qui, autrefois, faisaient le bonheur de ma mère, avaient disparu sous les attaques conjuguées des liserons, des ronces et des orties. Un arbre, frappé par la foudre, gisait, éventré, au milieu de ce qui fut un jour notre belle pelouse. Tant de souvenirs me revenaient en mémoire. Comme la fois où j’avais surpris Camille avec le fils des voisins. Ils s’étaient réfugiés dans le jardin, derrière un buisson.

Valérie ouvrit la portière et mit pied à terre. Elle s’étira longuement en poussant de petits râles de satisfaction.

- Bon, c’est pas tout ça mais va falloir aérer ! dit Lou en inspectant la façade. Ça doit sentir le renfermé là-dedans.

Elle, je ne la connaissais pas. Enfin, pas vraiment. Thomas l’avait rencontrée quelques semaines auparavant et il avait tenu à l’emmener. Et en la regardant de plus près, je devinais aisément pourquoi. Grande, brune, élancée, cette fille-là avait indéniablement quelque chose. Un je-ne-sais-quoi qui m’intimidait et me fascinait tout à la fois. La longueur de jambes peut-être, à moins que ce ne soit la délicatesse de ses traits ou cet adorable grain de beauté qui habillait sa lèvre supérieure.

- Y’a combien de piaules dans ton château ? me demanda Thomas en posant sa main sur mon épaule.

- Hein ? Euh… sursautai-je, surpris par sa question. Quatre, cinq, si tu comptes celle du grenier ça fait six.

J’avais passé toute mon enfance dans cette maison. Du mois de juin à la fin du moins d’août. Chaque année. Et aussi pendant les vacances de Noël. De la Toussaint. En fait, mes parents nous emmenaient là dés que nous avions quelques jours de congés. À l’époque, j’en connaissais chaque recoin. Chaque buisson. Chaque passage secret. J’avais même construit une cabane, dans la forêt voisine. Je me demandais ce qui pouvait bien en rester.

- On débarque les affaires et on s’installe ! déclarai-je. Après ça, je vous fais faire le tour du propriétaire.


En fait, je n’étais pas revenu là depuis la disparition de Camille.

Rédigé par JP

Publié dans #Livres à lire

Repost 0
Commenter cet article