Premier chapitre

Publié le 24 Mai 2006

Chose promise… dans un évident soucis de susciter un intérêt grandissant (que ne ferait-on pour assurer son autopromotion, je vous le demande) voici, enfin révélé au monde abasourdi, le premier chapitre du Coffret d'Essarois (actuellement en pleine composition chez la maquettiste, parution probable et souhaitée, Juin 2006).

 

Bonne lecture et surtout, n'hésitez pas à laisser des commentaires.

 

 

 

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Le Coffret d'Essarois

 

 

La terre était meuble à l’endroit où ils se trouvaient. Comme si quelqu’un venait de la retourner afin d’y semer quelques légumes. Ou d’y enfouir quelque objet.

— Oh ! L’Toine, qu’est-ce qu’il t’a dit, l’marquis  ? Demanda Edme Collin tandis qu’il se relevait.

D’une main distraite, il émiettait la motte de terre qu’il venait de ramasser. Les rumeurs qui provenaient de la capitale ne semblaient pas trés rassurantes pour l’aristocratie et Edme Collin s’inquiétait tout autant qu’il se réjouissait de ce possible changement de situation. S’inquiétait, parce qu’en dehors du marquis, il travaillait également pour les chartreux de Lugny et que le clergé ne semblait guére en meilleure posture. Se réjouissait parce qu’un peu de changement ne pourrait pas faire de mal au pauvre bougre qu’il était. Surtout si, comme on le disait, ce changement-là se faisait enfin à l’avantage des gens comme lui. Confusément, il sentait que cette année 1789 resterait gravée dans les mémoires.

Antoine Bonfond, pour sa part, ne se posait pas autant de questions. Il furetait, non loin de là, poussait du bout de ses godillots des touffes d’herbe drue dans le fol espoir d’y débusquer cailles ou faisans. À l’appel de son nom, il se retourna, épongea son large front d’un geste de la main et fixa son compagnon d’infortune. À eux deux, ils comptabilisaient plus de trente années de bons et loyaux services auprés du marquis de Chastenay et presque autant auprés des moines de Lugny. Avant eux, leurs parents et les parents de leurs parents avaient fait de même. Ce genre de généalogie suffisait à le rassurer.

—  Il a dit qu’on devait démêler les pierres près de la source de la Cave, répondit-il après un court temps de réflexion.

Le lieu que l’on nommait la Cave se trouvait justement devant eux, à quelques pas seulement, et il ne leur fallut pas longtemps pour comprendre que le tas de pierres qui s’élevait là les tiendrait occupés une bonne partie de la journée. De lourdes pierres qu’ils allaient devoir soulever, déplacer, remuer dans cette partie pentue du domaine d’Essarois, une des nombreuses propriétés du marquis. Mais jusqu’à quand  ? se demanda Edme Collin tout en retroussant les manches de sa chemise. Près de lui, Antoine Bonfond crachait dans ses mains pour mieux assurer ses prises.

—  On va commencer par celle-là, dit Edme Collin qui, comme à son habitude, avait pris la direction des opérations.

La forme des pierres qu’ils soulevaient était différente de celles qu’ils avaient l’habitude de manier. Plus rondes, plus lisses, plus travaillées. Comme tout le monde, ils avaient entendu parler de cet endroit. Ils connaissaient la plupart des histoires qui le concernaient. Ils savaient qu’un édifice païen s’érigeait là, autrefois, que les Templiers s’y étaient installés. Rien d’étonnant à cela, quand on sait qu’ils possédaient Voulaines et Bures, Épailly et Marmont, que tout le Châtillonnais regorgeait de traces de l’ancien Ordre de moines guerriers. Une légende voulait même qu’à quelques kilomËtres de là, non loin de Voulaines, tout près d’une ferme et à quelques pas du prieuré du Val-des-Choues, un site pour le moins étrange s’érige. Les anciens parlaient de colonnes de pierres aux couleurs rougeâtres. Edme Collin avait même entendu dire que l’on ne pouvait y accéder qu’en rampant à travers un dédale de sentiers pour le moins tortueux.

—  Regarde ça, s’exclama Antoine Bonfond d’une voix si profonde qu’elle tira Edme Collin de ses rêveries. T’as déjà vu une chose pareille  ?

À ses pieds, une pierre rectangulaire, couverte d’inscriptions et de dessins gravés, venait d’apparaître entre deux blocs. Elle était creuse sur l’une de ses faces et à demi recouverte par de longs tentacules de lierre. Les deux hommes se mirent de part et d’autre du morceau de calcaire pour tenter de le dégager. Il s’agissait d’un coffret, long d’un peu plus d’une vingtaine de centimètres et large d’un peu moins et à en juger par la nature des représentations qu’ils parvenaient à distinguer, tout cela ne semblait pas très catholique.

— Qu’est-ce que c’est  ? Demanda Antoine Bonfond dont la voix trahissait une réelle inquiétude.

—  J’sais pas, répondit Edme Collin, pas moins troublé que son compagnon.

Les deux hommes se regardèrent.

—  Tu crois qu’il y en a d’autres  ? demanda Edme Collin, les yeux à nouveau rivés sur leur découverte.

—  Peut-être, répondit Antoine Bonfond, peut-être, faudrait chercher.

Ils se tournèrent à nouveau vers le tas de pierres. Un mélange d’appréhension et d’excitation guidait dorénavant chacun de leurs gestes.

—  Tu crois que ça vaut quelque chose  ? demanda Antoine Bonfond.

Edme Collin laissa l’idée lui trotter dans la tête. Un trésor... par les temps qui courent, ce ne serait pas mal venu, pas mal venu du tout même...

— Aide-moi, dit-il après s’être saisi d’un nouveau bloc de pierre. Aide-moi donc à retourner celui-là.

Ils déplacèrent un nouveau bloc puis un autre et un autre encore. Ils dégagèrent ce qui semblait être le couvercle du coffret, ainsi que d’autres reliques de moindre importance, simples morceaux de colonnes ou vulgaires blocs de pierres rectangulaires. Et même si l’un comme l’autre souhaitait découvrir des pièces semblables à celles qu’ils venaient de mettre à jour, les images qu’ils avaient entr'aperçues sur le coffret et son couvercle commençaient à s’insinuer en eux. De bien étranges représentations en vérité. Étranges et pour le moins terrifiantes. Rien de commun en tout cas avec ce qu’ils avaient l’habitude de contempler. Edme Collin, en particulier, ne parvenait pas à détacher son esprit de ce crâne humain planté au bout d’une pique ni de cet être, mi-homme mi-femme, vénéré par deux personnages aux visages de chat. Ils s’activèrent ainsi un long moment, désireux de chasser ces images de leur esprit. Ces images et celle, encore plus claire et précise, d’un être au visage barbu et au corps de femme, d’une tête qui ne pouvait appartenir qu’au démon en personne.

 

A suivre…

Rédigé par JP

Publié dans #Le monde de Matéo

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Easter 30/05/2006 12:25

Stupéfaite par ce blog bouillonnant, miroir d'un cerveau en ébullition ?
Pas eu le temps de tout voir, mais l'aperçu valait le détour ! Je reviendrai (cela sonne un peu comme une menace, ce n'en est pourtant pas une ...)
Envie de vous féliciter pour ce travail remarquable, mais cela manquerait sans doute du panache dont vous semblez plus coutumier :-)