Pierric Bailly vs Matéo's world

Publié le 12 Novembre 2008

Une Interview exclusive (et un rien décalée) de Pierric Bailly :

 

 Alors que les journaux se l’arrachent, que la télévision se dispute ses apparitions et qu’il serait même question d’un prime en lieu et place de la Star Ac’, décidément has-been, Pierric Bailly, touché par l’élan de sympathie affiché ici même pour son premier roman a accepté (moyennant finances) de répondre à quelques questions. Qu’il en soit une fois de plus remercié (par contre, ce qui serait sympa de sa part, ce serait d’encaisser les chèques en plusieurs fois parce que… enfin, ça représente quand même une jolie somme et j’ai une famille à nourrir…).

 

 


Monde de Matéo : Ton livre est très ancré dans l’univers musical. Peux-tu nous citer tes albums de référence (Rap ou autre) ?

 

Pierric Bailly : Bon ben… du rap pour commencer, je peux vous citer de Cannibal OX, The Cold Vein, de Blackalicious, Nia, ou le premier disque de The Streets, Original Pirate Material. Mais je n’écoute pas que du rap, j’écoute presque " de tout ", hormis la musique celtique ou le rock festif français du style Ogres de Barback. Enfin, dans ce " tout ", je n’aime pas " n’importe quoi ", heureusement. Mais si j’écoute de l’électro par exemple, Daft Punk j’en suis fou, et pour être plus pointu, un gars que j’adore c’est le DJ Chilien Ricardo Villalobos.

 

Monde de Matéo : Et tes auteurs "  cultes " (ceux dont tu ne raterais pour rien au monde le nouveau roman, dont tu traques sans relâche les inédits sur le Net etc.) ?

 

Pierric Bailly : Très marqué par la littérature américaine, période Beat, Burroughs en particulier, Hubert Selby Junior, et aussi Melville, Faulkner, Twain. Des français, vivants, dont je guette les nouveautés, Modiano plus que tous, Emmanuel Carrère aussi.

 

Monde de Matéo : Le travail sur le style semble être très important pour toi. Comment envisages-tu l’écriture ? Est-ce une manière de raconter une histoire ou, au contraire, l’histoire n’est-elle qu’un prétexte destiné à travailler la manière (je ne sais pas si je suis très clair là) ? 

 

Pierric Bailly : L’histoire est toujours un prétexte. Je ne l’envisage pas sans un dispositif formel précis. Le plaisir physique est le plus puissant, je pense. Je ne supporte pas de lire un roman en me demandant ce qui va se passer ensuite, cette tyrannie de la narration qui te fait miroiter un ailleurs pour combler la faiblesse du moment. Après ça, comment envisager la poésie ? Et c’est quand même le plus important, la poésie.

 

Monde de Matéo : Tu es jeune (si si, tu es jeune, ça se voit à ta casquette), alors pourquoi t’être tourné vers l’écriture tandis que la multitude glousse en chœur sur fond de paillettes variétoches en faisant de l’air-guitare sur la table du salon ? 

 

Pierric Bailly : T’es con ou quoi. Tu me demandes de te répondre à la question " pourquoi t’es pas un blaireau ? " Ben voilà, je ne fais pas du rock bubblegum, parce que je ne suis pas un blaireau.

 

Monde de Matéo : Ne crains-tu pas de t’être fait des ennemis à Lons-le-Saunier ? 

 

Pierric Bailly : Je n’ai pas peur de me faire des ennemis, sinon je n’écrirais pas de roman.

 

Monde de Matéo : Depuis que j’ai lu ton livre et habitant moi-même le Jura, j’ai pu constater à quel point le nombre d’AX en circulation est ici important… aurais-tu une théorie à ce sujet ? Faut-il y voir, selon toi, une sorte de malédiction ? Ou bien serait-ce l’avant-signe d’une invasion extra-terrestre ? Pire encore ?

 

Pierric Bailly : Au contraire, c’est un signe dont il faut profiter, parce qu’on en a plus pour longtemps à voir des AX sur les routes… ya pas si longtemps on croisait plein de R5, et puis quand j’étais petit on croisait encore plein de dodoche, alors que maintenant on se retourne quand il en passe une.

 

Monde de Matéo : Tu es édité chez P.O.L., cela ne te frustre-t-il pas trop d’être condamné aux couvertures blanches (gaufrées, certes, mais blanches) ?

 

Pierric Bailly : Sans rigoler, une des raisons pour lesquelles j’ai choisi de l’envoyer à POL c’était leurs couvertures. J’aurais détesté une couverture funky, bariolée, fluo. Et entre nous la plupart des éditeurs ont des goûts de chiotte en matière de couverture, genre papier peint de cuisine. Non je ne suis pas mécontent d’avoir évité la forêt de sapins, la montbéliarde et le car Monts Jura immatriculé 39.

 

Monde de Matéo : Polichinelle… on a dû te poser la question mille fois mais… un rapport avec le nom de ton éditeur justement ? Sorte de " private joke " ? 

 

Pierric Bailly : J’ai décidé du titre bien avant de l’envoyer, de même que j’ai décidé de tout, chez POL l’auteur est roi.

 

Monde de Matéo : Dans ton roman, tu évoques les aventures d’une bande de tagazous. Mais qu’en est-il des tsoins-tsoins ? 

 

Pierric Bailly : Toi tu bouffais trop de fraises Tagada quand t’étais petit.

 

Monde de Matéo : Ne crains-tu pas de t’être fait des amis à Lons-le-Saunier ? 

 

Pierric Bailly : AH si c’est le délire complet, je ne peux plus traverser la rue Lecourbe sans qu’un commerçant m’arrête, ils m’offrent tous à boire, de quoi m’habiller, et l’autre jour je suis rentré à Conforama et on m’a offert trois canapés en cuir, pfff, je ne sais même pas quoi en faire.

 

Monde de Matéo : Tu as été sélectionné pour le prestigieux prix de Flore cette année. Tu ne l’as pas eu. Sachant que si on te l’avait donné, tu aurais succédé à Amélie Nothomb et Christine Angot (les deux dernières lauréates), ne considères-tu pas cet échec comme une chance ? 

 

Pierric Bailly : Ce serait hypocrite de dire ça, j’aurais pas été contre le petit chèque. Heureusement je savais depuis deux mois qu’il allait être attribué à Tristan Garcia donc je n’ai même pas espéré, donc même pas eu la possibilité d’être déçu.

 

Monde de Matéo : Et Beigbeder, il est sympa ? 

 

Pierric Bailly : Oui.

 

Monde de Matéo : La fin de ton livre vire carrément à l’onirique. On y sent des influences surréalistes, fantastiques voire carrément éthyliques… est-ce voulu ou bien le fruit du hasard ?

 

Pierric Bailly : Ah mais c’est le fruit du hasard total, je n’ai pas fait exprès, j’écrivais les yeux fermés, les mains dans les poches, et en dormant, aussi, parfois.

 

Monde de Matéo : Des projets ? (un nouveau livre, des scénarios pour Hollywood, quelques jours de vacances à la mer, la découverte des bas-fonds New-Yorkais en compagnies d’indigènes shootés au crack ?)

 

Pierric Bailly : Un nouveau livre qui se passera à Dole, dans une péniche, l’histoire d’une vieille fille triste qui reçoit une lettre de quelqu’un qui prétend être son fils… (vous me croyez ou pas ?)

 

Monde de Matéo : Et sinon, tu fais quoi dans la vie ? Je veux dire, vraiment. Non parce qu’il faudrait tout de même être un peu sérieux de temps en temps, l’écriture, c’est bien joli, mais avoir un vrai métier c’est important. Quelque chose de stable. D’épanouissant. Voire de rémunéré... 

 

Pierric Bailly : D’épanouissant, je nique. J’ai une chérie que j’adore et on fait l’amour onze fois par jour. De stable, je bois, puisque je bouge tout le temps, et parfois sans ma chérie, alors la seule activité stable que j’aie c’est la boisson. De rémunéré, je deale, puisque j’infiltre le milieu du show biz et que mon frère est fermier en Colombie, j’écoule le contenu des petits colis secrets qu’il m’envoie chaque semaine.

 

Monde de Matéo : Ne crains-tu pas de devoir, un jour ou l’autre, retourner à Lons-le-Saunier ? 

 

Pierric Bailly : A choisir, je préfèrerais retourner à Clairvaux, ou plutôt à La Frasnée. Ou peut-être même plutôt le haut Jura, type Prénovel, les Piards. Je m’y sentirais bien, je pense.

 

Monde de Matéo : Voilà, c’est tout (donc, c’est peu, mais je ne veux pas abuser non plus). En tous cas merci. Pour cette interview, qui n’en est pas vraiment une. Pour ton bouquin que j’ai beaucoup aimé. En attendant de lire le prochain…

 

Pierric Bailly : Le prochain sera très hot, et comme tous les jurassiens sont de gros obsédés – je sais de quoi je parle… - je ne doute pas qu’il remportera un franc succès par chez toi.

 

 

" Polichinelle " de Pierric Bailly est publié aux éditions POL. Il est en vente libre jusqu’à nouvel ordre. Alors profitez-en.


Dernière minute : Pierric Bailly sera en dédicace à la librairie des Arcades le Samedi 20 décembre (Lons-le-Saunier). Une bonne occasion de lui dire ce que vous pensez de ses manières tout en acquérant un bien bel ouvrage à offrir à vos plus proches ennemis... ;-)

Rédigé par JP

Publié dans #Mes interviews décalées...

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pierric 16/11/2008 15:35

J'ai encaissé le premier chèque de 10 000, j'attends la fin du mois pour le suivant, j'espère que tu t'en sortiras mais j'ai des dettes au casino de LONS et c'est autrement plus important que ta petite famille tu en conviendras. Sinon, j'ai oublié de dire, en musique, je n'aime pas le reggae, aussi. Et pour finir sur une touche positive, j'aime le crooner cubain Ibrahim Ferrer, j'aime tous les crooners, Franck, Dean etc., je suis moi même un crooner.

BUZZ... littéraire 13/11/2008 12:26

Merci de ton lien vers cette interview intéressante et en effet sans langue de bois.