Contre-jour. Thomas Pynchon.

Publié le 16 Septembre 2008




Bon, je ne vais pas revenir sur la légende, tout le monde la connaît, en a plus ou moins entendu parler (ou, à défaut, peut faire ses propres recherches sur le net), chaque nouvelle publication du bonhomme étant prétexte à la rappeler. Thomas Pynchon est un écrivain fantôme. J’ai même lu quelque part qu’on soupçonnait J.D. Salinger de l’avoir inventé (un peu comme Romain Gary avec Emile Ajar). Qu’importe. Le bonhomme vient de sortir un nouveau pavé (1200 pages, police de caractères minuscule, papier bible hyper froissable et pas lourd avec ça, bref que du bonheur quand, comme moi, on prend le train). C’est l’histoire de… et là, dés le départ, ça se complique. Car comment raconter en quelques lignes un livre de Pynchon ? Pynchon est, non seulement insaisissable, mais également inclassable. Sept livres publiés en quelques cinquante ans. Des morceaux de bravoure à chaque page. Un monde plongé dans l’onirique, le revanchard, l’intellectuel, le fascinant. Des tournures magnifiques qui ne veulent pas toujours dire grand chose. Un déroulement déroutant à mille lieues du linéarisme classique. Des personnages à foison, avec des patronymes tous plus ou moins loufoques. Une propension innée à sauter du coq à l’âne. Des éléments techniques distillés comme si tout le monde avait un niveau 10 en mathématiques quantiques (certains sont même inventés, ce qui facilite encore les choses). Un souffle épique comme on n’en fait guère de ce côté-ci de l’Atlantique. Une verve inimitable… Mais le véritable tour de force de cet individu (rappelons tout de même, pour l’anecdote, qu’une de ses rares apparitions télévisuelles eut lieu dans un épisode de South Park, son personnage ayant la tête recouverte d’un sac en papier afin de ne pas être reconnu (mais c’est véritablement sa voix qu’on entend dans la version originale)), cet individu, donc, (l’une de ses dernières apparitions physiques recensées aurait eu lieu dans une librairie de Venice beach, Californie, au milieu des années 1960. Il était alors vêtu en femme), cet individu, disais-je, parviens à passer d’une histoire à l’autre sans que rien ne vienne indisposer la fluidité de son discours, flirte sauvagement avec le fantastique et le surréalisme d’un André Breton sous acide (le passage où Merle adopte une boule de foudre (il est alors représentant en paratonnerre) qui s’appelle Skip et sert à sa fille de lampe de chevet avant d’aller rejoindre sa famille au plus fort d’un orage est pour le moins… déconcertante me dites-vous ? Eh bien même pas. Tout cela semble tellement naturel qu’on ne se pose pas la question. On accepte, tout simplement.

Quand je vous dis qu'il est trop fort.

 

Bon, bien évidemment, lire Thomas Pynchon revient à tenter une aventure. De là à dire que je le conseille à tout le monde, il y a un pas que je ne saurai franchir. C’est ardus, confus, jouissif mais prenant. Mais il est toujours bon de savoir que ce genre de personnage existe. Qu’il écrit, vit sans doute quelque part mais on ne sait pas où. Et que même à jeun on peut le lire et y prendre du plaisir.

 

Titre : Contre-jour.
Format: 1207 pages.
Prix: 35 Euros (je sais, c’est cher, mais c’est Pynchon. Et rapporté au nombre de pages… ça ne fait que 0.03 centimes la page, quand on sait qu’un 300 pages classique se vend aux alentours de 15 euros, soit 0.05 centimes la page, choisis ton camp camarade !).

Auteur : Thomas Pynchon, traduit en français par Claro (LE spécialiste des traductions impossibles, c’est déjà lui qui s’était collé au « Le livre des feuilles » de Mark Z. Danielewski, c'est dire s'il aime se torturer les méninges).

Editions : Le Seuil. Collection Fiction & Cie.

 

Extrait du quatrième de couverture :

 

Avec ce roman planétaire et foisonnant qui débute par l’exposition universelle de Chicago, en 1893, pour s’achever au lendemain de la première guerre mondiale, à Paris, Pynchon réussit son œuvre la plus ambitieuse et la plus émouvante. S’attachant à dépeindre aussi bien les luttes anarchistes dans l’Ouest américain que la Venise du tournant du siècle, les enjeux ferroviaires d’une Europe sur le point de basculer dans un conflit généralisé, les mystères de l’Orient mystique ou les frasques de la révolution mexicaine, l’auteur déploie une galerie de personnages de roman-feuilleton en perpétuelle expansion – jeunes aéronautes, espions fourbes, savants fous, prestidigitateurs, amateurs de drogues – tous imbriqués dans des manœuvres dignes des Marx Borthers.

 

Lire la critique du livre sur Fluctuat :

 

http://livres.fluctuat.net/thomas-pynchon/livres/contre-jour/4765-chronique-A-contre-courant.html

 

Et quelques dossiers consacrés à cet auteur pour le moins insaisissable :

 

http://www.fluctuat.net/2855-Thomas-Pynchon-portrait

 

http://www.cafardcosmique.com/PYNCHON-Thomas

Rédigé par JP

Publié dans #ça n'engage que moi

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