Fred Vargas vs Franz Bartelt

Publié le 10 Juillet 2008



Je me serai bien essayé à faire une critique du dernier Vargas, histoire d’attirer le chaland avec un auteur vendeur (pour une fois), mais je vais plutôt revenir à ce bon vieux Franz. Non pas que Fred m’ait déçue, elle a fait un truc qui est pile poil dans mes intérêts du moment – comme quoi. Mais disons plutôt qu’avec elle, je ne sais pas. Son Lieu Incertain est plaisant. Jusqu’à la trois centième page, il est même bougrement bon, et puis vient la fin. L’explication. Le dénouement. Et là… je ne sais plus quoi en penser. Cet inspecteur venu d’on ne sait trop où et qui arrive juste au moment où on en a vraiment besoin (capilotractage n° 1), ce fils caché surgit du néant tueur en série sans l’être vraiment (capilotractage n° 2), ce complot ourdit par les tenants d’un pouvoir nébuleux tantôt là tantôt absent (le mégacapilotractage du récit), cette mère parfois en Pologne parfois… on ne sait même pas de qui on parle (à moins que je n’ai rien suivi)… bref, tout cela est passablement tiré par les cheveux. Mais je le savais avant même de commencer. Avec elle, c’est toujours comme ça. C’est d’ailleurs pour ça que j’ai un peu de mal. Mais je lui laisse une chance. À chaque fois. J’y reviens. Parce qu’il y a les seconds couteaux hauts-en-couleurs (dont manque un peu celui-ci). Cette poésie un rien lancinante qu’elle est la seule à dérouler. Ce non-sens permanent. Ce Surréalisme dans le sens noble du terme.

Et pour ne rien vous cacher, il y a aussi ce « j’en ai rien à foutre des conventions » qui me plaît bien chez elle.

Bref.

Sauf que.

Notez que pour en arriver là, je dois être vieux jeu. Voire vieux con (ce qui est aussi envisageable).

Alors c’est sans doute pour ça.

 

J’en reviens donc à Franz Bartelt.




Ma nouvelle incursion chez le bonhomme s’intitule « La belle maison », c’est sorti chez Le Dilettante (libraire et éditeur intéressant) et… ben voilà quoi. Un couple de pauvres, dans une ville rayonnante menée par un maire débonnaire grand buveur de pastis et organisateur de fêtes patronales. Un secret caché. Et des saillies dont on rêverait d’y avoir pensé soi-même. Et que seuls des extraits bien choisis peuvent décrire.

 

« M. Balbe (le maire NDR), un homme qui aurait pu être communiste, tant il avait le sens de la collectivité, mais qui s’était résigné à carrièrer dans le centrisme pour faire plaisir à tout le monde, ce qui revient à peu près au même ». (p.7 & 8)

 

Ah oui, j’oubliais de préciser, la femme du maire en question est une malade chronique :

 

« En trente ans, elle avait perdu des hectolitres de sang, par tous les moyens que la nature met à la disposition de l’hémorragie. Ses récits hématiques, fidèlement rapportés à l’heure du Porto et des biscuits, lui attiraient la sympathie de ses voisines et, en général, des autres femmes du village, qu’elle recevait aussi. Ses souffrances patiemment supportées n’étaient évidemment pas sans générer quelques jalousies, de la part des Consiennes (le village en question se nomme Cons-sur-Lombe NDR) qui se vantaient, elles, de maux médicalement certifiés, mais qui n’intéressaient personne. Pour le reste, Mme Balbe jouissait d’une santé sans reproche : de la santé, il lui en fallait pour endurer autant de maladies incurables. » (p. 9 & 10)

 

Et on n’en est qu’au début là.

 

Vous l’aurez compris, ça glose, ça palabre, ça dissèque, ça fomente. Un vrai petit monde sous notre nez (bouché pour l’occasion devant tant d’olfactives agressions). Et surtout, c’est drôle.

 

Et moi, rien que pour ça...

 

Auteur : Franz Bartlet

Titre : La belle maison.

Editeur : Le Dilettante.

Prix : 15.00 € (155 pages).

 

 

Rédigé par JP

Publié dans #Livres à lire

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