Peste. Chuck Palahniuk.

Publié le 21 Janvier 2008

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M. Palahniuk,

 

Je viens de terminer votre « Peste » et suis encore sous le choc. Dire de vous que vous êtes grand serait sans doute exagéré mais comme l’exagération est le propre de l’Homme… je vais me laisser aller à ce petit jeu-là. Voilà un de ces objets littéraires comme on en trouve peu, hélas, et qui vous file entre les doigts trop rapidement. On aimerait tant pouvoir le savourer. Le déguster. Mais tout cela est tellement bien fait que l’on n’ose pas. On n’ose pas se priver de pareil bonheur. Certes, vos héros sont infréquentables, leurs manières sont condamnables et leur manque de foi proprement scandaleux mais que c’est bon. Vous savez, comme personne, mettre le doigt là où ça fait mal. Trouver le bouton à gratter jusqu’au sang. Le furoncle à crever afin que le pus se répande et contamine. Et vous avez de ces fulgurances qui laissent le lecteur que je suis sans voix. Peste est un grand livre en ce sens qu’il dégoûte de la jubilation qu’il procure. Il est drôle. Triste. Cruel. Arrogant. M. Palahniuk, vous êtes dangereux et c’est précisément cela qui vous rend indispensable.

 

Extraits :

 

« Si l’on y réfléchit bien, force est de constater que la mort d’une personne n’a jamais fait condamner telle ou telle voie de circulation. On peut toujours rouler là où sont morts James Dean, ou Jayne Mansfield, ou Jackson Pollock. On peut prendre le bus et passer sur l’endroit où un bus a écrasé Margaret Mitchell. Emprunter la route où est morte Grace Kelly. Ernie Kovacs. La mort est une tragédie, mais arrêter le flot de la circulation est toujours considéré comme le crime suprême. » Page 298.

 

« En 1932, une étude gouvernementale identifiait à peu près quatre cents Afro-américains comme porteurs de la Syphilis. Plutôt que de les traiter, les responsables ont laissé l’épidémie se propager pendant quarante ans, afin d’étudier les différents schémas de contamination et d’autopsier les victimes au fur et à mesure. Connue sous le nom de l’ « expérience de Tuskegee », cette étude menée par le ministère de la Santé publique américaine ne prit fin qu’en 1972, quand un protagoniste, scandalisé, passa l’information au Washington Evening Star ». Page 308.

 

« Savez-vous qu’avant ces abominables expériences à Auschwitz, le Dr Joseph Mengele était un anthropologiste extrêmement respecté ? Savez-vous que Mengele avait voyagé en Afrique pour y collecter du sang humain et des échantillons de virus ? Que le rêve de sa vie était d’identifier des facteurs prouvant qu’il existe une différence entre les races humaines ? Et ensuite, de créer une épidémie ciblée, raciale ? Savez-vous que nombre des découvertes de Mengele sont parvenues aux Etats-Unis sous le nom d’ « opération paperclip », sur quoi la CIA a blanchi et donné une nouvelle identité aux scientifiques nazis s’ils acceptaient de poursuivre leurs recherches. » Page 338.

 

« Avez-vous lu le rapport Kissinger, censé avoir été remis au Conseil National de Sécurité en 1974 ? Celui dans lequel Henry Kissinger prévient que la plus grande menace pour les Américains est la surpopulation du tiers-monde ? Qu’est-ce que ça dit, déjà ? Qu’on a besoin des ressources minérales et naturelles de l’Afrique ? Que ces Républiques bananières vont bientôt se casser la figure au fur et à mesure que leur population augmente ? Que le seul moyen qu’aura l’Amérique pour assurer sa prospérité et sa stabilité sociale, ce sera de dépeulper le tiers-monde ? Et il faudrait être surpris que le sida soit apparu vers 1975 ? Comprenez-vous bien ce qu’implique le mot de « dépeupler » ? » Page 340.

 

« Dans un monde où des milliards d’individus croient que leur divinité a conçu un enfant mortel avec une vierge, il est frappant de constater à quel point la plupart des gens manquent d’imagination ». Page 364. 

«  Les gamins du lycée avaient inventé une danse qu’ils appelaient « La Baveuse », c'est-à-dire qu’ils imitaient  la paralysie partielle des membres inférieurs qui atteint une victime au dernier stade de la rage. Ils titubaient à droite et à gauche sur la piste, l’écume aux lèvres grâce à un cachet d’Alka-Seltzer posé sur la langue, et se rentraient dedans en grondant et en montrant les dents. Il paraît que jouer à ça est un excellent moyen de se faire descendre par la police. » Page 405.

 
D'autres que moi en parlent également : http://www.fluctuat.net/6083-Chuck-Palahniuk-Peste


Mise en garde 1: Livre à ne pas mettre entre toutes les mains (mais vous l'aviez sans doute déjà compris).

Mise en garde 2: Que nos amis conspirationnistes se calment imméditamment, si ce genre d'informations apparaissent effectivement dans ce roman il s'agit avant tout d'un ROMAN. Je dis ça parce qu'on va encore penser que j'ai pété mon câble (déjà qu'il ne m'en reste plus qu'un, je tiens à le garder).

Rédigé par JP

Publié dans #Livres à lire

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BenoitD 18/02/2008 10:54

Bonjour,une de mes collègues ne parle que de lui. Ce fameux Chuck Palahniuk. Je l'ai depuis ajouté à ma liste et tu me donnes aussi envie de le découvrir.Si tu en as l'occasion, je t'invite à visiter mon blog et découvrir que tu as été tagué par mes soins. Règle du jeu à voir sur le site;-)Et ce jeu n'est pas obligatoire.BenoitD

wilfrid 24/01/2008 07:33

Pas encore terminé. Mais je partage complétement ton avis. Après un très moyen "à l'estomac", Palahniuk nous sort un ouvrage digne de ses oeuvres précédentes. On est proche de "fight club" quelque part.Rageusement recommendé!

JP 24/01/2008 13:34

Eh oui mon cher Willy. M'est avis que Buster Landru Casey a quelques accointances avec ce bon vieux Tyler Durden... Bonne journée à toi l'ami.