Renaissance.

Publié le 11 Janvier 2006

Renaissance d’une ancienne coutume : un " charivari " le 25 février à Clamecy

 

Cette coutume a existé à Clamecy et dans les villages voisins du Moyen Age au début du XXe siècle

 

 

Que les maris trompés ou battus par leur femme se rassurent, aucun d’entre eux ne sera promené dans les rues de la ville, ficelé sur le dos d’un âne, à l’envers en tenant l’animal par sa queue, entouré d’une foule déguisée, tapant sur des casseroles et chantant les infortunes du malheureux, lors du " charivari des flotteurs " prévu le samedi 25 février.

Il ne s’agira que d’une évocation de cette ancienne coutume, avec expositions et diverses animations. Les précisions seront données lors d’une réunion prévue demain jeudi 12 janvier, à 19 h 30, dans la salle des fêtes de la mairie, par une chargée de mission du Pays d’accueil du canal du Nivernais, à l’initiative de cette animation.


Interdites par arrêté du maire


Les charivaris existaient dans toute la France et dans de nombreuses localités depuis le Moyen Age au moment de Carnaval. A Clamecy et dans les villages des environs, ce sont les flotteurs de bois qui organisaient cette fête. Au départ, l’objectif était de ridiculiser les personnes d’un âge disproportionné se mariant ensemble, un vieillard avec une petite jeune par exemple, ou le contraire.
Au cours des siècles, ce sont les maris battus ou trompés qui sont devenus les victimes de la liesse populaire. L’écrivain Romain Rolland, dans son roman Colas Breugnon dont l’action se déroule à Clamecy, décrit un charivari du début du XVIIe siècle : " Au bruit des cuivres, des cymbales, des écumoires, des lèchefrites, arrive au milieu des risées, sur son âne, le roi des cocus, l’ami Pluviaut. Vincent, c’est lui, il est élu. Assis à rebrousse-poil, coiffé d’un haut turban, un gobelet en main, il écoute sa garde de flotteurs, diables cornus, qui, la gaffe ou la gaule sur l’épaule, dégoisent à voix claire, en bonne langue franche et françoise, sans voiles, son histoire et sa gloire. En sage, il n’en montre pas d’indiscrète fierté ; indifférent, il boit, il fouette une lampée ; mais, quand il passe au pied d’un logis illustré par la même infortune, il crie, levant son verre : Ohé, confrère, à ta santé. " Pendant ces défilés, la femme violente ou volage se cachait dans le logis familial…

Ces fêtes populaires ayant tendance à dégénérer au XIXe siècle, elles furent réglementées en 1840 et même interdites par arrêté du maire de Clamecy en 1856 et 1859. L’autre écrivain et pamphlétaire clamecycois, Claude Tillier, dans son journal L’association, s’est insurgé contre cette décision : " Le charivari existe de temps immémorial dans l’arrondissement.
C’est une grande joie du Carnaval ; c’est la comédie du peuple, et tout en le faisant rire, il lui donne de bonnes leçons. C’est d’ailleurs un moyen de répression très efficace de ces petits scandales que la loi ne peut atteindre ; et le charivari est un auxiliaire utile en bien des occasions, du procureur du Roi. Regardez-moi bien, M. le Maire […], c’est moi, moi Charivari, moi le pauvre artiste tout débraillé, tout percé par le coude, qui fait tous les ans les délices de vos administrés […]. Tout petit que je suis, j’ai mon utilité comme vous avez la vôtre. Je suis le censeur des mœurs publiques, le croquemitaine des maris qui s’enivrent et des femmes qui battent leurs maris. "


Devant les protestations de la population, les arrêtés furent abrogés et les charivaris purent continuer. Les derniers se sont déroulés quelques années avant la Première Guerre mondiale.

Guy MOUGET, avec les archives de la Société scientifique et artistique de Clamecy. Article paru dans l'Yonne Républicaine du 11/01/06.

 

Rédigé par JP

Publié dans #Clamecy

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