Point final, Sylvie Huguet.

Publié le 19 Juin 2017

 

Autant le dire d'entrée de jeu, évitez ce recueil si vous avez un naturel dépressif. Comme (pardon, plus encore que dans ses précédents recueils), Sylvie Huguet visite ici la face obscure de l'humanité. En un peu moins de vingt (courts) textes, elle balaie avec talent et méthode les travers, invente un futur que l'on n'espère pas mais qu'il convient désormais de redouter. Montée des extrémismes, des intégrismes de tout poil, acculturation élevée en véritable mode de vie, en projet politique, en visions sociétales, solutions radicales autour de la fin de vie, tout y passe. L'humain causera sa propre perte, la cause animale, quant à elle, est entendue depuis longtemps, il ne reste donc plus qu'à tirer l'échelle et à s'accrocher au pinceau (si tant est qu'il en reste un auquel s'accrocher). Condamnation de l'aveuglement crasse qui nous mène droit dans le mur, solutions étatiques à la petite semaine mais aux effets dévastateurs, recherche de coupables (forcément petits, forcément condamnés d'avance). Plusieurs thèmes reviennent ici, comme autant de leitmotiv, la vieillesse, les religions, l'abêtissement général menant au chaos, à la disparition pure et simple.

Comme je vous l'indiquais en introduction, ce recueil est à éviter si vous avez des tendances dépressives (ou trop de lucidité ?). Mais il a le mérite de poser les choses, sous couvert d'anticipation, de tirer la sonnette (ou plutôt les sonnettes) d'alarme. Et le vacarme qui en ressort est juste assourdissant.

 

Extrait :

"Je ne suis qu'un résidu anachronique, un témoin des lumières noyé dans l'obscurantisme triomphant. Le mal s'est étendu si vite que je n'en ai pas tout de suite mesuré l'ampleur. Mon esprit s'enracine encore au début du siècle, quand les religions jusqu'alors enlisées dans l'indifférence redressaient à peine la tête. Au début, j'ai si bien sous-estimé les faits que lorsque Villequier s'est fait élire à la Présidence, j'ai cru qu'il s'était imposé malgré sa foi proclamée et pas à cause d'elle. C'est nettement plus tard que j'ai compris l'attente collective à laquelle il répondait. Il n'avait fait que s'adapter à l'air du temps qui favorisait le renouveau des cultes. En fait, je crois que les religions ont prospéré sur les débris de la culture que ne transmet plus l'école, comme un terreau dont elle s'engraisse. La communication a remplacé la littérature, l'apprentissage citoyen s'est substitué à l'histoire et l'écoute attentive a capitulé devant la libre expression de petits ego narcissiques. On formate ainsi des consommateurs réceptifs à l'abrutissement médiatique et à un endoctrinement religieux qui vient combler leur vide spirituel."

"Serment", pages 111 et 112.

 

Faut-il encore en rajouter ?

 

 

Titre: Point final.

Auteur: Sylvie Huguet (couverture de Léo Gontier, collant parfaitement à l'un des textes les plus emblématiques du recueil, "Lettre à Voltaire").

Éditions : La Clef d'Argent, 131 pages, 9€.

Lien vers le site de l'éditeur:

http://clefargent.free.fr/pfnl.php

 

Rédigé par JP Favard

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