Ne tirez pas sur le philosophe ! Frédéric Lenormand.

Publié le 4 Avril 2017

Après le Commissaire aux morts étranges arpentant Versailles et ses maisons aux mœurs dissolues, c'est au tour de Voltaire de mener l'enquête. De retour à Paris après un exil forcé, il découvre qu'une pauvre fille a été condamnée à la potence pour vol d'effets personnels (deux-trois culottes, quelques chemises, pas de quoi fouetter un chat, mais pendre une pauvrette, ça, en revanche... il faut bien faire des exemples si l'on ne veut pas voir disparaître sa garde-robe !). Sauf que le bourreau est, en l'espèce, un bien piètre exécuteur et que voilà la morte qui revient à la vie là où on ne l'attendait pas. Et la question se pose aussitôt... et si, sous le couvert de cette infâme condamnation, c'était en fait à un meurtre que l'on venait d'assister... Commence alors une folle enquête comme seul Voltaire a le secret. Entre la visite d'un intrigant cabinet de curiosités (où les écorchés s'exposent dans des vitrines qui auraient sans doute mieux fait de demeurer cachées), une livraison pour le moins odorante à la police et une quête, sans cesse renouvelée, de la marquise parfaite (car il faut toujours avoir sa marquise avec soi, au même titre que son moine glouton, c'est bien connu), la 7e enquête de l'emperruqué virevoltant est à l'image des précédentes : enlevée, tourbillonnante, endiablée. Et si la fin tourne un peu court quelle importance, tant le but de la manœuvre est ailleurs et qu'une fois de plus il est atteint de la plus fine et de la plus cocasse des manières qui soit.

 

Extrait :

« Il existait en France deux catégories de personnes qui se mariaient exclusivement entre elles : les princes et les bourreaux. La famille Sanson logeait dans un quartier excentré mais coquet, entre les premières vignes et les vergers, loin des violences et de l'agitation qui contrariait leurs aspirations à la paix, à la douceur, à l'amour du prochain. Leur maisonnette d'un étage avec mansarde formait l'angle d'une rue. Aucune autre n'était venue s'y accoler, elle restait isolée par un mignon jardinet planté qui en faisait le tour. Sur l'arrière, un homme en chemise à jabot et en culotte de cuir coupait du bois avec de grands « han ! » chaque fois qu'il abattait sa hache. Coiffé d'un tricorne en jonc tressé, il était aussi digne qu'on peut l'être en chapeau de paille, grand, fortement bâti, le cheveu noir, l’œil franc, avec ici et là quelques rides qui semblaient refléter ses désillusions sur la nature humaine, une assez bonne tête pour un homme capable de vous faire éclater les chevilles à coups de marteau. »

Pages 93-94

 

 

Titre : Ne tirez pas sur le philosophe !

Auteur : Frédéric Lenormand.

Éditions : JC Lattès.

Sur le site de l'éditeur :

http://www.editions-jclattes.fr/ne-tirez-pas-sur-le-philosophe-9782709659680

 

 

Rédigé par JP Favard

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