Le moine et le singe-roi, Olivier Barde-Cabuçon.

Publié le 11 Mars 2017

 

Que j'aime ces rendez-vous annuels ! Les enquêtes du commissaire aux morts étranges et de son moine hérétique de père, les enquêtes bondissantes d'un Voltaire survolté et... de son moine hérétique et gourmand. Cette année, c'est Volnay qui ouvre le bal. Retour à Versailles pour le commissaire où l'on a découvert un cadavre mis en scène dans les jardins. Une pauvre fille, éventrée, le cœur (littéralement) sur la main (on ne peut s'empêcher d'y voir les prémices du futur Jack Londonien). Commence alors une enquête (donc) qui va voir se succéder les coupables idéaux (ou peut-être idéalisés), les situations plus ou moins recommandables, les intrigues plus ou moins assumées.

Pour son 6e volume consacré aux aventures de son héros, on sent qu'Olivier Barde-Cabuçon tient son sujet, ses personnages et qu'il s'en amuse. L'écriture est, comme à chaque fois, de grande qualité et d'une non moins grande précision. Simple (et on sait comme il peut-être compliqué de faire simple). Efficace (aucun temps mort, on saute d'une situation à l'autre, d'un personnage à l'autre, sans jamais se perdre et encore moins s'ennuyer).

 

Après un passage (obligé) par Venise (« Humeur noire à Venise »), un retour (plus exotique) par une vallée encaissée de Savoie (« Entretien avec le Diable »), c'est donc à Versailles que l'on se retrouve cette fois. Les joies de la cour. Les jeux d'influence(s). Le ridicule qui ne tue pas (ou presque). Fin de règne, fin de genre. Le roi est un odieux personnage, ses hommes de mains, des brutes épaisses et sans manière. La Pompadour ? Elle reçoit. Heureusement que le moine est là pour rappeler tout ce petit monde à l'ordre ! De retour à la vie et plus en forme que jamais, l'homme en bure mais portant épée vole une nouvelle fois la vedette à son fils. D'autant que l'enquête le pousse à fréquenter, bien malgré lui (hum hum), une de ces maisons spécialisées remplies de jeunes filles... dont la morale est sauve car c'est à une autre forme de domination qu'elles consacrent leurs journées (et leurs nuits, ne nous mentons pas)...

 

Entre roman de capes et d'épées, enquête et filature, fresque historique, on suit ces héros que l'on apprend à connaître, au fil des volumes et ce, avec un plaisir une nouvelle fois renouvelé. Ou quand le roman policier historique gagne ses lettres de noblesse (même lorsque la noblesse, comme c'est le cas ici, en prend pour son grade).

 

Extrait :

 

Le courtisan cligna des yeux stupéfaits. La force du moine était vraiment impressionnante et de se voir ainsi saisir en plein jardin de Versailles par un homme portant une bure le surprenait. Pourtant, l'homme se ressaisit et, tout aussi tranquillement que le moine, fit étalage de sa force en desserrant silencieusement l'étreinte du moine sur son poignet.

- Mon frère, fit le courtisan en le regardant fixement, vous ignorez sur qui vous portez la main.
Le nez court, les joues creuses, un menton aux contours carrés, il avait des yeux profonds mais vides comme ceux d'un poisson mort.

- Mon frère en Jésus-Christ, l'admonesta le moine, tu dis vrai. Les uns naissent grands, les autres se haussent jusqu'à la grandeur, d'autres s'en voient revêtir par la naissance. Remercie le Seigneur que le seul effort de ta vie ait été de naître !

(page 149)

 

A recommander aux amateurs de bel ouvrage.

 

 

Titre : Le moine et le singe-roi.

Auteur : Olivier Barde-Cabuçon

Éditions : Actes Sud

 

Lien vers le site de l'éditeur :

http://www.actes-sud.fr/catalogue/romans-policiers/le-moine-et-le-singe-roi

 

Rédigé par JP Favard

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