Sémiotique de la crasse, Lukrate.

Publié le 8 Novembre 2016

 

Je crois que c'est la première fois qu'on me contactait ainsi, sans me connaître vraiment, histoire de. Je tiens donc à vous dire, une fois de plus, que vous me faites, cher Lukrate, un bien grand honneur en me considérant digne de donner un avis soi-disant « éclairé » sur votre premier bouquin.

 

« Sémiotique de la crasse », au-delà d'un titre pour le moins... énigmatique, mais on y reviendra, n'est pas, à proprement parlé, un roman. Pas plus qu'un recueil de nouvelles. Ni même un long poème en prose. Il s'agit en fait d'une succession d'humeurs. Des petits billets, mettant en scène un narrateur, que l'on devine proche de l'auteur, entre galère et coups de sang, coups de haine et coups de blues. Le livre, financé par une levée de fonds électronique, est bien écrit (je balaie d'emblée la question de la forme car elle n'a pas lieu d'être ici, Lukrate sait écrire). Le style est même plaisant. Parfois dérangeant, certes. Mais jamais rébarbatif. Et même si, après une centaine de pages, l'absence de véritable fil conducteur peut amener le lecteur exigeant à se demander « à quoi bon ? » l'ouvrage a les qualités de ses défauts : il est court et se lit vite, en état d'apnée. Et surtout, en insinuant dans le cortex une petite musique pas désagréable du tout.

Extrait :

« Ces joyeux morts en sursis deviendraient sans doute avocats, éboueurs, cuistots ou ministres. La belle affaire ; la seule chose que cela changerait vraiment c'est l'épaisseur de la couche de vernis qu'ils pourraient se payer afin d'oublier leur condition humaine. » (page 30).

 

Quelques recherches, savamment orchestrées, nous apprennent que sous le pseudo de Lukrate se dissimule un être fait de chair et de sang, artiste protéiforme et multisupports. Plasticien. Musicien. Touche à tout. Ce livre est sa première incursion dans le domaine de l'écrit. Gageons que ce ne sera pas la dernière. Car même si le propos est sombre, souvent revendicatif – parfois un chouïa naïf, il faut le reconnaître – on sent l'envie et la fièvre, la passion. Et ça, ça n'a pas de prix. Même si le narrateur – l'auteur, on l'aura compris – le nie avec force et véhémence.

Extrait :

« Il faudrait que j'essaye de coucher tout ça sur le papier un jour, il y aurait sans doute des charognards amateurs de ce genre d'écriture qui ne racontait rien d'autre que la déchéance. » (page 41).

 

Quant au titre ? me demanderez-vous. Eh bien, il suffit de savoir lire,

Extrait :

« ça faisait bien six ou sept minutes que je me tenais immobile devant le lavabo. Je scrutais les moindres traces de ces déchets en transit : de l'air à la peau, du savon à l'eau, de la porcelaine aux égouts...

Quatre plombes du mat, seul dans sa salle de bains, étudiant la sémiotique de sa crasse. C'est là le portrait d'un homme comblé ». (pages 104-105).

Et là, tout est dit.

 

 

Titre : Sémiotique de la crasse.

Auteur : Lukrate.

Editions : autoédité.

http://www.bookelis.com/recits/24384-Semiotique-de-la-crasse.html

 

Rédigé par JP Favard

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