Ramones, Iggy pop and Led Zeppelin.

Publié le 27 Octobre 2016

 

J'ai pris du retard dans mes chroniques (ou de l'avance dans mes lectures, allez savoir où tout cela va se nicher). Bref, pour tenter de refaire l'un (mon retard) tout en tenant compte des autres (mes lectures) voici une triple chronique (oui, je sais, ça devient n'importe quoi). Mais, ami lecteur, camarade lectrice, ne t'y trompe pas pour autant car tout cela demeure diablement cohérent comme tu pourras le remarquer. Et pourquoi dis-je « diablement » ? Tout simplement parce qu'il sera ici question de Rock (avec un grand R) et de Roll (avec un R encore plus grand). De légendes qui en ont façonné l'Histoire. Voici donc, dans un ordre d'apparition pas forcément chronologique : Marky Ramone (sa vie, son œuvre, racontées par lui-même (avec de l'aide)), Iggy Pop (sa vie, son œuvre, racontées par lui-même (à un magnétophone et retranscrite quasi brute de décoffrage ensuite)) et Peter Grant (sa vie, leur œuvre, racontées par un autre). Vous l'aurez compris, ça déchire, ça défonce, ça arrache les cheveux sans les dents, c'est du Rock ma bonne dame !

 

Marky Ramone fut l'un des fameux faux-frères Ramones (le seul encore en vie aux dernières nouvelles). Batteur du groupe de crétins géniaux New-Yorkais dont on vend désormais les tee-shirts jusque chez H&M. Ils ont tout créé ces gars-là (bien avant les Britons) et on se demande bien comment ils y sont parvenus en lisant cette biographie. Parce qu'entre Dee Dee complètement accroc à tout ce qui lui passait à portée de nez, de veine, de bouche, d'orifice divers et variés, Johnny, franchement douteux voire carrément abjecte politiquement parlant, Joey (ce grand Joey et sa célèbre armée de TOC) et Tommy (le batteur historique)... la famille Ramone n'avait guère d'atout en poche pour affronter un tel destin. A tel point que Marky, avec sa technique et ses connaissances musicales pourrait presque faire figure de surdoué échoué là on ne sait trop par quel hasard. D'autant qu'avant de rejoindre les rangs de ces... de ce... enfin, bref, avant de devenir un des Ramones, il avait sévi dans d'autres combos qui avaient eux même remporté quelques succès. Seulement voilà, il lui fallait la fièvre, il lui fallait l'adrénaline, les « one two three four » hurlés à pleins poumons. Les « Hey oh, let's go ! » comme autant de cris de guerre lancés aux kids (sous une pluie de crachats, ça se faisait beaucoup à l'époque). Le camion de tournée où chacun a sa place attitrée (et faudrait pas voir à en changer, Johnny veille au grain). Ce bouquin retrace ce temps que les moins de quarante ans... le CBGB à ses plus riches heures, les soirées plateau-télé avec verveine et camomil... mais qu'est-ce que je raconte, moi ?

Hey oh, let's go ! Mon pote. Et à tous les étages.

Je me souviens de les avoir vu, une fois, sur scène, c'était au début des années 90, au printemps de Bourges. Ce grand échalas de Joey. Ses lunettes rondes de myope à verres colorés. Si j'avais su, à l'époque, le combat que c'était pour lui ne serait-ce que de sortir de son appartement (je veux dire, de sortir physiquement de son appartement). Dee Dee n'en faisait déjà plus partie. Évincé. Comme le fut Marky avant lui. Parce qu'alcoolique au dernier degré. Quand on songe à l'état des trois autres, ça laisse rêveur... Les pages sur la rédemption de Marky sont particulièrement touchantes. Dans un style proche du langage parlé (moins qu'Iggy toutefois, mais on en parlera juste après), Marky fait son mea culpa et reconnait que la meilleure chose qui lui soit jamais arrivée fut de se faire virer du groupe (car ça lui a sauvé la vie) mais que ce fut également la pire (parce qu'il a perdu plus que des partenaires, de véritables frères). Une bio qui permet de se plonger dans une époque qu'on a pas connu (en tout cas, moi), une époque où Bob Marley faisait la première partie de ce jeune type qui débutait à peine, un certain Bruce Springsteen. Où Marky, entrainé par un de ses camarades (ils avaient quoi, seize, dix-sept ans), s'est retrouvé assis à la table de Jimi Hendrix et de Jim Morisson dans une boîte de nuit. Où un autre de ses amis l'a fait entrer dans le théâtre où il travaillait et l'a aidé à s'asseoir à la batterie (et même à en jouer) de John Bonham entre les répétitions de l'après-midi et le concert du soir (on peut se demander ce que Peter Grant lui aurait fait s'il l'avait découvert (mais de ça aussi, il sera question plus tard)).

Bref, c'est l'histoire d'un gosse qui rêve les yeux grands ouverts et se fait bouffer par la vie (mais qui gagne quand même à la fin (même s'il en a bavé) et ce n'est pas plus mal).

Iggy à présent.

Ce bouquin là, je suis tombé dessus par hasard, chez un bouquiniste Nivernais (eh oui, il y en a). J'avoue que j'étais passé complètement à côté au moment de sa sortie. Et là. Iggy, c'est encore autre chose. Un vrai dur de dur. Une bête. On sent, à chaque page, qu'il s'est assis face à Anne Wehrer et que celle-ci a enregistré puis retranscris leurs conversations (ou plutôt son monologue). C'est du brut de décoffrage et ça sent la sueur et l'urine (désolé mais c'est comme ça). Parce qu'Iggy, c'est le prototype, le mâle Alpha de la meute. Le modèle. Le moule duquel pas mal d'autres sont sortis. Pas de temps mort. Pas de bla-bla. Ce type est juste à l'image de sa musique et de son corps, toujours aussi sec à presque soixante-dix balais, sans concession. A côté, la bio de Marky passerait presque pour une gentille bluette distinguée et polie (c'est dire).

Mais en parlant de bluette distinguée et polie... Connaissez-vous Peter Grant ? Avez-vous seulement déjà entendu parler de Peter Grant ? Non ? Led Zeppelin. Le 5e homme. The man who Led Zeppelin. Le manager Alpha des managers. Un monstre de près de deux mètres de haut, de plus de cent vingt kilos. Un ancien catcheur devenu...

Bien entendu, Led Zep, c'est avant tout Jimmy (Page), Robert (Plant), John Paul (Jones) et l'ogre John (Bonham). Mais sans Peter (Grant)... Grant les a forgé, il s'est dévoué corps et âme pour qu'ils deviennent le plus grand groupe du monde – ce qu'ils étaient, à leur époque. Des millions d'albums vendus. Des tournées sold-out (même pas besoin de faire de la publicité, les billets se vendaient tout seul, dés l'annonce du concert). Les excès. La drogue. Le sexe. Le Rock'n'Roll dans toute sa démesure. Les truands comme hommes de main. Les passages à tabac backstage. Le sang. Les larmes. Les drames.

La mort.

Celle du fils de Robert. Celle de John. La suite. Quelle suite ? Les quelques reformations éclairs. Jason Bonham, le fils de son père, assis derrière les fûts. Autant la bio de Marky est celle d'un homme presque normal dans un univers qui ne l'est pas, autant celle d'Iggy est le témoignage d'un pur au milieu d'autres qui ne le sont pas moins, autant là... il est vraiment question de démesure. Et souvent, de grand n'importe quoi. Le Rock, le vrai, le pur, le dur, le mythique. Le mythologique. Les chambres d'hôtel saccagées. Les groupies retournées. Les limousines en convoi. Et l'avion personnel. Le « c'est à prendre ou à laisser ». L'ogre, le monstre, celui qui sortait les groupes qui traînaient trop longtemps sur scène à son goût pour faire place « au sien » à grands coups de ventre. Le type qui n'avait pas peur quand un petit malfrat le pointait avec son revolver, « vas-y tire, minable, avec toute ma graisse, je t'aurai défoncé le crâne avant que ta balle touche un organe vital ». Un homme qui s'est tout entier donné à ceux qu'il aimait plus que sa propre vie.

Un batteur.

Un chanteur.

Un manager.

Ces types-là ont et continuent même, pour l'un d'entre eux, de faire l'Histoire. Celle du Rock avec un grand R et du Roll avec un R encore plus grand.

 

 

 

Titre : Punk Rock Blitzkrieg, ma vie chez les Ramones.

Auteur : Marky Ramone.

Éditeur : Payot & Rivages, coll. Rivages Rouge.

 

 

Titre : I need more.

Auteur : Iggy Pop.

Éditeur : Le serpent à plumes.

 

 

Titre : The man who Led Zeppelin, l'incroyable odyssée de Peter Grant, le 5e homme.

Auteur : Chris Welch.

Éditeur : Payot & Rivages, coll. Rivages Rouge (existe en poche également).

 

Rédigé par JP Favard

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