Terminus Las Vegas, Pierre Mikaïloff.

Publié le 6 Septembre 2016

Terminus Las Vegas, Pierre Mikaïloff.

Une feuille A4, glissée dans le service presse que j'ai reçu (encore merci !), fait le portrait de l'auteur. On peut y lire : « dans une autre vie, a pratiqué la guitare avec les Désaxés, puis Jacno et a composé la BO de Shimkent Hotel, long métrage de Charles de Meaux. » (bon, je l'avoue humblement, voire honteusement, je connais les Désaxés, au moins de nom, Jacno, au moins de réputation mais désolé, silence radio en ce qui concerne Charles de Meaux... quelques accointances avec Jean-François ? Le brie de même origine et de bien meilleur qualité ? Voire les deux (soyons fous et vivons dangereusement) ? Mais vous avez raison, là n'est pas l'essentiel, poursuivons donc. « A donné de la plume ou de la voix sur RFI, Sud Radio, France Culture, Rock&Folk, Gonzaï, Rolling Stones... » (avant même de lire les pointillés, je respectais déjà. Nous avons affaire à un rock critic. Or, les garçons et les filles, je vous l'ai déjà dit moult fois, pour moi, les rock-critics font partie des auteurs les plus originaux et intéressants du paysage littéraire français (et bien évidemment anglo-saxon)). D'autant qu'il sera question dans ces pages (je vous l'annonce) de Lester Bangs mais il est encore trop tôt pour en parler, poursuivons une nouvelle fois. « A publié une vingtaine d'ouvrages dont deux romans, deux recueils de nouvelles, une plaquette de poésie [...] et plusieurs biographies de référence : Serge Gainsbourg (humm), Alain Bashung (HUUMM), Françoise Hardy (mais vous avez dit de pas dire Hardy), Jane Birkin, Téléphone (avant les Insu donc encore portables), Noir Désir (et même Cantat paraît-il mais vous me permettrez de ne faire aucun commentaire à ce sujet). A également écrit un cinquantaine de documentaires pour la télévision et la radio »... Bref, on l'aura compris, c'est du lourd.

Alors autant essayer de faire dans le léger histoire de faire contre-poids.

« Terminus Las Vegas » est un recueil de nouvelles. 10 textes ayant tous (à deux exceptions près) Las Vegas pour toile de fond. Des textes plus réussis que d'autres (c'est la norme pour ce genre d'exercice) et surtout, de bonnes idées. Je dirais même, de belles (et souvent tordantes) trouvailles. Des exemples ? Cet échange épistolaire entre un junkie englué sur le front vietnamien (Lance) et un réalisateur en mal de scénario resté à la maison (Francis...). Au fur et à mesure des échanges, on devine (assez rapidement, il faut le reconnaître, mais ça n'en demeure pas moins excaltant) le futur film dont il est ici question (et où l'on regrette, du coup, qu'aucune attaque de loup-garous extraterrestres n'ait finalement été introduite dans la version finale... à moins que, le personnage de Marlon Brando... vous êtes sûr ?). Autre bon moment, l'ultime « Viva Las Vegas » où l'auteur se lâche complètement, imaginant une enquête improbable à la recherche d'Elvis (le vrai), pas mort, enfin si, mais bon, c'est plus compliqué que ça... fomentée par un certain HP Lovecraft au milieu d'autres héros tout aussi morts que lui (mais pas tant que ça, vous l'aurez compris). Une réussite qui contrebalance une autre tentative de même acabit, moins réussie celle-là (du moins, à mon humble avis), tentant de mettre en scène des dénommés Keith et Mike enregistrant une pub radiophonique...

Autre excellent point de ce recueil, les échos que l'on retrouve d'un texte à l'autre entre le héros de l'un qui devient figurant de l'autre, la création d'une chaîne de restau Tex-Mex qui intervient dans une nouvelle et où les protagonistes d'une autre vont s'approvisionner etc. Ce genre de clins d'oeil trouvant, une fois de plus, son paroxysme dans le final « Viva Las Vegas » ou le Francis (Ford Capuccino) réapparaît et où il est question de Tex-Mex en filigrane (mais pas que). Sans parler de ce running-gag à base Georges « je vends du café » C. que tout le monde reconnaîtra sans peine (et que l'auteur ne semble guère porter dans son cœur).

What else ?

Bref, un excellent moment de lecture, ponctué de trouvailles jouissives et de quelques textes qui méritent, à eux seuls, de franchir le pas (comme cette chanson qui se raconte et se construit au milieu d'interviews de ses principaux interprètes ou ce fait divers que l'on suit à différents niveaux de lecture mais aussi de points de vue).

Extrait :

« Je demandais le divorce après un déjeuner dominical qui relevait davantage de la tentative de meurtre que de la gastronomie : ce jour-là, elle me servit un ragoût assaisonné au verre pilé. J'en fus quitte pour quelques écorchures au palais, mais ma patience avait atteint ses limites. À la suite d'une procédure rondement menée, j'obtins la garde de l'enfant. Les témoignages des voisins plaidaient en ma faveur. Il ne s'en trouva pas un pour brosser un portrait flatteur de mon ex-femme. J'en fus presque attristé. »

« Mrs Kornbluth », p.87.

Présentation (succincte) sur le site de l'éditeur (attention, ce recueil ne sortir que début octobre...)

http://www.paulemike.com/paraitre.php

Titre : Terminus Las Vegas

Auteur : Pierre Mikaïloff

Éditions : Paul & Mike (je ne connaissais pas, je vais creuser même si leur site et la présentation de l'équipe m'a passablement déçu, aucun d'eux ne se prénommant Victor. Tant pis).

Sortie le 13/10/2016.

Rédigé par JP Favard

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