Le peu qu'il nous reste, Laurent Mantese

Publié le 7 Septembre 2016

Le peu qu'il nous reste, Laurent Mantese

Laurent Mantese écrit des nouvelles sombres et des romans étranges (enfin, un seul à cette l'heure mais il en vaut bien plusieurs). Il a participé, en 2015, à la désormais légendaire et d'ores et déjà mythique collection LoKhaLe des éditions La Clef d'Argent (que je ne présente plus, ni l'une, ni l'autre pour les raisons que l'on connaît et si on ne les connaît pas, on est prié de se renseigner. Merci.). Et voilà qu'il écrit aussi des poèmes. J'avoue que je l'ignorais avant de découvrir ce petit opuscule tout juste sorti aux éditions... La Clef d'Argent (ben oui, je sais mais c'est comme ça, je n'y peux rien, faudra vous y faire). Une œuvre sombre portée par une magnifique couverture (mais est-il encore utile de le préciser concernant cet illustrateur ?) de Fernando Goncalvès-Félix. Une succession d'impressions, de réflexions, de dégoûts voire d'énervements. La préface, qui nous fait mieux comprendre ce que peut signifier «titulaire d'une maîtrise en philosophie », place le débat là où il doit se trouver, l'homme détruit tout ce qu'il touche et ne respecte rien et la poésie est là pour le dénoncer (ou, tout du moins : « La poésie n'a guère que son absence de clarté, ou sa clarté très grande, à proposer pour éclairer cette grève livide où vont se fracasser tant de destins. » (extrait de la préface)). Œuvre d'une noirceur intense mais non dénuée d'une certaine luminosité (obscure, certes, mais luminosité tout de même). On sent l'auteur à fleur de peau, réagissant à ce que l'actualité, la vie dans son ensemble lui donne à observer. Car un artiste est avant tout un observateur, quelqu'un qui sait, par un simple pas de côté, voir ce que les autres ne voient pas – ou plus, ou mal, ou pas assez enfin bref. Et ce, le plus souvent pour son malheur. Mais que l'on se rassure, Laurent va bien, va mieux, sans doute, en tout cas, je l'espère. Et ses écrits sont comme autant de bulles envoyées au vent. Qui saura les saisir ? Qui saura les goûter, les apprécier ?

Une expérience que je vous invite toutes et tous à tenter.

La rue

C'est une pauvre rue ouverte à tous les vents

On y parlait jadis à l'angle des croisées

On y dormait on y mangeait on y faisait des rêves

Le ciel était charmant on pouvait crier fort

Sans craindre de gêner

Mais l'hiver est tombé sur nos crânes d'enfants

Ô pauvre, pauvre rue

De ce que tu savais il ne reste plus rien

Les hommes ne voient plus

Leurs bouches sont fanées

Comme des fleurs obscènes

Titre : Le peu qu'il nous reste.

Auteur : Laurent Mantese.

Editions La Clef d'Argent, 75 pages, 9,00 €

Sur le site de l'éditeur (commande en ligne possible, frais de port limités au strict minimum réglementaire : 0,01 € (où que vous soyez)).

http://clefargent.free.fr/lpqinr.php

Rédigé par JP Favard

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