Carnage, Paranoïa et Qui part à la chasse...

Publié le 17 Juillet 2016

Carnage, Paranoïa et Qui part à la chasse...

Une fois n'est pas coutume, cette chronique sera multiple et permettra de faire le lien entre deux maisons d'édition. Folie furieuse me direz-vous ? Sans doute, mais elle est assumée. Et pas totalement incohérente non plus, comme vous pourrez le constater. Tout d'abord, les deux nouveaux opus de chez TRASH éditions... car il est de coutume, cette fois, que chaque nouvelle fournée fasse l'objet d'une mise en lumière ici.

Alors certes, parler de « Carnage » et de « Paranoïa » peut paraître déplacé au vu de l'actualité récente et même plus ancienne (terrible, horrible, dégueulasse). Mais ce dont il est ici question, ce n'est que de fiction et les morts que l'on peut rencontrer au fil de ces pages n'ont jamais rien eu de vivant. Tout ceci n'est que littérature et une fois de plus, c'est la réalité qui est laide, moche, cruelle. Pas l'imagination.

Ceci étant dit et posé, entrons dans le vif du sujet et, par ordre d'apparition, dans le « Carnage » fomenté par un mystérieux fermier fou (Crazy Farmer dans le texte). Voilà qui augure du plus terreux. Du plus brutal. Du plus... campagnard. Et croyez-moi, on n'est pas volé sur la marchandise. Tout commence par deux filles, que l'on devine jolies et visiblement amoureuses l'une de l'autre. Elles viennent tout juste de se marier et d'acheter, pour fêter ça, une ferme à retaper forcément paumée en pleine forêt. Première erreur. La suite n'est qu'un enchaînement, au départ malheureux, quasi accidentel, puis, à mesure que les pages se tournent, de plus en plus douloureux, atroce, abjecte. Un hasard qui débouche sur l'horreur pure avec de nombreux quelques clins d’œil à des genres connus mais sans jamais tomber dans le cliché ou alors, comme pour mieux s'en éloigner (on retrouve ainsi des références chères à notre cœur, comme cette histoire de porc et de cinglé... Avec une délivrance en forme de vengeance... mais je n'en dirais pas plus). A lire en gardant le cœur bien accroché. Preuve s'il en est que ce fermier-là n'a pas volé son qualificatif et qu'au-delà du cliché, ce roman tient ses promesses et le lecteur en haleine jusqu'à sa toute dernière page. Un bon numéro 19 donc. Et qu'en est-il du 20e ?

Christophe Siebert renoue avec la Trash collection puisqu'il s'agit là de sa seconde apparition après le déjà fort éprouvant « Nuit noire ». Ici, une fois de plus, l'auteur ne fait ni dans la dentelle ni dans le détail. Et même si, au début, on a un peu de mal à raccrocher les wagons (mais où diable veut-il en venir ?) cette histoire est aussi troublante que dérangeante (le passage mettant en scène une effroyable secte et son (ses) non moins effroyable(s) gourou(s) en particulier). C'est totalement malsain et, sans l'ombre d'un doute, voulu comme tel et par conséquent assumé. Un vrai morceau de bidoche faisandée transformée en pages nauséabondes dans la plus pure tradition Trash & Gore (ne manque plus que la pastille à gratter pour avoir les odeurs, sans doute une idée à creuser pour les prochains titres à paraître). Une fois de plus, la collection a donc mérité, avec ce titre-là (avec ces deux titres-là), sa mise en garde devenue légendaire : « Pour adultes consentants». A ne pas mettre entre toutes les mains, donc.

Tant que l'on se trouve dans le vilain et le « qui colle aux doigts », une fois n'est pas coutume, je ferai un pas de côté pour traiter, dans le même « article », d'un autre roman et par là même, d'un autre éditeur... les éditions Luciférines en l'occurence, qui proposent, avec « Qui part à la chasse... » de Jérémy Bouquin (je n'ose imaginer qu'il puisse s'agir d'un pseudonyme) un titre qui aurait pu aisément figurer au catalogue des éditions Trash tant il présente une certaine, si ce n'est continuité, tout du moins similitude voire liens de parenté. Ici la viande est encore fumante et de provenance... humaine. Issue de chasses dignes de Zaroff (le comte, pas l'auteur, encore que...), le héros (mais peut-on parler de héros à propos de ce genre d'être abjecte) deale de la viande provenant de ses semblables, achète et revend, fournit d'abominables jouisseurs qui n'ont plus de gastronomes que le nom et les airs qu'ils veulent bien se donner. Et comme la chair est de plus en plus malsaine, c'est bien connu, c'est du bio que l'on veut. Du pur, du élevé au grain, en pleine nature, sans conservateur ni adjuvant... commence alors une lente descente aux enfers au propre comme au figuré. Ça se lit d'une traite (le format lui-même rappelle les éditions TRASH même si le texte est plus simple, plus "linéaire"). Bref, un livre à conseiller à tous ceux et celles que la fournée 2016 de TRASH aura frustré d'un titre (ndr : d’habitude, il y en a trois à chaque fois). Un bon palliatif pour avoir sa dose de malsain à moindre frais en attendant... les sorties suivantes (et un autre éditeur à suivre de près, les Luciférines). Pour le meilleur et surtout pour le pire (mais dans le bon sens du terme évidemment)...

Titre : Carnage

Auteur : Crazy Farmer

Éditions : TRASH éditions, 149 pages, 7 € (format poche).

Lien vers le site de l'éditeur :

http://trasheditions.wix.com/trasheditions#!product/prd1/4526182961/carnage

Titre : Paranoïa

Auteur : Christophe Siebert

Éditions : TRASH éditions, 149 pages, 7 € (format poche).

Lien vers le site de l'éditeur :

http://trasheditions.wix.com/trasheditions#!product/prd1/4526183251/parano%C3%AFa

Titre : Qui part à la chasse...

Auteur : Jérémy Bouquin

Éditions : éditions Luciférines, 171 pages, 12 € (moyen format).

Lien vers le site de l'éditeur :

http://editionsluciferines.com/catalogue/qui-part-a-la-chasse-jeremy-bouquin/

Carnage, Paranoïa et Qui part à la chasse...

Rédigé par JP Favard

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