Artikel Unbekannt - TRASH éditions - interview exclusive.

Publié le 17 Juin 2016

Artikel Unbekannt - TRASH éditions - interview exclusive.

A l'occasion de la sortie de Carnage et de Paranoïa, les deux nouveaux titres de la collection TRASH, Artikel Unbekannt a accepté de répondre à quelques-unes de mes questions. L'occasion d'en savoir plus, sans langue de bois et avec de vrais morceaux de bidoche dedans. Attention, exclusivité(s) !

Monde de Matéo (MdM) : Bonjour Artikel, tu es un des deux créateurs/fondateurs (avec Julien Heylbroeck) des éditions TRASH. Peux-tu nous en dire plus quant à votre motivation initiale ? Qu’est-ce qui vous a poussé à commettre pareille infamie ? N’avez-vous pas honte ?

Artikel : La motivation initiale, elle est très simple : Julien et moi sommes des admirateurs de la collection Gore, et à nos yeux il était inacceptable de ne plus trouver ce genre de bouquins en France. Donc ce qui nous a poussés à nous lancer, c’est d’abord une espèce de frustration. Mais aussi, et surtout, l’envie de prouver qu’on pouvait encore en 2013 proposer une littérature radicale, sale, intransigeante et outrageante. Et comme personne d’autre ne semblait résolu à mettre ses tripes sur la table, on a décidé de le faire nous-mêmes. Sans honte ni vergogne, mais sans pour autant oublier tout ce qu’on devait à la collection Gore.

MdM : Vous sortez votre vingtième volume ce mois-ci. Avec un rythme, jusqu’à présent, de six titres par an (deux salves de trois), on peut dire que ce projet est un succès (de nombreuses collections ne sont jamais parvenues à un tel résultat). Comment trouvez-vous vos auteurs ? Comment sélectionnez-vous les titres que vous décidez de publier ? En un mot comme en cent, existe-t-il un profil type d’auteur TRASH ?

Artikel : Je ne sais pas si on peut vraiment parler de « succès ». Bien qu’on ait jusqu’ici réussi à maintenir un rythme de parutions régulier, nos ventes sont très modestes. Donc oui, avec vingt romans publiés, c’est vrai qu’on a dépassé des collections apparentées comme Maniac, Apocalypse et Angoisses, mais on reste à des années-lumière des résultats de Gore. Autres temps, autre mœurs, semble-t-il. Pour ce qui est des auteurs, c’est assez varié. Certains appartiennent à une sorte de « réseau » préexistant gravitant quelque part entre Le Carnoplaste et Rivière Blanche. Ce sont des auteurs avec lesquels Julien et Robert Darvel avaient déjà travaillé, et dont nous connaissions le talent. C’était donc assez naturel de poser les bases de la collection avec eux. Ensuite, il y a ceux qui nous ont sollicités de façon spontanée. Il y a aussi des rencontres lors de salons, qui parfois permettent à certains projets de naître. Les titres se sélectionnent donc d’eux-mêmes, si j’ose dire. En résumé, une fois que l’auteur est choisi et son projet validé, on lance la machine, hormis dans les cas où un roman nous est proposé déjà terminé et qu’on décide de le prendre. Mais c’est assez rare, parce qu’on est fermés aux soumissions. Ceci dit, on ne s’interdit pas non plus une trouvaille, un coup de cœur ou un imprévu de temps en temps. Et puis, certains sont assez malins pour réussir à passer entre les mailles du filet. Enfin, il y a des auteurs qu’on ne saurait refuser…

MdM : Tu as toi-même signé, sous un pseudo cynogermanique, un des titres de la collection. Pourquoi un seul ? (alors que le sieur Heylbroeck ne s’est pas privé de récidiver, le coquin).

Artikel : Je n’ai pas récidivé pour tout un ensemble de raisons. La première, et la plus importante, est que TRASH n’a rien à voir avec l’autoédition. Je veux dire par là que je n’y suis pas prioritaire. Au contraire. Et puis, quand on a démarré, même si on avait déjà l’accord d’un certain nombre d’auteurs pour la suite de l’aventure, on n’était que trois sur la ligne de départ. Julien, Robert et moi. Avec déjà des concepts précis, des idées, voire même des bouts de trucs déjà écrits. C’est dans ces conditions que j’ai soumis Bloodfist à mes complices. Et je ne serais jamais passé en force s’ils n’avaient pas validé le projet tous les deux. Autre chose : le Schweinhund est davantage un cobaye qu’un auteur. C’est une créature « accidentelle », dont je me suis servi pour tenter une expérience. Et je l’ai longtemps considéré comme un one-shot, parce que les projets d’avenir, ça ne correspond pas vraiment à mon tempérament. Enfin, je crois que le format court me convient mieux. En tout cas, il m’est plus naturel, puisque j’ai écrit depuis dix ans un certain nombre de nouvelles sous mon autre pseudonyme.

Le cas de Julien est très différent. Lui, c’est un véritable auteur. Outre ses vingt nouvelles publiées, le gaillard a quand même écrit la bagatelle de dix romans. Parce qu’en plus de ses deux TRASH, il a signé quatre fascicules pour le Carnoplaste, Stoner Road chez Actusf et le dernier Vodianoï chez OVNI. Et il a encore deux autres romans en recherche d’éditeur. De plus, Pestilence et Garbage Rampage sont très différents l’un de l’autre. D’où le fait que Julien les a signés sous deux pseudonymes distincts. Donc oui, il s’agit bien d’un retour, mais honnêtement, je pense qu’il est difficile de comparer Degüellus et Julian C. Hellbroke. D’ailleurs, Julien n’est pas le seul à avoir récidivé : Brice et Christophe ont aussi deux titres au catalogue. Mais là encore, la situation est particulière, parce que Silence Rouge et Nuit Noire étaient des rééditions. En fin de compte, seul ce diable de Zaroff a signé deux inédits sous le même pseudo. Mais deux ans séparent Night Stalker de Bayou, car nous avons pris dès nos débuts la décision de limiter les retours, tout en les espaçant autant que possible. Avec seulement six titres par an, c’était important pour maintenir une nécessaire diversité.

MdM : Au-delà du gore, du trash et de l’odieux, as-tu d’autres passions dans la vie ?

Artikel : J’en ai plusieurs, en effet, et je crois qu’on peut les percevoir dans certains de mes textes. Alors pour commencer : le cinéma de genre/d’exploitation. Giallo, Poliziotteschi et Gothique italien en tête. Sinon, Jess Franco et Jean Rollin. Et la Shaw Brothers. Et Dolph Lundgren.

En comics, le label Vertigo, avec des séries comme Hellblazer, Sandman, Les Invisibles, Preacher et Transmetropolitan. Et toutes les BD scénarisées par Alan Moore. Et Garth Ennis.

Quant à la musique, je suis un electro-freak. EBM, Indus, Dark-Electro, Power Electronics. Donc Front 242, Death In June, The Klinik et Genocide Organ. Et des dizaines d’autres.

En littérature, Fantastique et Noir, pour l’essentiel. Donc, en gros, de Poe et Lovecraft à Manchette et Fajardie en passant par la collection Angoisse. Et Les Chants de Maldoror.

MdM : Le démembrement de jeunes éphèbes est-il vraiment, selon toi, appelé à devenir un sport olympique ? Faut-il le souhaiter ?

Artikel : Bon, déjà, je tiens à préciser que TRASH n’est absolument pas sectaire. Nous ne haïssons que les cons. Par conséquent, je ne vois pas du tout pourquoi il faudrait se contenter de démembrer les jeunes éphèbes. Ni pourquoi il faudrait réserver cette discipline aux seuls jeux olympiques. Pour autant, TRASH ne souhaite rien, et ce pour une raison très simple : des gens qui en démembrent d’autres, ça existe depuis la nuit des temps, et ça existera toujours, qu’on le veuille ou non. Pas besoin de nous pour savoir que la réalité dépasse la fiction.

MdM : En tant que (co)directeur de collection, si tu pouvais commander un texte à un auteur (vivant) de ton choix, lequel aimerais-tu vraiment publier ?

Artikel : Nécrorian.

MdM : Même question mais avec un auteur mort cette fois.

Artikel : Corsélien.

MdM : La première livraison de 2016 ne compte que deux titres, au lieu des trois habituels… faut-il y voir une perte d’inspiration des trasheurs ou, ce qui serait encore plus inquiétant (encore que, c’est à voir), le résultat d’une situation que je ne qualifierai pas de désespérée mais… tout de même un peu inquiétante ?

Artikel : Il n’y a aucune perte d’inspiration de la part des trasheurs/sheuses, je te rassure. L’envie est toujours là, et on a encore de nombreux projets dans les tuyaux. Pour autant, c’est vrai que la situation est préoccupante. Ni désespérée, ni inquiétante, juste préoccupante. L’indépendance a un prix, et on commence à toucher du doigt les limites du système. Alors on réfléchit. Plusieurs pistes sont à l’étude, dont une pourrait se révéler très intéressante. Plus de détails à la rentrée si tout se passe bien. Mais dans l’état actuel des choses il est trop tôt pour en dire plus, et nous préférons nous concentrer sur les sorties de Carnage et Paranoïa.

MdM : Il ne me reste plus qu’à te remercier et à te poser LA question qui permet à l’interviewer de se croire original alors qu’il ne l’est pas : existe-t-il une question que l’on ne t’aie jamais posé et à laquelle tu souhaiterais, depuis toutes ces années, répondre ? Si oui, laquelle ? Si laquelle, tu peux y répondre.

Artikel : Alors il y a bien une question qu’on ne m’a jamais posée, et comme je me la pose moi-même depuis des années, je vais profiter de l’occasion pour faire un peu de teasing en y répondant. Donc : « Pourquoi, à ton avis, un auteur aussi brillant que Pascal Marignac (Kââ/Corsélien) n’est-il plus réédité depuis si longtemps ? » Réponse : « Parce que depuis la mort du Fleuve Noir, il n’existe plus en France aucun « gros » éditeur capable et désireux de valoriser notre patrimoine littéraire populaire. Et c’est une putain de honte. Mais la situation va changer. Bientôt. Très bientôt. Surveillez le catalogue de Rivière Blanche à la rentrée. »

MdM : Merci à toi, à vous, pour l’ensemble de votre œuvre, passée et bien évidemment à venir. Car le Trash ne peut pas mourir, l’actualité, chaque jour, nous le prouve s’il en était besoin. Bonne continuation et… au plaisir.

Artikel : C’est moi qui te remercie, au nom de TRASH. Pour ton indéfectible soutien depuis nos débuts, et pour cette belle tribune que tu nous offres. Excellente continuation à toi aussi.

Pour mémoire, les éditions TRASH propose une littérature de genre pour adultes consentants et vous pouvez trouver tous leurs ouvrages sur leur site, à l'adresse suivante :

http://trasheditions.wix.com/trasheditions#!boutique/c12gi

A ne pas mettre entre toutes les mains mais à déguster d'urgence (même si on est un vegan forcené).

Rédigé par JP Favard

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Julien H 12/07/2016 14:30

Merci pour ce coup de projo sur le collègue et sur notre collection, amigo.

Zaroff et l'infâme Léonox 19/06/2016 08:39

Très belle interview qui rend honneur à l'écurie TRASH. Un gros merci.