Entretien avec le diable, Olivier Barde-Cabuçon.

Publié le 9 Avril 2016

Entretien avec le diable, Olivier Barde-Cabuçon.

Le commissaire aux morts étranges est de retour ! Affaibli, amoindri (le retour de Venise s'est mal passé, la traversée des Alpes l'a rendu aveugle, heureusement, son père, le moine hérétique, est là, veille et le guide... et lui, en profite pour développer ses autres sens en attendant de recouvrer la vue (sa cécité ne devrait être que temporaire, rassurez-vous mesdames)).

Faisant halte dans un village perdu, au cœur d'une vallée efflanquée et désolée, les deux hommes sont confrontés à l'irrationnel. Au terrifique. A l'angoissant. Bref. Une jeune fille est possédée par le démon. Un père supérieur meurt après avoir tenté un premier exorcisme. Cet autre se fracasse le crâne en rentrant de la taverne. Et celui-ci... Une forêt voisine, recèle son lot de secrets et de mystères. Un médecin aux mœurs plus que douteuses et aux manières... Une taverne remplie de clients à la main leste et aux manières... Il n'en faut pas plus pour dresser un tableau plein d'effroi où le moine nage en eaux troubles et entretien avec le Malin une bien étrange conversation.

Si l'on devait trouver des familiarités avec des œuvres connues, trois viendraient spontanément à l'esprit. Et lorsque je vous aurai dit lesquelles, vous comprendrez que l'on tient là un sacré (bon) moment de lecture. Tout d'abord, le plus évident, notamment dans sa scène d'ouverture, « L'exorciste ». Olivier Barde-Cabuçon d'ailleurs s'en vante ouvertement, ou plus exactement ne s'en cache pas, usant d'un langage outrancier pour la possédée, décrivant sa manière d'être entravée, attachée sur son lit, de jurer, d'inviter à l'étreinte brutale, aux... Plus qu'un clin d’œil, une référence qui sert davantage d'ellipse que de véritable description (inutile d'insister ou de trop développer, en quelques phrases les choses sont dites et le décor est planté. On se retrouve immédiatement en pays connu). « Le nom de la Rose » ensuite. Car il y a cette étrange et obsédante abbaye plantée, telle une menace sombre, au-dessus du village. Elle renferme, on le sent immédiatement, bien des secrets elle aussi. Et puis il y a ce novice, beaucoup trop beau et surtout trop pur. Ce prieur, pour le moins inquiétant. Et ce moine-relieur, invisible mais dont on entend parler tant sa renommée est grand mais que l'on ne voit pas, que l'on devine... Enfin, pour ce qui est du village à proprement parlé et de ses habitants, on ne peut s'empêcher de songer au « Sleepy Hollow » de Tim Burton. Une ambiance sombre, moite, suintante, emplie de non-dits et de désirs frustrés. Poisseuse. Un monde où Volnay et son père font tâche et intriguent, mènent l'enquête, se frottent au plus sordide. Vous ai-je dit qu'il y avait aussi des bûcherons dans la forêt ? Une dame blanche et un loup ?

D'une écriture très classique mais non moins efficace, cette enquête se déroule donc en de multiples terrains connus. Mais elle n'en oublie pas, pour autant, de demeurer unique et par là même, originale. Un beau tour de force car, comme le disait Hitchock, mieux vaut partir d'un cliché que d'y arriver. Et si le cliché affleure parfois, l'auteur sait toujours le tourner à son avantage, comme pour mieux se jouer et de son histoire et de ses lecteurs. Et lorsque l'on referme le livre, d'autres questions sont posées. Comme si tout cela n'était en fait qu'une pose, un interlude.

A recommander vivement aux amateurs de textes aux ambiances « gothiques » mettant en scène des personnages fortement marqués, plongés dans des ambiances forcément marquantes. Une réussite qui, je n'en doute pas, devrait permettre à son auteur de récolter de nouveaux prix (pour mémoire, les précédents volumes des enquêtes du commissaire aux morts étranges, pour la plupart désormais disponibles en format poche aux éditions Babel : « Casanova et la femme sans visage » (Prix sang d'encre 2012), « Messe Noire » (Prix Historia du roman policier 2013), « Tuez qui vous voulez », « Humeurs noires à Venise »).

A noter enfin, si vous êtes amateur d'Histoire (celle que l'on écrit avec un « H » majuscule) et/ou de romans épiques (en format poche, plus de 750 pages tout de même !), vous pouvez également découvrir l'épopée Napoléonienne dans toute sa gloire, sa déchéance et ses tristes réalités, au travers du regard de soldats hauts en couleurs et pour le moins attachants (ainsi que d'une jeune et charmante infirmière pratiquant l'amputation comme personne). Ça s'intitule « Les adieux à l'Empire » et c'est sorti chez Babel (la collection poche des éditions Actes Sud). Personnellement, je vous avoue ne pas avoir d'attirance particulière pour l'empereur et ses prétendus exploits (comme on dit) mais j'avoue que ce livre... m'a permis d'en apprendre beaucoup sans jamais m'ennuyer (même si, et ce doit être fait exprès, l'accumulation de tripes et de boyaux finit par étouffer un peu et que l'on finit, aussi, par confondre les batailles et les front tant ils se succèdent et se ressemblent).

Titre : Entretien avec le diable.

Auteur : Olivier Barde-Cabuçon.

Éditions : Actes Sud, 360 pages, 22,50 € (également disponible en e-book).

Rédigé par JP Favard

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