Céline Maltère, l'interview.

Publié le 23 Mars 2016

Céline Maltère, l'interview.

Alors que sort tout juste aux éditions La Clef d'Argent, « Le Cabinet du Diable », troisième titre de la collection LoKhaLe, Céline Maltère, son auteure, répond à quelques questions. Une bonne occasion de mieux la connaître et d'en savoir (un peu) plus à propos de son roman.

Bonjour Céline, première question forcément attendue et sans la moindre originalité (tu m'en vois foncièrement désolé) : peux-tu te présenter en quelques mots (ou plus, si tu le souhaites) ?

J’ai laissé par erreur une photo de moi sur le site de La Clef d’Argent, mais c’est un très bon profil et je ne le regrette pas ! Je suis professeur de lettres classiques et j’enseigne en Auvergne, plus particulièrement dans l’Allier. J’aime transmettre mon goût de la lecture et du latin à mes élèves.

J’écris depuis mon plus jeune âge, et avec une régularité de plus en plus grande au fil des années. Pas un jour sans écrire, on pourrait résumer les choses ainsi.

En peu de temps, tu as publié de nombreux textes chez plusieurs éditeurs (plutôt en format court). Peux-tu nous en dire plus quant à ton univers, à tes principales sources d'inspiration ?

En effet, j’ai publié récemment deux recueils hybrides, mélangeant nouvelles, micronouvelles et poésies chez Sous la Cape. Mes inspirations se nichent un peu partout : quelque chose que j’ai vu ou pensé une nuit, au cours d’une promenade, en travaillant, qui va prendre de l’ampleur et que je vais vouloir fixer par écrit. Forcément et indirectement, mes lectures sont le terreau de tout cela. De nombreuses idées doivent venir de ce que j’ai accumulé au cours de ma vie de lectrice. Par exemple, dans Les Cahiers du sergent Bertrand, c’est Edgar Poe, l’un des auteurs que j’ai beaucoup lu, qui s’est imposé dans la première nouvelle.

J’aime aussi travailler à partir d’images. Dans La Grotte aux Nouilles, j’ai été paradoxalement l’illustratrice des toiles de Jean-Jacques Gévaudan ! En partant de ses tableaux, je me suis laissée envahir par l’esprit du peintre, et nous avons établi une « relation médiumnique ».

Le format court me donne des libertés ; il me permet de développer un mode d’écriture qui me convient parfaitement : prolonger, par échos, les textes ; entrelacer les idées sous différentes formes. Revenir, finalement, à l’étymologie du mot « texte » qui fait référence au tissage, à la trame…

J’envisage l’écriture comme une fixation des souvenirs, du moindre au plus fort. C’est une manière de lutter contre le temps, même s’il est banal de dire cela… J’ai écrit il n’y a pas longtemps dans Vénus 13, un recueil, que ma devise, c’est « Ars longa, vita brevis », et cela rend parfois un peu frénétique, obsessionnel.

La Maison Mantin, autour de laquelle ton texte Le Cabinet du Diable s'articule semble être un lieu vraiment très étonnant. Comment l'as-tu découvert ?

J’ai toujours vécu non loin de la Maison Mantin, étant originaire de Moulins mais, comme les camarades de Lisebeth Retamen, je n’y prêtais pas attention. Plus tard, on a commencé à parler de cette demeure, alors qu’elle allait être rénovée en vue d’une ouverture au public. Dès que j’ai entendu cette histoire des cent ans et du temps qui se fige, j’ai été intriguée ! La Belle au Bois dormant existait !

C’est un lieu très étrange. Il faut y aller en jouant le jeu, en se disant qu’on pénètre dans un passé préservé, être à l’affût des détails et se laisser porter par l’âme de Louis Mantin.

J’aime les maisons, les objets, et je collectionne moi-même. Le lieu de vie, comme pour Mantin, est un prolongement de soi. On ne s’entoure pas de choses anodines si l’on veut bien vivre.

On sent que tu as mis un peu (beaucoup ?) de toi dans ce texte et on se dit que la fascination qu'éprouvent tes personnages pour ce lieu étrange doit être un peu la tienne aussi... se trompe-t-on ?

Dans ce roman, j’ai mis en effet beaucoup de moi, comme dans tout ce que j’écris. Je n’ai rien de commun avec Louis Mantin et pourtant, j’en ai fait une sorte de double : son goût pour le bizarre, sa fascination pour les objets, son côté reclus. J’ai voulu en faire un personnage touchant et sentimental (je lui fais même lire Charlotte Brontë, je ne sais pas ce qu’il en aurait pensé…) ; il est toujours amoureux de la même femme, son unique maîtresse, il est passionné de lecture. Le Cabinet du Diable est un livre sur le temps qui passe, les souvenirs, les moyens de lutter contre la mort. C’est aussi une réflexion sur les objets. Et mon Diable est loin d’être un Satan ! Qui voudrait lire un Rosemary’s baby ferait fausse route ; on est plus proche de l’esprit romantique dans ce roman. « Diabolein », en grec, c’est diviser. Sans en dire davantage, le lecteur verra comment je joue avec cette étymologie lorsque je mets en scène ce personnage nommé Sire Edax.

Ce roman repose sur un lieu existant réellement. Un de tes précédents ouvrages, Les Cahiers du Sergent Bertrand s'appuyait sur un personnage, fort peu recommandable je dois le dire et ayant, lui aussi, réellement existé. A chaque fois, tu insuffles dans ce « réel » une forte dose d'imaginaire, non dénué d'une certaine poésie. Est-ce là une volonté de ta part ou ta plume te guide-t-elle, presque malgré toi, en ces territoires ?

C’est exactement comme cela que je considère l’écriture : elle doit rehausser le réel, le trans/dé-former, en faire quelque chose d’autre, en plus beau ou plus laid, d’ailleurs. Dans Les Cahiers du sergent Bertrand, on peut dire que je raconte l’histoire d’un nécrophile du XIXème siècle, mais il ne faut pas croire que je me complais dans des détails macabres et malsains. Les personnes qui l’ont lu, très différentes, n’ont pas du tout été choquées même si l’a priori pouvait être négatif avant d’ouvrir ce livre. Elles avaient peur qu’on déterre les cadavres ensemble, et bien davantage… Ce qui m’a plu, c’est de parler de ce François Bertrand avec une distance littéraire. Les poèmes permettent de circonscrire mon sujet et de le polir. Jamais je ne pourrai écrire un texte ou un roman sans y mettre cette distance dont je parle. Je ne vois pas l’intérêt de raconter de manière brute le quotidien. Il faut donner quelque chose de plus au réel. J’ai écrit plusieurs romans, et même les plus personnels passent par le prisme de la fiction. La poésie ne peut pas être absente de la prose, que ce soit dans le sujet ou dans l’écriture. C’est sans doute pour cela aussi que j’ai besoin de mélanger les genres, même à l’intérieur d’un roman.

Je sais que tu travailles actuellement sur un autre roman, également à paraître aux éditions La Clef d'Argent (un triptyque me suis-je laissé dire). Peux-tu nous en dire un peu plus à son sujet ?

Les Corps glorieux est le premier volet d’une trilogie. J’ai créé un monde autour de trois reines, prenant pour base d’écriture les romans de chevalerie que j’aimais beaucoup lire autrefois (et que je lirais encore avec plaisir). Leur père leur a donné à chacune une terre. La particularité de ces romans, c’est que j’ai voulu inverser les valeurs : ce sont les femmes qui règnent, qui décident, et leur père les a d’ailleurs élevées ainsi, allant jusqu’à leur interdire de fréquenter amoureusement les hommes. Le premier tome raconte les aventures de la cadette, Kationa : elle a perdu la femme qu’elle aimait passionnément et cette perte lui fait traverser de nombreuses aventures, jusqu’à l’éventuelle guérison. C’est la quête de l’amour perdu. Les suivants auront chacun une couleur et un thème différent, lié au caractère de l’héroïne (dans le 2, c’est une lutte pour arrêter le Temps, véritable personnage, dans un monde très animal ; dans le 3, une réflexion sur les sciences, la création et la procréation). Et nous aurons, je crois, de très belles couvertures… !

D'autres projets en cours ? D'autres envies ?

J’ai énormément de projets ! Après la sortie, en avril, de Scènes d’esprit et autres nouvelles aux Deux Crânes, je vais poursuivre l’écriture des micronouvelles Canines et flores. J’ai aussi plusieurs recueils de nouvelles en cours, et je vais m’occuper d’une autre trilogie romanesque, déjà écrite et que j’aimerais beaucoup voir paraître. Je compte aussi présenter mes livres dans divers salons, et je travaille à la rédaction d’un article sur Violette Leduc pour un colloque qui se déroulera en juin. Je me replonge bientôt dans l’écriture d’un roman, sûrement d’inspiration LoKhaLe, car « une histoire se déroule forcément quelque part »… Aurai-je assez de temps pour tout cela ?

Titre : Le Cabinet du Diable.

Auteur : Céline Maltère (suivi de « La Maison Mantin, un héritage révélé », article de Maud Leyoudec).

Editions : La Clef d'Argent, 114 pages, 6 €

Et comme toujours, il suffit de cliquer sur l'image de couverture pour se retrouver, par magie, sur la page dédiée de l'éditeur.

Rédigé par JP Favard

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