Annihilation, Jeff Vandermeer.

Publié le 18 Mars 2016

Annihilation, Jeff Vandermeer.

Bon, je l'avoue, je ne connaissais pas Jeff Vandermeer et je n'avais jamais entendu parler de la trilogie du Rempart Sud avant d'ouvrir ce livre. Et je serai encore plus franc en vous disant que l'argument « dans la droite ligne de « Lost » » n'a sur moi que peu d'effet (voire, fait naître une certaine crainte). Mais bon, si des gens comme Stephen King et Warren Ellis en disent du bien... et qu'Alex Garland, auteur du remarquable « La plage » (le livre, pas le film) et devenu depuis lors réalisateur s'est mis en tête d'en faire l'adaptation pour le grand écran...

« Annihilation » sort ces jours-ci au Diable Vauvert (Le Diable Vauvert, raison n°4, voir les trois premières ci-dessus). D'entrée de jeu, on est plongé dans une sorte de sous-monde ou de monde parallèle, enfin bref, au cœur d'un autre lieu, avec ses propres règles et surtout son propre biotope. La biologiste (ici, les personnages se déterminent par leurs fonctions, aucun nom n'est jamais prononcé) est envoyée sur place avec une anthropologue, une psychologue et une géomètre (rien que des femmes, bonne idée n°1). On va la suivre, en tant que narratrice, au grès de ses découvertes et on va peu à peu comprendre les raisons qui l'ont poussée à se porter volontaire (quelques flash-back mais pas trop, on est donc, à la fois proche du fameux « Lost » mais également éloigné en ce sens que l'écueil de l’amoncellement de personnages est évité, ce qui est une très bonne chose selon moi (bonne idée n°2)). Bien entendu, la carte qui leur a été remise au départ n'est pas très complète. Et très vite, elles découvrent la présence d'une sorte de tour (seule la biologiste tient à la nommer ainsi, les autres préférant le terme de « tunnel » à son sujet) qui n'y figure pas. Une tour inversée, qui s'enfonce dans le sol et qui... renferme quelque chose (elle le nommera le « rampeur » même si l'on s'aperçoit que le terme est peut-être mal choisi (ce qu'elle reconnaît d'ailleurs elle-même)). Des membres de l’expédition disparaissent bien entendu (on pouvait s'y attendre)... alors que les traces des précédentes expéditions, elles, remontent à la surface. Autre bon point à ajouter au crédit de l'auteur (bonne idée n°3, ça commence à en faire), il accorde une large place au doute et au questionnement. L'aspect psychologique du personnage, confronté à un monde qu'il (elle) ne s'explique pas est particulièrement réussi. On la suit, de découverte en découverte. Comme ces traces de combats, sur le phare, ou ces phrases énigmatiques qui recouvrent les murs du prétendu « tunnel » ou ce tas de XXXXX cachés sous un XXXXX dans le XXXXXX.

Trop en dire serait dénaturer le plaisir que l'on peut éprouver à la lecture/découverte de ce livre/lieu étrange (je me garderai donc bien de vous le gâcher en en disant trop). Car il s'agit-là vous l'aurez compris, d'une vraie, belle et surtout bonne surprise. Avec un style particulièrement bien adapté, ce qui ne gâche rien. Ni trop lent, ni trop rapide, sachant ménager ses effets, faire partager aux lecteurs les affres de la narratrice, ses doutes, ses angoisses.

Reste à découvrir à présent les deux autres volumes. Et là se pose à nouveau LA fameuse question, à savoir : le dénouement sera-t-il à la hauteur des espoirs qu'on a pu y placer ? Il est encore trop tôt pour le dire. Mais une chose est certaine, en revanche : l'attente, elle, a bel et bien débuté.

Extraits :

« Je vais y aller en premier, histoire de voir ce qu'il y a là-dessous », a fini par dire la géomètre, à qui nous nous en sommes remises avec plaisir.

La courbe de l'escalier était si prononcée et les marches si étroites qu'il fallait descendre à reculons. Nous avons ôté les toiles d'araignées avec des bâtons et la géomètre s'est accroupie au sommet des marches. Elle est restée là en équilibre, son fusil en bandoulière, les yeux levés vers nous. Avec ses cheveux attachés sur la nuque, elle avait les traits durs et tirés. Était-ce le moment où nous étions censées l'arrêter ? Proposer un autre plan ? Si c'est le cas, aucune de nous n'en a eu le courage ».

Page 26

« Trop près du centre d'un mystère, on n'arrive pas à prendre du recul pour en voir la forme globale. »

Page 148

« Si j'avais pu mettre la main sur mon pistolet, je crois que je me serais tiré une balle dans la tête... et que je l'aurais fait avec joie. »

Page 171

« Peut-être est-ce une créature vivant en symbiose parfaite avec une foule d'autres créatures. Peut-être est-ce « seulement » une machine. Mais dans un cas comme dans l'autre, si la chose est intelligente, son intelligence est très différente de la nôtre. »

Page 218

Titre : Annihilation (la trilogie du rempart sud 1).

Auteur : Jeff Vandermeer.

Éditions Le Diable Vauvert (222 pages, 18€).

Rédigé par JP Favard

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