Chemins de fer et de mort, anthologie d'imaginaire ferroviaire.

Publié le 8 Février 2016

Chemins de fer et de mort, anthologie d'imaginaire ferroviaire.

Je n'ai pas pour habitude de chroniquer les anthologies dans lesquelles figure un de mes textes (par fausse modestie sans doute, je me sentirai obligé de trouver ma production moyenne voire passable or je m'y refuse car, comme chacun le sait, je ne fais que dans le formidable (et d'ailleurs, c'est une nouvelle fois le cas ici, autant que vous soyez prévenus)). Non, je n'ai pas cette fâcheuse habitude. Et pourtant.

Pourtant, comme dans le cas de n'importe quelle décision irrévocable, j'ai décidé de passer outre et de me livrer à une critique en bonne et due forme. C'est comme ça. Vous n'y pouvez rien. Et c’est parti.

Chemins de fer et de mort est, comme son sous-titre l'indique, une anthologie d'imaginaire ferroviaire. Le train, quelque soit sa forme, qu'il soit nucléaire ou à vapeur, roule sur terre ou vole dans la stratosphère, est ici un sujet au-delà d’un simple élément de décor. Les auteurs en lice (dont certains au patronyme pour le moins prestigieux), s'en sont visiblement donné à cœur joie. Un vrai bonheur de lecteur en tout cas (et là, je suis sincère).

JP Andrevon, pour commencer, nous livre un inédit dans le plus pur style Andrevonnien. Et même si on s'attend à la fin, ça marche quand même et on se laisse happer avec volupté. Puis vient le tour de Patrice Dupuis. Si son texte n'est pas complètement inédit (déjà paru dans un recueil publié à la Clef d'Argent), il n'en demeure pas moins glaçant et on le retrouve (ou le découvre) avec un réel plaisir mêlé de malaise. Tout commence pourtant on ne peut plus tranquillement. Un voyage dans un pays lointain, une barroudeuse assise dans un train en face d'un étrange personnage au regard fascinant et au reste du visage dissimulé sous un foulard de touareg et puis... Mon texte vient ensuite. Il s'intitule « le train des ouvriers » et prend la forme d'un hommage à Stephen King (et c'est tout ce que je vous en dirai). Puis viennent deux textes, courts. Le premier, signé Philippe Gindre (pas totalement inédit non plus et mettant en scène nos compères enquêteurs de l'étrange, les inénarables Coolter & Quincampoix et rien que pour ça...) ce qui me fait dire, une fois de plus, que ce bougre d'éditeur ferait bien de prendre la plume pour continuer à nous enchanter comme c’est ici le cas et l’autre, dû à la plume de Philippe Gontier, lequel n'est autre que l'anthologiste du présent recueil et qui nous livre ici un récit emprunt de nostalgie mettant en scène une gare désaffectée... enfin, à première vue. Le texte suivant, signé François Fierobe, est, disons le tout de suite, un de mes préférés. Même si le rebondissement final gâche un peu le plaisir premier jusqu'à ce que ce rebondissement rebondisse à son tour et ne fasse renaître le sourire qui venait à peine de nous quitter. Du grand art en forme de boutade. Stéphane Mouret (partie unitaire du duo bicéphale Mouret-Sorre, auteur du fameux Club Diogène (et dont on apprend au passage qu'un nouveau volume devrait sortir, pour notre plus grand plaisir, aux éditions Malpertuis dans le courant de l'année), Stéphane Mouret, donc, livre ensuite un vrai, un pur moment de bonheur. Fin et diablement bien écrit. Et là encore, si on devine la fin avant qu'elle ne survienne, le sentiment du lecteur n’est pas la déception mais plutôt l'espoir (que ça se termine bien comme il le souhaite…). Vous comprendrez lorsque vous le lirez (car vous le lirez, vous n'avez plus le choix à présent). Un autre de mes textes préférés de cette anthologie (de toute manière, c'est bien simple, je les aime tous. Mais j'en préfère certains, ce qui est bien naturel. Celui-ci en fait donc partie). Bruno Pochesci...

Bruno.

Pochesci.

Que dire que vous ne sachiez déjà ? Nouvelliste fécond, le bonhomme a pour habitude de ne jamais rien prendre au sérieux. Et de mettre cela en scène afin de mieux nous en faire profiter. Une fois encore, tout cela n'est peut-être pas très sérieux mais plus profond qu'on le croit. Et son style, plus épuré que d'habitude, gagne, à mon sens, en intensité. Pas une de mes préférées mais pas loin. Timothée Rey... là encore, pas une de mes préférées, mais presque. Mais cette fois-ci, c’est entièrement de ma faute (et non de la sienne). Car il faut que je vous dise : je ne suis pas fan-fan des histoires de SF. Et j'ai un peu de mal avec les textes qui introduisent trop de termes inventés (sur le mode « fantasy »). Bref, j'ai dû m'y reprendre à deux fois pour en venir à bout (j'ai honte mais c'est comme ça). Le texte de Timothée Rey est une véritable plongée SF à bord d'un train navigant en apesanteur et attaqué par des entités abjectes et défendu par des moussaillons débrouillards. C'est vif, c'est enlevé, ça fouette cocher dans tous les sens du terme. A tel point qu’on en sort hors d'haleine et même un peu déboussolé. Jérôme Sorre (partie unitaire du duo bicéphale Sorre-Mouret, auteur du fameux Club Diogène (et dont on apprend au passage qu'un nouveau volume devrait sortir, pour notre plus grand plaisir, aux éditions Malpertuis dans le courant de l'année (bis et youpi)), Jérôme Sorre, donc, nous livre ensuite un récit glaçant mettant en scène un ingénieur lancé à pleine allure dans un train dont il a lui-même programmé l’accident. Un monde où l’on n’hésite pas à sacrifier pour mieux étudier… jusqu’à ce que survienne le grain de sable. Terriblement jubilatoire.

Et enfin Brice Tarvel, qui nous livre une enquête à bord d'un train mettant en scène un inspecteur aux prises avec un tueur en série spécialisé dans le maniement du hachoir. Son côté légèrement décalé fleure bon le train à vapeur, ces temps où il ne faisait pas bon ouvrir une fenêtre sous peine de recevoir une escarbille dans l’œil... Quant à l’inspecteur... Quant au tueur en série... Un texte sans réelle surprise mais qui clot plus qu’agréablement cette vraiment très belle anthologie.

Au travers de ces 11 textes, ce sont autant d'univers et d'intrigues qui, du doucement nostalgique au résolument inquiétant, transportent en commun sans qu'aucune des stations proposées ne puisse être omise ou laisser indifférent. Et comme le souligne l'anthologiste dans son introduction, vous y gagnerez certainement à le lire dans un train.

A noter le format, vraiment très agréable, de ce recueil. Et le prix, réduit et donc forcément agréable lui aussi. Bref, de l'indispensable. Que dire de plus ?

Titre : Chemins de fer et de mort.

Anthologie d’imaginaire ferrorivaire sous la direction de Philippe Gontier.

Editions La Clef d’Argent.

170 pages, moyen format, 9 €.

Et comme d'habitude, cliquez sur l'image de couverture pour être transporté vers la page dédiée du site de l'éditeur (où vous pourrez même lire des extraits).

Rédigé par JP Favard

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