Les enfants qui mentent n'iront pas au paradis, Nicolas Rey.

Publié le 18 Janvier 2016

Les enfants qui mentent n'iront pas au paradis, Nicolas Rey.

Nicolas Rey.

Nicolas Rey. J'aime bien cet homme (et je crois l'avoir déjà dit). J'aime bien son style, sa nonchalance feinte (ou pas), ses traits d'esprit. J'aime sa désespérance gaie aussi. Ses histoires d'amour foireuses. Ses envies débiles. J'aime bien quand il parle dans le poste pour lire des extraits de textes sur fond de musique ou faire un de ses fameux « billets » dont on peut se repaître jusqu'à plus soif (parce que ça doit bien exister en « podcast » ces trucs-là). J'aime surtout quand il sort un nouveau bouquin. Et j'aime le recevoir dans ma boîte aux lettres.

Tout cela tombe plutôt pas mal me direz-vous parce que, justement, un nouveau « roman », il vient tout juste d'en faire paraître un. Il est tout beau, tout frais, tout chaud... Tout frais ? Parfois, il est dans l'air du temps, parfois, disons-le sans ambages, un rien décalé. Par exemple, il en est toujours à parler de la fin du monde de décembre 2012 (le calendrier Inca, mais si, souvenez-vous) comme si c'était un truc qui risquait d'arriver (une bonne excuse pour continuer à fréquenter les fêtes de fin du monde pour tenter d'oublier). A-t-il mis autant de temps que cela pour le sortir, son « nouveau roman » ? Mais il aborde aussi des thèmes plus contemporains (hélas) comme la montée d'un certain extrémisme, l'usage d'armes avec un nom à consonance soviétique... Son héros, la quarantaine fripée, est divorcé, père, re-séparé, bref mal dans sa peau. Et puis il retrouve (découvre) l'amour en la personne de l'institutrice de son fils. Sauf que voilà, la dame milite au Parti National (j'ai bien dit Parti, même si les noms évoqués sont ceux d'un autre parti). Le voilà plongé dans un océan de confusions. Lui, le gauchiste mou, l'idéaliste humanitaire, l'auteur sévèrement coaché (le personnage de l'agent est fort heureusement toujours présent dans cette pochade (eh oui, je fais partie des gens qui affectionnent le mot « pochade »). Il soulève de vraies questions comme lors de cette assemblée impromptue de parents d'élèves, dans un café proche de l'école, où il est question de savoir si, oui ou non, on va laisser nos enfants aux mains d'une telle exaltée ? Il soulève de vraies questions, disais-je donc mais... il n'y répond jamais (« c'est cool mon fils, demain, tu seras tout seul avec ta maîtresse » (désolé mais c'est un peu léger cher monsieur)). Parce que lui, son quarantenaire émoussé, tout ce qui l'intéresse, vous l'avez sans doute compris, c'est la baise (oups, désolé peut-être aurais-je dû dire « le cul »). D'autant qu'elle est plutôt sympathique et passablement douée, la jeune femme (enfin, jeune... cinquante ans tout de même). Et qu'elle n'est pas si méchante que ça, au fond. La preuve, sa fille de seize ans se touche en public, sur scène, en déclamant, dans le plus simple appareil, des mots sans queue ni tête (mais l'honneur est sauf, c'est du théâtre expérimental), elle boit et elle fume aussi (« écoute, même un p'tit joint de temps en temps », une femme libérée qu'on vous dit, façon Coockie), elle fait même de la contre-bande de déguisements pour adultes consentants lors de soirées un peu spéciales... on sent que ça rame sec, que ça s'agrippe parfois à la falaise mais perd pied presque aussitôt pour sombrer à nouveau. C'est toujours aussi drôle, certes, mais ça tire quand même à la ligne, surtout sur la fin (un comble quand on voit la taille du bouquin en question !). Quant au fond politique, disons que ce grand dadais réfléchit davantage avec ce qu'il a entre les jambes qu'entre les oreilles et que donc, la politique, dans ces conditions... pour résumer : si popaul est content, tout va bien ! Et le Parti National est finalement plein de gens pas si infréquentables que ça quand on y songe... dans l'air du temps ? Ou premier faux pas ?

A conseiller aux déjà fans de Nicolas. Pour les autres, préférer ses précédents (premiers) romans, également disponibles au Diable Vauvert, et n'en venir à celui-là qu'après les avoir lu. Pour goûter la verve sans trop s’appesantir sur le fond.

Titre : Les enfants qui mentent n'iront pas au paradis.

Auteur : Nicolas Rey.

Éditions : Au Diable Vauvert (cliquez sur l'image pour accéder à la page dédiée à Nicolas Rey sur le site du Diable).

Rédigé par JP Favard

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