Les enfants de choeur de l'Amérique, Héloïse Guay de Bellissen.

Publié le 29 Septembre 2015

Les enfants de choeur de l'Amérique, Héloïse Guay de Bellissen.

Héloïse Guay de Bellissen (je n’ose imaginer qu’il puisse s’agir d’un pseudonyme) avait déjà commis, en 2013, le réjouissant « roman de Boddah » où elle donnait la parole à l’ami imaginaire de Kurt Cobain. La voici qui récidive avec un OLNI, comme on dit quand on veut faire le malin, « Les enfants de chœur de l’Amérique ». Un texte polyphonique où se croisent et s’entrecroisent des personnages réels, d’autres fictifs et même la Terre. Un texte qui se lit très vite et dont on se demande souvent si tout cela est vrai tout en se retenant d’aller vérifier parce qu’en fin de compte, on n’a pas forcément envie de le savoir. Que parfois, mieux vaut se laisser guider.

« Si j’ai un conseil à vous donner, c’est de ne jamais entrer quelque part sans savoir comment en sortir. Moi, je suis coincé dans une histoire qui s’ouvre et se referme sans cesse. L’Attrape-cœur est mon cercueil. J’entroudeballerai le premier qui dira le contraire. » nous prévient, dès la page 21, ni plus ni moins qu’Holden Caufield. Parce qu’il voudrait bien que son créateur lui donne un nouvel élan, poursuive son destin. Et qu’il le voudrait tellement qu’il va même partir à sa recherche… tandis que la Terre, elle, le fameux Chœur de l’Amérique, se lamente à propos de ses enfants,

« Seulement quarante pour cent des Américains savent que la Terre tourne autour du Soleil et dix-sept pour cent que les hommes préhistoriques ont inventé l’art. Moins ils en savent, mieux je me porte. Leur ignorance est mon pouvoir. Je les tiens par le portefeuille, c’est aussi simple que ça. Les dollars, c’est le ciment du pays. Mais il y en a avec qui ça ne marche pas, et avec ceux-là, il faut redoubler de patience et ruser. Les artistes, par exemple, sont prêts à vivre sans un sou, tant qu’ils croient en leurs rêves et qu’ils se sentent libres. Ceux-là, il suffit le plus souvent de les endormir grâce à la drogue ou à l’alcool. Leur faire croire qu’ils sont des génies incompris. Charles Manson, un de mes enfants préférés, je l’ai biberonné au LSD et aux Beatles. Déjà quand il était petit, je lui chantais des berceuses. C’est sans doute ça qui lui a donné la fibre de la musique, mais il n’a jamais trouvé de producteurs. J’étais aussi déçue que lui, il avait tout : le charisme, la voix, l’enfance brisée. J’aurais tellement aimé qu’il arrive à être connu du monde entier. Charles a emprunté un autre chemin pour se faire entendre. Au début, il a fait ça en douceur : vol dans une épicerie de quartier, proxénétisme, attaque à main armée. Après, il a monté sa communauté hippie, il prêchait la bonne parole en mélangeant des couplets des Beatles et des passages de la Bible. La défonce, ça donne des idées admirables. C'était aussi un conteur d’histoires, mon Charles. Il a inventé cette prophétie : bientôt les Noirs domineraient les Blancs et il deviendrait leur chef. Pourquoi ? On s’en fiche, ses adeptes blancs buvaient ses paroles. Il leur a demandé d’assassiner les riches des beaux quartiers, comme ça l’opinion penseraient que les coupables étaient noirs. Le premier ramasseur de feuilles, on lui tomberait dessus automatiquement. Les flics le feraient avouer en lui trempant les mains dans du sang de porc, c’est toujours pareil. Plus il y aurait de morts, plus la prophétie se réaliserait vite et plus Charles aurait le pouvoir. La Manson Family est allée trop loin. Hier, ils ont tué une jeune actrice, Sharon Tate, enceinte de huit mois, et là je me suis sentie vraiment mal. Comprenez-moi, une mère protège ses enfants, mais Charles a dépassé les bornes, je ne peux plus rien pour lui ». (pages 85 à 87)

Et il n’est pas le seul à avoir déçu sa mère, à avoir franchit les bornes. Mark Chapman, l’assassin de John Lennon. John Hinckley, l’auteur des coups de feu tirés sur Ronald Reagan et l’amoureux transmis, jusqu’à la folie, de la jeune Jodie Foster (celle de Taxi Driver). On les suit tous à la trace. Dans leurs errances comme leur démence. Un portrait en creux d’une Amérique aveuglée par les feux de la rampe et de ses « enfants » papillons grillés sur place.

Titre : Les enfants de chœur de l’Amérique
Auteur : Héloïse Guay de Bellissen
Editions Anne Carrière, 236 pages, 17.50 € (format poche).
Et comme d’habitude, on clique sur l’image en tête d’article pour se retrouver, c’est magique, sur la page dédiée de l’éditeur.

Rédigé par JP Favard

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article