Horrorstör, Grady Hendrix.

Publié le 7 Septembre 2015

Horrorstör, Grady Hendrix.

Le risque avec ce genre d'ouvrage, c'est que la forme l'emporte sur le fond. Un bel emballage, certes, mais pour quelle l'histoire au final ? Parce qu'on en a vu, des films à effets spéciaux se casser la gueule faute de scénario potable. Eh bien soyez rassurés mes bons amis car, ici, le contenu vaut largement le contenant ! Mieux, il le prolonge, le sublime, le magnifie, le... (OK, OK, n'exagérons pas non plus).

Alors, de quoi s'agit-il ?

Quelque part, dans l'Ohio, un magasin d'ameublement ressemblant étrangement à un Ikea (mais n'étant pas un Ikea) propose à ses clients des tables Arsle, des bibliothèques Kjërring, des penderies Mesonxic et tout un tas d'objets à prix défiant toute concurrence pour achat impulsif de sortie de magasin. Quelques employés, sans doute représentatifs, nous accompagnent dans cette découverte (une fille mal dans son job et dans sa peau, un cadre surexcité et totalement investi dans son entreprise, une collègue qui fait tout bien comme il faut parce que son métier c'est sa vie et qu'elle n'a rien d'autre à côté, deux doux dingues qu'on imagine en contrats étudiants et qui veulent filmer des fantômes pour leur (future) émission télévisée). Et surtout, un magasin. Un magasin labyrinthique bâti sur l'emplacement d'un... non, non, pas d'un ancien cimetière indien. L'auteur ne va tout de même pas jusque là ! Mais vous avez compris le concept, le contexte, le prétexte et quoi qu'on en pense, le fond du problème. Surtout lorsque je vous aurais dit que le matin, des objets sont retrouvés cassés, des dégradations sont visibles jusque dans les toilettes pour dames et que les caméras de surveillance... n'ont rien remarqué. Dans ces conditions, pas le choix, il faut trouver des volontaires désignés d'office pour passer la nuit sur place. Et, comme il se doit en pareil cas, se séparer pour mieux couvrir l'espace. Extinction des feux. Présences oppressantes. Odeurs putrides. Placard qui s'ouvrent sur des murs pleins puis sur des couloirs sans fin (on peut songer à « La maison des feuilles » de Mark Z. Danielewski ici) L'Histoire – celle avec un grand H – qui remonte à la surface. Les meubles se transforment peu à peu en instruments de torture... rien ne nous est épargné. Si parfois on est tenté de crier « aux clichés ! » on se retient toute fois parce qu'au final, tout cela est bougrement bien fait. On se laisse prendre au jeu avec des yeux de sale gosse. Pas que le style soit particulièrement recherché ou follement original mais ce bouquin est efficace et c'est bien là ce qu'on lui demande.

Et la forme, me demanderez-vous ?

Car oui, la forme a, elle aussi, son importance et ce qui se présentait, au départ, comme un simple gadget gagne peu à peu en cohérence et en profondeur. Le roman, de par sa forme et sa mise en page est bâti comme un catalogue. Chaque chapitre s'ouvre sur la description d'un meuble au nom délicieusement exotique. On navigue en milieu connu. Il y a même des bons de commande, des tickets de réduction à découper etc. Et plus on avance, plus on découvre ce lieu maudit et plus les meubles présentés prennent une apparence singulière, inquiétante. Jusqu'à s'avérer destructeurs.

Une belle réussite éditoriale, donc, cohérente dans sa forme comme dans son fond, et plus profonde qu'il n'y paraît au premier abord. Un sale blague à laquelle on se laisse prendre avec un réel bonheur.

Titre : Horrorstör

Auteur: Grady Hendrix

Editions Milan et demi, 235 pages, 19 €.

(et comme d'habitude, il suffit de cliquer sur l'image pour aller sur la page de l'éditeur)

Rédigé par JP Favard

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