Funny girl, Nick Hornby.

Publié le 2 Septembre 2015

Funny girl, Nick Hornby.

Derrière chaque comédie se cache, en général, une réflexion bien plus profonde qu'il n'y paraît (ou pas, ainsi le film « Les visiteurs » (dont il paraitrait qu'ils nous préparent une suite, ça c'est chouette !) n'avait aucune profondeur si ce n'était celle de sa bêtise crasse et son absence totale de drôlerie). Bref, derrière toute BONNE comédie se cache, en général, une réflexion bien plus profonde qu'il n'y paraît.

Prenons, par exemple, le nouveau roman de Nick Hornby. Sous ses faux airs de pochade délicieusement datée, il nous invite à suivre la vie / la carrière de Sophie / Barbara (les deux, carrière et vie se confondant, et Sophie étant le pseudo de Barbara). Barbara (lorsqu'elle n'était pas encore Sophie, j'espère que vous suivez) est une jeune fille, abandonnée par sa mère, élevée par son père, qui gagne le concours de reine de beauté de sa ville (Blackpool), décide de ne pas monter sur le podium pour récupérer sa couronne car cela la condamnerait à y rester, dans sa ville et elle file à Londres pour devenir comédienne. Classique. Là, elle est embauchée dans une sorte de Galeries Lafayette locales où elle craint de végéter. Mais elle n'y végète pas et réalise même son rêve assez rapidement. Elle devient vedette, sous le nom de Sophie, d'une série télévisée où elle incarne une jeune femme prénommée Barbara, qui vient de Blackpool etc. etc. etc.

Le ton est enlevé, comme toujours chez cet auteur, les arcanes de la vie d'une série TV des années 1960 sont décortiquées, avec une certaine bienveillance que l'on pourra mettre sur le compte de la nostalgie. C'est propre, certes, c'est drôle, mais sans lourdeur, et ça en dit plus long sur les changements intervenus dans la société, Britannique en l'occurrence mais tout cela a un relent universel, au cours de ces années « charnières ». L'un des scénaristes est gay, l'autre se cherche, le producteur est timide, la conseillère matrimoniale apparaissant dans la quatrième saison est, disons... de mœurs particulières. L'héroïne va assister à la première de cette comédie musicale si novatrice où l'on peut voir des gens tout nu, Hair. Ils se rendent compte qu'après avoir été novateurs, ils sont dépassés. Que le temps passe et que la vie suit son cours. Que la tendresse fait place à la nostalgie. Que les uns meurent parce que c'est ainsi.

« Funny girl » est certes sans grande surprise mais c'est un roman agréable à lire, vif, enlevé, avec des personnages attachants qui en disent long sur ce que nous sommes. Et même si on ne sait jamais si on est dans le document romancé basé sur des personnages ayant réellement existé (comme les nombreuses photos incluses dans le livre tendraient à le prouver) ou dans de la pure fiction à laquelle on veut donner la patine du document romancé basé sur des personnages ayant réellement existé et même si on n'a pas grandi en Angleterre dans les années 1960 et que les acteurs, les comédies, la plupart des personnages dont il est ici question nous sont de parfaits inconnus, aucun problème. Car la situation, elle, est connue et on ne s'y perd jamais. Mieux, il pourrait même arriver que certains s'y retrouvent.

Un roman à lire pour se détendre, se faire plaisir, se plonger dans un monde où on ne décapite pas à longueur de temps sur Internet.

Et rien que pour ça...

Titre : Funny girl.

Auteur : Nick Hornby

Éditions Stock, collection La cosmopolite. 432 pages, 23 €.

Rédigé par JP Favard

Repost 0
Commenter cet article