L'or des princes, Laurent Mantese.

Publié le 10 Mai 2015

L'or des princes, Laurent Mantese.

Je crois qu’en fait, on lit surtout pour être surpris. Charmé, voire séduit, évidemment, mais plus que tout, surpris. Et ce roman là, eh bien il surprend. Par son sujet, tout d’abord.

« Victor, chômeur au physique ingrat, vivote au jour le jour au rythme d’une routine terriblement sclérosante qui, seule, lui permet de tenir debout au bord du gouffre. Cela, et la vision quotidienne de la jeune et ravissante Julie, qui occupe ses pensées et à qui il n’a jamais osé dire un mot ».

Bon, jusque-là, je ne dis pas. Ça peut paraître – d’ailleurs, c’est – d’un grand classicisme. Un homme solitaire, mal dans sa peau, qui aime en secret une jeune femme et n’ose pas lui parler. Poursuivons.

« Deux événements inattendus vont pourtant venir bousculer cet équilibre précaire. Au cours de sa promenade quotidienne, un certain Aaron vient l’aborder pour lui offrir du travail. Rien de compliqué : il suffit d’être discret et de savoir conduire. Victor comprend vite qu’on lui propose de se mettre au service d’une bande criminelle. »

Ah, ça se corse. On n’est pas encore totalement surpris mais on sent les rebondissements approcher.
Poursuivons.

« Mais l’argent sale qu’on lui promet pourrait lui permettre de se rapprocher de Julie… »

Parce que la femme est vénale, c’est bien connu… pardon ? Qui a dit ça ? Pas moi en tout cas. Je m’en garderai bien !
Mais poursuivons.

« Il y a aussi ce qui est arrivé à sa main gauche. Car, un matin au réveil, il s’est aperçu qu’elle s’était inexplicablement séparée de son corps. Mais elle ne semble pas pour autant décidée à demeurer inerte. »

Que… hein ? Euh… enfin, je veux dire, quoi ? Sa main ? Détachée de son corps. Pas inerte. Et c’est qui, l’auteur ? Laurent Mantese… attendez, vous voulez dire LE Laurent Mantese. Celui des Contes des nuits de sang et du Comptoir des épouvantes ? AHHHH. Voilà qui est intéressant. On est donc en plein fantastique horrifique… pardon ? Pas si horrifique que ça.
Une histoire d’amour ? Entre un type au RSA et une fille qui bosse dans une clinique vétérinaire ? En Normandie ? Zêtes vraiment sûr qu’on parle du même bouquin ? Oui. Et la main ? Ben oui, la main, détachée du corps mais pas inerte… on va le découvrir au fil de l’histoire. Et l’histoire d’amour va virer au glauque ? Pardon ? Ecoutez, je suis surpris là, je…

Et voilà, le mot est lâché : surpris. Et des surprises, croyez-moi, vous allez en avoir plus d’une si vous lisez ce livre. Personnellement, vous le savez depuis le temps, je suis fan de cet auteur et s’il ne s’était agi de lui, je ne suis pas certain que je me serais laissé séduire par ce seul résumé… parce qu’après tout, il y a tant à lire. Et une histoire d’amour entre un type mal dans sa peau et une solitaire, même bossant dans une clinique vétérinaire… bon, y’en a que ça peu intéresser, je ne dis pas le contraire, mais moi… et puis il y a la main. Cette histoire de main vraiment étrange. Comme une grosse araignée que Victor commande par la pensée, comme si elle était toujours rattachée à son corps. Sauf qu’elle ne l’est pas. Ne l’est plus. Et puis il y a les marlous, les bandits, les… qui gravitent autour de lui. L’argent facile. Quelques scènes d’une rare violence. Du sang versé. De l’argent sale, durement gagné. Une idylle de plus en plus malsaine. Une beauté qui se fane tandis qu’un être éclôt. Des situations fragiles, sur le fil du rasoir. Et puis surtout il y a la langue ! Le style ! L’histoire a beau être contemporaine, Laurent Mantese sait lui insuffler un je-ne-sais-quoi d’intemporel juste par ses mots. Par sa langue. Une langue emprunte de classicisme, dans le meilleur sens du terme. Que l’on goûte avec gourmandise. Dont on se repaît avec bonheur. Jusqu’à ce qu’elle vous explose en pleine figure. Par une tournure. Par une scène, crue, à laquelle vous ne vous attendiez pas.

Ce roman.

Ce roman est étrange et attachant, bizarre et sans concession. Et d’une qualité stylistique que l’on rencontre, hélas, trop peu souvent.

Pour ceux et celles qui n’ont pas peur de l’aventure. Du bel ouvrage. Et des mains qui grimpent toute seule aux murs.


Titre : L’or des princes.
Auteur : Laurent Mantese.
Editions Malpertuis, collection Brouillards. 267 pages, 16 €.

(Lien direct vers le site de l'éditeur en cliquant sur l'image en tête d'article)

Rédigé par JP Favard

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