Incandescents, Frode Grytten.

Publié le 2 Mai 2015

Incandescents, Frode Grytten.

Le sujet est ultra casse-gueule. Genre « tu ferais mieux de ne pas t’y frotter, mon p’tit bonhomme ». Sauf que le gars, eh bien, il décide quand même d’y aller. Au casse-pipe, direct. Et qu’il s’en sort avec les honneurs. Alors, certes, il ne s’agit pas là du livre définitif sur le sujet. On n’y apprend pas grand chose. Mais on se retrouve « avec » pendant quelques heures – et ça, c’est déjà beaucoup. D’autant qu’il s’agit de celles, définitives, au cours desquelles les Clash ont conquis New-York, U.S.A.
Où ils sont devenus une légende.
Où.

Mai 1981, le Clash foule le sol Américain. Les kids sont au rendez-vous. Il y a des émeutes à Times Square (on a vendu deux fois plus que places que la salle peut contenir de spectateurs). Il faut dire que tout le monde veut voir les phénomènes en action. Dans un bar, enfumé, mal éclairé, De Niro leur paie à boire en rigolant. Les filles, elles, sont rentrées à l’hôtel depuis longtemps. Et eux, ils regardent le jour se lever du haut de leur gratte-ciel. Les décibels envahissent tout. La rage ne laisse aucun répit. Et puis il y a cette photo, depuis entrée dans la légende, celle qui montre Paul en train de fracasser sa basse et qui sera utilisée, plus tard, pour la pochette du « London Calling », et qui sera utilisée, encore plus tard, pour la couverture de ce bouquin.
Incan-
Descent.
De Frode Grytten (roman traduit du néo-norvégien par Céline Romand-Monnier). Oui, vous avez bien lu, du néo-norvégien ! Si c’est pas un signe ça.

Le roman (puisqu’il s’agit donc d’un roman) se découpe en quatre parties, une par musicien (+ une finale). Et honneur au roi, on commence par Joe Strummer. Puis vient le tour de Mick Jones (la partie la plus réussie à mon humble avis). De Paul Simonon. De Nicholas « Topper » Headon (seconde chère à mon cœur).
Voc.
Gtr.
Bs.
Batt.
Les uns, les autres, ensemble, séparément. Entre anecdotes et coups de gueule. Qu’est-ce qui est vrai ? Qu’est-ce qui ne l’est pas ? Quelle importance ? Frode Grytten parvient surtout à rendre compte d’une époque. D’un mouvement dont ces gars-là se sont retrouvés les porte-parole presque malgré eux. Punk ? Oui. Mais qui savent jouer. No Future ? Pourquoi pas, mais qui veulent faire carrière. A la vie, à la mort. Mike, t’es viré. Topper, tu prends la porte. Et puis il y a ce concert de charité, en novembre 2002, que donne Strummer avec son nouveau groupe, les Mescaleros. Mike Jones est dans la salle. Au moment des rappels, lorsqu’il entend les premières notes de « Bankrobber », c’est plus fort que lui. Il tend sa veste au type à côté de lui, « tiens moi ça une seconde, s’il te plaît » et il monte – remonte – sur scène. « London Calling ».
« Mike Jones, Mesdames, Messieurs» le présente Joe.

Joe.

La mort de Joe.

Ce vide impossible à combler.

Frode Grytten n’a certes pas écrit le livre définitif sur les Clash (qui le pourrait ?), mais il nous permet de les approcher. De les voir si humains. Avec leurs fêlures plus ou moins profondes. Et cette volonté de bouffer le monde. Et ça, c’est déjà beaucoup.

Extraits :

« Tu veux quelque chose, Pearl ? chuchota-t-il. Elle dormait. Il descendit le couloir en quête d’un distributeur avec quelque chose à manger. D’ordinaire, c’était lui qui devait procurer la bouffe aux autres du groupe. Au début, quand ils manquaient d’absolument tout, il en volait. Lui et Sid Vicious avaient érigé l’approvisionnement des musiciens affamés en nourriture en discipline athlétique. Ils faisaient des descentes dans les épiceries, volaient sur les étals des marchés, ils étaient comme des chasseurs préhistoriques envoyés pour trouver de quoi manger. » Page 133, ligne de basse.

« Lors d’une réunion avec CBS à Londres, Paul s’était présenté en costume de lapin. Joe avait tendu la main : voici Paul Gustave, notre nouvel avocat. Il était resté en costume de lapin à la table de réunion tandis qu’ils parlaient de façonnage d’image et de stratégie de marché. Les autres du groupe étaient restés parfaitement sérieux. Çà et là, Paul avait sorti un dossier et inscrit des mots-clefs en hochant la tête si bien que ses grandes oreilles rebondissaient de bas en haut. Puis il s’était levé et avait entrepris de sauter partout dans la pièce. A la fin, Mick ne pouvait plus tenir. Il s’était précipité dans le couloir. Ses hurlements de rire avaient pénétré jusqu’à la salle climatisée… ». page 134, ligne de basse.


Titre : Incandescent
Auteur : Frode Grytten
Editions : Buchet – Chastel, 187 pages, 15 €.

(Lien direct avec le site de l'éditeur en cliquant sur l'image en tête de chronique).

Rédigé par JP Favard

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