Interview de Lilian Ronchaud, L'Ivre-Book éditions.

Publié le 5 Mars 2015

Interview de Lilian Ronchaud, L'Ivre-Book éditions.

A l'occasion de la réédition, en format numérique cette fois, de ma novella « Retour(s) d'expédition(s) », j'ai voulu en savoir un peu plus sur l'Ivre-Book, éditeur 2.0. Une plongée dématérialisée au cœur de l'ebook sans DRM (non, ceci n'est pas un message codé). De grands merci à Lilian Ronchaud, passionné et impliqué éditeur dématérialisé.


Monde de Matéo : Salut Lilian, tu es le boss des éditions L'Ivre-Book, éditeur exclusivement numérique. C'est un parcours personnel autant qu'une passion qui t'ont conduit jusque-là (tu as longtemps travaillé dans les assurances à ce que je sais (merci google notre ami, notre espion !)). Depuis combien de temps ta maison d'édition existe-t-elle et combien de titres as-tu déjà publié à ce jour ?
Lilian Ronchaud : J’ai créé L’ivre-Book en novembre 2012 et j’ai commencé à publier en février 2013. A ce jour, j’en suis à presque 120 titres.

MdM : Comme beaucoup, je m'interroge sur le format numérique. Pour ne rien te cacher, et pour parler franc, je fais même partie de ceux qui restent à convaincre. Quels arguments pourrais-tu avancer afin de plaider ta cause ?
LR : Pour quelqu’un de peu convaincu, j’en profite tout de même pour te remercier de ta participation à ma maison d’édition. Tout d’abord, je ne suis pas né avec le livre numérique. Je suis né avec le livre papier, j’en ai près de 3000 dans mes bibliothèques et je les adore tous ; je continue d’ailleurs à en acheter.
Qu’est-ce que j’aime dans le livre papier ? L’œuvre qui y est imprimée. Qu’est-ce que j’aime dans le livre numérique ? L’œuvre qui y est incrustée. La différence ? Je n’en vois aucune.
Ma passion pour le livre ne va pas à l’objet mais à l’œuvre écrite, tout simplement. Je ne suis pas fétichiste.
Quelques arguments (du moins chez L’ivre-Book, pas toujours chez mes collègues) :
- un prix bien inférieur à un livre de poche ; un livre de 600 pages environ est vendu chez moi 4,99 €)
- mes livres n’ont aucune protection, aucun DRM ; vous pouvez changer de liseuse, vous pouvez les prêter, vous pouvez les pirater (pas sympa)
- j’essaie de développer mon catalogue le plus possible pour offrir un bel éventail de titres aux lecteurs
- Ensuite, vous pouvez apporter avec vous votre bibliothèque de 3000 titres, ce qui ne m’est pas possible avec mes livres imprimés

MdM : J'ai vu que tu éditais tout de même un peu de « formats papier »... est-ce un passage obligé selon toi ? En d'autres termes et pour faire dans la provocation, les éditeurs numériques sont-ils condamnés à se rematérialiser s'ils entendent exister ?
LR : Ce n’est pas un passage obligé et je ne me sens absolument pas condamné à me rematérialiser.
Si je me lance peu à peu dans le papier, c’est tout simplement pour faire plaisir à mes auteurs. Je les ai prévenus : si vous voulez du papier, vous vous débrouillez pour aller les vendre en salon et vous m’en achetez un stock pour me payer la première impression. Le deal est clair, je souhaite que l’impression papier ne me coûte rien. La seule distribution se fera par les auteurs et sur ma boutique.
Je précise que mes auteurs ne sont pas obligés d’avoir leur livre en papier.
En résumé, les éditeurs papier qui édite numériquement leurs œuvres prennent cette forme d’édition comme un gadget, pour moi, c’est l’inverse, c’est l’édition papier qui est gadget dans ma maison d’édition.

MdM : Un des temps forts de la vie d'un auteur – surtout pour un petit auteur comme moi – consiste à participer à des salons. Quelles solutions envisages-tu pour rendre attractif une production difficile à présenter, de par sa nature même, dans un cadre comme celui-là ? Penses-tu qu'il convienne d'inventer de nouvelles formes de présence lors de ces grand messes où le papier demeure largement majoritaire ?
LR : Je pense recruter de jolies auteures pour attirer le public. Je ne me plains pas, c’est déjà le cas.
Dans les salons, pour le moment, c’est plus une représentation qui apporte de l’information au public.
Mais peu à peu les éditeurs papier et numérique vont se mélanger et n’auront qu’un objectif en tête : parler des œuvres et non du support.

MdM : En deux-trois années d'existence, le catalogue de l'Ivre-Book s'est bougrement étoffé. Tu crées sans cesse de nouvelles collections, donnes leur chance à de jeunes auteurs et permets la réédition, à moindre coût, de plus anciens ? Est-ce là, selon toi, la grande force du format numérique ?
LR : C’est une des grandes forces. Je traite mes œuvres de la même manière que mes collègues papier le font (du moins j’espère). Je reçois des manuscrits, je les lis, je les fais lire, je les fais corriger…
L’avantage est que je n’ai pas à assumer le coût d’une impression papier, ce qui me laisse une grande liberté financière pour sortir de nombreux livres.
Et j’adore tellement l’œuvre écrite que je prends un malin plaisir à trouver de nouveaux auteurs, à rééditer des anciens…
J’avoue prendre mon pied dans ce que je fais et j’espère que les lecteurs ressentent aussi du plaisir à lire mes parutions.


MdM : Aux États-Unis, on le sait, il se vend plus de livres numériques que de livres en format papier. L'outil Internet ne connaissant, par essence, pas de frontière, vends-tu également là-bas ? Et, question complémentaire, envisages-tu de développer une collection en Anglais afin de tenter de percer ce marché visiblement plus porteur que le nôtre ?
LR : L’avantage d’internet est que je suis vendu dans le monde entier. Je suis beaucoup acheté au Québec et je sais qu’il y a une librairie américaine qui distribue aussi mes œuvres.
J’envisage effectivement une collection en anglais pour être plus visible sur le marché anglo-saxon mais surtout pour leur montrer que nos auteurs français n’ont rien à envier aux anglais ou américains.

MdM : Et à présent, la question bateau (mais il faut bien en passer par là sinon on ne me prendra jamais au sérieux) : quels sont tes projets ? Un scoop inédit et totalement bouleversant à annoncer ?
LR : Mon Dieu, mes projets ! J’ai tellement d’idées en tête qu’une seule vie n’y suffira certainement pas.
Quelques projets :
- Je viens de lancer une collection Romance qui commence à très bien fonctionner.
- J’aimerais faire une collection d’anthologies de l’imaginaire qui regrouperait des textes de jeunes auteurs et d’auteurs beaucoup plus célèbres. La première en construction regroupera des textes de mes jeunes « poulains » avec des auteurs comme JP Fontana, JP Andrevon, Pierre Gévart, Alain Paris.
- Je participe à l’organisation d’un salon de l’imaginaire dans ma région avec l’association Gandahar pour septembre où seront mélangés les éditeurs papier et les numériques.
- J’aimerais faire une nouvelle traduction des textes cthulhuesques de Lovecraft et Howard.
- J’aimerais éditer d’autres œuvres de Jean-Pierre Favard (bouleversant, non ?)

Et chaque semaine amène sa nouvelle idée.

MdM : Quoi qu'il en soit un grand merci à toi d'avoir pris le temps de répondre à ces quelques questions. Et en te souhaitant bonne chance pour cette belle aventure.
LR : Merci beaucoup.

Cette « interview » a été réalisée par mails en fin de semaine dernière. Or, comment chacun le sait, l’actualité ne s’arrête jamais (comme le progrès paraît-il). Voici donc la question complémentaire et la réponse postée ce jour par Lilian sur le Net (via Facebook).

MdM : Lilian, l'information vient de tomber à l’instant sur nos téléscripteurs et l’Europe (la grande, celle avec des étoiles) a décidé qu’il fallait monter la TVA sur les livres numériques, les passant, pour la France, de 5.5 % à 20 %… une réaction ?
LR : Comme vous le savez, ou pas, la TVA sur l'ebook est actuellement à 5,5% (comme les livres papier) et l'Europe impose au gouvernement de la passer à 20%.
Le fera-t-il ? A quel moment ? Je ne sais pas, en tous les cas il faut s'y préparer.
Je ne sais pas ce que vont faire les autres éditeurs ? Pour L'ivre-Book, je pars d'un fait très simple : il est hors de question que je répercute cette hausse de TVA sur le prix de mes livres.
Aujourd'hui, un ebook à 4,99 TTC est à 4,73 HT ; avec une TVA à 20%, il sera à 4,16 HT.
En tant qu'auteurs, vos pourcentages ne bougent pas, ce sont les sommes qui vont changer.
En tant qu'éditeur, mon pourcentage de bénéfice (quand j'en aurai) ne change pas, la somme changera.
Il faudra quand même que j'imagine des solutions pour essayer de gagner quelque chose un jour.

Voilà ce que je pouvais dire aujourd'hui.

Et MdM n’a rien à ajouter.

Ah si, quand même, le lien vers le site des éditions L’Ivre-book (et lâchez-vous tant qu’il en est encore temps (et en prévision d’après où ce sera encore plus vital de le faire !)).

http://www.livre-book-63.fr/ (copier/coller l’adresse dans la barre dédiée ou cliquez tout simplement sur l’illustration qui figure au tout début de cet article et laissez la magie opérer).

Et cette fois, c’est tout.

Bonne soirée à toutes et à tous (et amitiés sincères au poto Romain, courage garçon !)

Rédigé par JP Favard

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