Elémentaire, mon cher Voltaire ! Frédéric Lenormand.

Publié le 27 Janvier 2015

Elémentaire, mon cher Voltaire ! Frédéric Lenormand.

Chaque saison a ses bienfaits et il en est un qui surgit avec le mois de février, Voltaire. Pour la cinquième fois, la philosophie fait face au crime. L’intelligence à la force brute. Voltaire, plus bondissant que jamais, se travestit pour échapper à la police (qui le croit, moyennement tout de même, reclus en Lorraine) ainsi qu'à un assassin qui assassine (le malotru n’a aucun savoir vivre). Pauvre petite Margoton retrouvée sans vie dans un placard à balai – chez Mme du Châtelet, ce qui est d’autant plus embêtant pour le grand-petit homme. S’en suivent d’autres cadavres qui ne font qu’embêter notre emperruqué diablotin. Car Voltaire virevolte comme d’autres trépassent et son esprit, toujours aiguisé, n’en est que plus efficace. Qu’il courre la capitale afin de trouver où se loger (un peu comme le Vernon Subutex de Virginie Despentes, la descente en moins et le panache en plus), qu’il marchande (toujours, car on n’est pas philosophe pour rien), qu’il houspille et vocifère, qu’il traîne derrière lui son gros benêt d'abbé, ce satané Linant, qu’il manque, à chaque pas, de se faire embastillé ou pire, étêté, il n’en demeure pas moins le grand (bien que fort petit, on l'a déjà dit) François-Marie Arouet. Homme libre et penseur. Querelleur pour le meilleur et pour le rire. Figure de l’Histoire. Folie incarnée. Véritable ouragan passé à la postérité.

Une fois de plus, Frédéric Lenormand lui (re)donne vie et une fois de plus, c’est un vrai bonheur que de le suivre dans ses pérégrinations dont on ressort, il faut bien le dire, quelque peu étourdi. Enhardi. Et heureux. D'autant qu'il est également question automates créés par un fabricant de jouets répondant au nom de… M.Gépétaud.
Grâce à Frédéric Lenormand, Voltaire est bel et bien vivant et son esprit est éternel (n’en déplaise aux maigres penseurs de tout acabit).
Quant au coupable dans cet affaire ? Élémentaire, mon cher Voltaire, il s’agit de…

Extraits :

“Convaincu que la publicité est parfois la meilleure façon de passer inaperçu, il fit irruption dans le vieux donjon en criant: “Un pli urgent pour monseigneur!”. Il brandissait une feuille tirée de sa prochaine philippique, une diatribe qui promettait d’être véhémente. Comme personne n’osait mettre son nez dans la correspondance de ce “monseigneur”, ce passeport lui permit d’atteindre l’étage où vivait Barbe-Bleue.
- La pauvre enfant ! Murmura-t-il pour se donner du courage avant d’ouvrir la dernière porte. Je dois mettre fin à ses tourments !
La pauvre enfant prenait le thé, confortablement assise dans un siège à bras, devant un guéridon où reposaient une théière et des biscuits.
- Chère petite! S’exclama le héros. Que vous a-t-on fait?
Les premiers épanchements passés, il se ravisa.
- Où est Satanas ?
Le bras armé de l’obscurantisme était allé vaquer aux travaux d’oppression qui réclamaient son intransigeance. Émilie goûtait mal la soudaine ironie de son existence.
- Qui aurait cru que vous seriez libre et moi emprisonnée! Ne trouvez-vous pas le monde absurde?
- C’est parce que le monde est absurde que les hommes comme moi sont nécessaires, dit Voltaire”.
(pages 57-58)

“Gépétaud s’enorgueillissait en revanche de collaborer avec M.Vaucanson, ingénieur de talent, pour la conception d’automates de taille humaine.
- Quelle idée loufoque ! dit Voltaire.
Il était opposé à la création d’un homme sans conscience, il y en avait déjà trop.”
(page 112)


Titre : Élémentaire, mon cher Voltaire !
Auteur : Frédéric Lenormand
Editions : JC Lattès (sortie le 4 février 2015), 310 pages, 18 €.

Rédigé par JP Favard

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